HÉDOU Jean, Jacques, Francis

Par Hugues Lenoir

Né le 14 octobre 1960 à Rouen (Seine-Inférieure) ; militant de la Fédération anarchiste ; syndicaliste CGT-FO.

Le père de Jean Hédou, Francis Hédou était né à Rouen en 1926 et décédé à Saint-Etienne-du-Rouvray en 2012. Sa mère, Jacqueline Anfry était né à Bois Guillaume en 1924. Elle est décédée en 1992 dans l’Eure

Son père était conducteur de Travaux chez CODET jusqu’en 1980 puis AUBRUN durant 3 ans, il avait participé à la résistance au nazisme à l’âge de 17 ans notamment à l’arrière des troupes allemandes lors du débarquement en Normandie puis s’était arrêté à Rouen après l’anéantissement de l’armée de Von Klughe sur les quais de Rouen. Sa mère fut secrétaire administrative dans la Fonction publique territoriale pour la ville de Bois Guillaume. Ses deux parents étaient de sensibilité socialiste, sa mère était croyante non pratiquante, quant à son père, il était athée.

Son père comme lui fut enfant unique. Par contre, sa mère appartenait à une famille de 17 frères et sœurs. Trois des oncles de Jean Hédou et certains de leurs fils étaient dockers sur le port de Rouen, trois étaient cheminots, trois de ses tantes étaient aides-soignantes. Tous et toutes étaient salariés, un grand nombre syndiqué mais aucun, à sa connaissance, n’était engagé dans un parti politique hormis un oncle, décédé jeune de maladie, membre du Parti communiste.

Jean Hédou a vécu à Rouen de 1960 à 1969, à Bois-Guillaume de 1969 à 1978, à nouveau à Rouen de 1978 à 1992 et enfin à Elbeuf de 1992 à 2015. Il a toujours milité dans les organisations rouennaises.

Il a vécu en couple avec Corine Feeny de 1978 à 2008, militante de la FA, responsable travaux dans une société d’HLM. Ils ont deux enfants Floréal, né le 24 février 1990 et Marceau, né le 28 janvier 1993, tous deux nés à Mont Saint Aignan (Seine-Maritime). Il vit avec Cathy Joos, adjointe administrative mise à disposition de Force Ouvrière.

Jean Hédou a été scolarisé dès l’âge de quatre ans en classe enfantine à l’école Jean de la Fontaine à Rouen jusqu’au CE 1 puis du CE 2 au CM 2 à l’école F. Codet de Bois-Guillaume avant de rejoindre le collège Léonard de Vinci de la 6e à la 3e situé dans la même ville à quelques centaines de mètres de la demeure bourgeoise de jeunesse de François Hollande. Puis en Seconde, c’est le lycée public Jeanne d’Arc de Rouen qui l’a « accueilli » pour une année pleine et un redoublement partiel, avant de terminer pour deux années au Centre de Formation des Apprentis du bâtiment G. Lanfry de Rouen. Pour tout diplôme de ces longues années, il ne peut arborer qu’un BEPC acquis au rattrapage.

Il avait commencé à être salarié le 1er mai 1977 à l’âge de seize ans comme manœuvre dans l’entreprise Villette de construction de charpente en bois à Déville les Rouen avant d’avoir un contrat d’apprentissage du 1er Juillet 1977 au 30 juin 1979. Puis après quelques mois de chômage, il fut embauché à la fin 1979 par le cabinet d’architectes ATAUB comme garçon de bureau pour quatorze mois. Il avait succédé dans cet emploi à Allain Leprest, chanteur, membre du PCF, qui fréquenta Radio Libertaire. Puis après une courte période de chômage, il fut recruté le 1er juin 1981 à la subdivision de Rouen Nord de la Direction Départementale de l’Equipement en qualité d’auxiliaire de travaux rémunéré à l’échelle 2 de la catégorie C. Puis en 1982, il réussit le concours de titularisation et il devint fonctionnaire en qualité d’Agent des travaux publics de l’Etat, appellation savante pour désigner le métier de cantonnier. Promu en 1989 au grade d’OP2, il connut un second changement de grade en 2014 en devenant Chef d’équipe à l’échelle 5 de la catégorie C, soit plus de 25 ans au même niveau hiérarchique !

La première action politique de Jean Hédou remonte en 1975 avec quelques copains collégiens ils s’intéressaient à l’activité de leurs ainés lycéens confrontés à la réforme Haby. A l’origine par simple mimétisme, leurs prises de contact avec les frères et sœurs des uns et des autres les amenèrent à se positionner au regard de leurs affinités pour la Ligue communiste ou pour les groupes anarchistes. A 14 ans, déclarait-t-il, « je n’étais ni anarchiste, ni trotskyste mais révolté. C’est ce qui m’amena à commettre ma première action politique quand un pion en études nous refusa de lire le journal au prétexte que c’était Rouge. Je refusai de me soumettre à son ordre de ranger le journal ce qui me value une comparution immédiate devant le Principal du collège. Certainement amusé par la chose celui-ci me demanda de lui rédiger un devoir sur la démocratie ou sur la couleur rouge. Je choisis la démocratie et j’effectuai ainsi certainement ma première formation politique ». Puis en juin 1975 eut lieu à Rouen, le procès du Dr Duval, praticien hospitalier qui refusait l’IVG. Ce fut l’occasion d’affrontements violents avec les partisans de « Laisser les vivre ». C’est là qu’il eut, ajouta-t-il « son premier contact avec l’appareil de répression de l’Etat, CRS et Garde-mobiles et la douceur de leur matraque ». En Seconde G 3 au lycée Jeanne d’Arc, haut lieu de la « pensée révolutionnaire » à l’époque il côtoait toutes les organisations trotskystes, maoïstes et anarchistes. Dans ces conditions, l’agitation était quasi permanente et ainsi dès le deuxième jour, il participa à une première grève pour protester contre les crimes de Franco. C’est à cette époque qu’il a rencontré David et Arnault, tous deux lycéens, qui affichaient des sympathies pour l’ORA. « Nous décidâmes, disait-il, à quelques-uns d’adhérer à l’ORA et à 15 ans je devenais diffuseur de Front Libertaire et en recevais chez moi 20 exemplaires par mois.A la même époque, l’ORA connaissait des différents internes importants. C’est à ce titre que « notre groupe, confia-t-il est approché par la fraction qui constituera par la suite le collectif pour l’Union des Travailleurs Communistes Libertaires. Nous suivrons cela de loin sans en comprendre les véritables enjeux pour autant nous passerons à l’UTCL et diffuserons Tout le pouvoir aux travailleurs.
Dès son embauche en mai 1977, il prit contact avec le syndicat, des copains l’orientèrent vers la CFDT dont le responsable était à la Ligue communiste et ami des parents d’un camarade anarchiste. Après quelques contacts et une tentative infructueuse de le recruter à la Ligue, il reprit contact avec les milieux anarchistes dominés à l’époque sur Rouen par le Groupe Anarcho-Syndicaliste auquel il adhéra. Le GAS comptait plus de quatre-vingt cotisants, tous n’étaient pas anarchistes. Ses principales implantations étaient : le Centre d’études technique de l’Equipement, la Sécurité sociale, l’hôpital psychiatrique et l’éducation nationale et différents secteurs comme les PTT, l’EDF, le Bâtiment où il comptait quelques militants. Pour sa part, il y retrouvait Antonio Sanchez, militant d’origine espagnol, chef de chantier et syndiqué à la CGT qui était respecté de tous y compris des vieux staliniens pour sa bravoure et son érudition. Jean Hédou en 1978 adhéra à la CGT et se présenta à l’élection de délégués des apprentis. Il est alors élu délégué CGT des apprentis du bâtiment. A cette époque, déclarait-il, je me rendais tous les samedis matin à l’union locale CGT de Rouen pour tenir les permanences avec Antonio. J’y ai découvert l’action syndicale et le stalinisme ».

Parmi les moments forts du GAS, il y eu la conférence nationale des anarcho-syndicalistes (CNAS) organisée à Sotteville les Rouen en 1978, puis différentes campagnes de solidarité avec les insoumis emprisonnés et en grève de la faim (Kugler, Marquis, Daniel...) et un meeting contre la répression des syndicalistes à l’Est et à l’Ouest.Dans le même temps, les Jeunesses Libertaires avaient été constituées qui comptaient une vingtaine d’adhérents. Jean Hédou faisait le lien entre cette structure et le GAS, rare jeune salarié parmi des lycéens et des étudiants.Puis en écho à la création du SAT à Lyon et du SLT à Dunkerque, certains voulurent imposer la rupture avec les confédérations et principalement la CFDT. Des SAT furent organisés dans l’éducation et le social, à la SNCF. Ils ne regroupèrent que quelques militants. Cela créa de fortes dissensions dans le groupe anarcho-syndicaliste, renforcées par le départ de son principal animateur Edward Sarboni ce qui conduisit à sa dissolution en 1980.

Quoiqu’il en fut et fort des membres du groupe des Jeunesses Libertaires et après un rapide tour d’horizon des organisations anarchistes existantes, ils demandèrent à adhérer à la fin 1980 à la Fédération anarchiste.Les membres fondateurs étaient : Didier l’Honorey, Marie-Madeleine Cipriani, Jean-Sébastien Cerdan, Jean Leclerc, Isabelle Becquet, Virginie Bénito, Nelly Clément, Corine Feeny et lui-même. Le groupe s’affilia officiellement en janvier 1981. A ce titre, ils participèrent activement à la campagne abstentionniste pour les élections présidentielles de mai 1981.

Dès son embauche à la DDE, il adhéra au syndicat FO, seul représenté dans son service et il participa en qualité d’adhérent aux assemblées. Il consacrait alors l’essentiel de son temps libre aux activités de la FA et à son développement jusqu’en 1983 où l’armée se rappela à lui. « Je déclarais, disait-il que j’étais objecteur et que je ne ferais pas l’armée. Je demandais le statut d’objecteur » mais quelques mois après, il reçut sa feuille de route et devait être incorporé dans un bataillon disciplinaire en Allemagne. Il refusa et devint donc insoumis. Dans le même temps, la loi sur l’objection de conscience fut modifiéeet par l’intermédiaire du frère de Pierre Bérégovoy, ministère des Affaires sociales, originaire de Rouen, le statut lui fut accordé. Il constata alors que l’Association FO des Consommateurs (AFOC) pouvait accueillir des objecteurs pour leur service civil. Il demanda aux camarades de la FA militants à FO et particulièrement à Pépito Rosell d’intervenir auprès d’A. Bergeron pour qu’il signe la convention le permettant. L’accord conclu entre Pépito Rosell et André Bergeron prévoyait 80 % du temps pour l’AFOC et 20 % pour la FA. Une dizaine de militants de la FA bénéficieront des mêmes dispositions et s’investiront dans les œuvres (Publico, Radio, Monde Libertaire, etc.). Pour sa part, il s’occupait du rayon disque à Publico et effectuait des livraisons et des courses dans Paris pour son compte. À la même époque il se rapprocha de son syndicat national. Durant ces 21 mois, de mai 1984 à février 1986, il a continué à participer à l’activité du groupe FA de Rouen sans apparaitre sur l’extérieur. Il fut réintégré la DDE au printemps 1986. Quelques semaines après, le Secrétaire général ds syndicat national FO compétent pour sa catégorie d’agents le contacta et lui demanda de rejoindre la permanence nationale à Paris. Après avis du groupe FA de Rouen, de Joyeux et Rosell et du secrétaire générale de la FA, il accepta la proposition et devint permanent du syndicat national FO des personnels techniques d’ateliers et de travaux de l’Etat et des collectivités territoriales (SN FO PTATECT) le 1er août 1986. En 1988, il est élu secrétaire national des « cantonniers » puis réélu jusqu’en 1994. Durant ces années il participa activement à l’action du groupe de Rouen de la FA eteffectua quelques missions pour le Secrétariat intérieur et le Secrétariat international en participant notamment aux congrès de l’IFA à Valence (Espagne) et à Lyon. Il représenta la FA avec trois autres camarades à la rencontre internationale de Trieste qui est la première rencontre entre les anarchistes de l’Est et de l’Ouest après la chute du Mur de Berlin. Il a participé à l’administration du Monde libertaire avec Jean-Jacques Legois et il assura le mandat d’administrateur. En 1995, il fut élu secrétaire fédérale de la Fédération FO de l’Equipement, de l’Environnement, des Transports et des Services (FEETS FO). En parallèle, il s’occupa du Service d’ordre de FO. Il fut encore l’un des témoins privilégiés de la fameuse poignée de mains entre Marc Blondel et Louis Viannet. Ayant constaté que par facilité la direction réformiste de FO confiait la défense du syndicat soit aux trotskistes du POI, soit à des appendices de l’appareil répressif d’État, il organisa la défense de FO pour la doter d’une structure réellement indépendante, structure indispensable pour une organisation syndicale libre. À partir de son élection en qualité de Secrétaire fédérale, sa participation aux activités de la FA fut limitée par manque de temps. Elle se limita à la commission interne des militants syndicalistes. Avec d’autres militants anarchistes de FO dont notamment Serge Mahé, ils constituèrent l’Alliance des Syndicalistes Anarchistes de 1993 à 1998 qui publia la Lettre anarchiste. En mai 2004, il est élu secrétaire général de la FEETS FO, puis réélu régulièrement jusqu’en 2015. En 2007, il est élu à la Commission exécutive confédérale de la CGT-FO au congrès de Lille. À ce titre il a participé à diverses négociations nationales avec le patronat notamment celle portant sur la représentativité syndicale. Réélu au congrès de Montpellier, à partir de 2012 et l’arrivée de Hollande au pouvoir, il fut critique sur la conduite de la confédération et l’exprima. Au congrès de Tours (2015), il ne fut pas reconduit à la CE confédérale. Parmi les nouveaux élus, le secrétaire général de la fédération FO de la Police, commandant de CRS et connu pour son engagement au PS. « L’appareil a choisi un flic contre un anarchiste. Le combat continu, on ne lâche rien ». Responsable d’une fédération syndicale dans les secteurs des Transports, de l’Equipement et des Services, il participa activement à de nombreux conflits. Ainsi en novembre-décembre 1995, il coordonna le blocage du transport aérien et du transport fluvial. Puis en 1996, il organisa la grève des nettoyeurs du métro qui dura 40 jours. Au cours des années 2000, il fut présent dans les conflits du transport aérien liés à la restructuration du secteur ou aux blocages des aéroports par les agents de sureté. De même, il participa activement à la solidarité pour les équipages marocains des ferries bloqués durant des mois en 2012 dans leurs navires sur le port de Sète.Voir en 2015, il négocia la convention collective des pilotes d’avion et apporta tout son soutien dans le conflit des « dames pipi » de la Mairie de Paris.

Il s’exprime épisodiquement dans Le Monde Libertaire sous le pseudonyme de Delgranados. Jean Hédou est régulièrement présent dans les congrès de la Fédération anarchiste dont celui de 2015 à Merlieux (Aisne).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article175271, notice HÉDOU Jean, Jacques, Francis par Hugues Lenoir, version mise en ligne le 2 septembre 2015, dernière modification le 4 septembre 2015.