SAADOUN Allal

Par Claire Marynower

Né le 11 décembre 1905 à Alger ; mort en février 1986 ; instituteur ; membre de la SFIO à Oran, secrétaire adjoint de l’Union départementale de la CGT d’Oranie.

Né dans une famille kabyle à Alger, le jeune Allal Saadoun obtint une bourse qui lui permit d’entrer à l’école normale de la Bouzaréah, qui formait sur les hauteurs d’Alger le personnel enseignant des écoles françaises d’Algérie. Il demanda et obtint la naturalisation, c’est-à-dire les droits du citoyen français : cette requête était fréquente chez les instituteurs algériens parce qu’elle permettait d’évoluer dans le cadre ordinaire et non dans celui des instituteurs dits « indigènes », dont le salaire et les perspectives d’avancement étaient limités. Jeune instituteur, il entra au Syndicat national des instituteurs (SNI) ; son éducation politique fut également marquée dans ses jeunes années par la lecture du Jeune Algérien : de la colonie à la province, de Ferhat Abbas, recueil d’articles publié en 1931.

Affecté à Oran, c’est dans cette ville que Saadoun fut initié à la franc-maçonnerie. Il entra à l’atelier l’Aurore sociale africaine, affilié à la Grande loge de France, en décembre 1934, après une première demande refusée l’année précédente au motif qu’il « appartient au syndicat des instituteurs » et que ses idées manquaient de « fermeté ». Il produisit ses premières planches, en 1935, sur « les coutumes indigènes » et « les organisations religieuses musulmanes en Algérie ». Dans ce cadre il donna, la même année, une conférence intitulée « Le malaise algérien : ses causes, ses remèdes », en écho à La vérité du malaise algérien, brochure éditée à Bône (Annaba) peu de temps auparavant par un socialiste algérien, Abdelaziz Kessous, préfacée par le docteur Bendjelloul, fondateur de la Fédération des élus musulmans. Dans le secret de la loge, il rencontra Marius Dubois, secrétaire fédéral de la SFIO d’Oranie, et d’autres membres du Parti socialiste auquel il adhéra à son tour, au plus tard en mai 1936. Il vint ainsi à la SFIO grâce aux relations créées dans l’atelier mais aussi dans son milieu professionnel, car les socialistes étaient nombreux dans l’Éducation nationale du département.

Allal Saadoun se maria à une institutrice française, sans doute venue de métropole, le couple constituant un rare cas de mixité conjugale dans l’Algérie de la colonisation. Il se présentait tête nue, en costume européen, autant d’éléments qui corroboraient, avec sa naturalisation, son désir d’assimilation, également déductible de son adhésion à l’Association des instituteurs d’origine indigène (AIOI) et de ses pratiques linguistiques. En effet il s’exprimait en français dans les réunions publiques, par exemple lorsqu’il était chargé par la SFIO de présenter aux populations algériennes le programme du Parti socialiste au « village nègre » d’Oran (Medina Jdida) en mai 1936. Au sein du parti, comme à la loge, il se spécialisa dans les questions propres aux populations « indigènes », à propos desquelles il intervint régulièrement pendant les congrès. Il est l’auteur, en janvier 1938, d’un rapport pour la suppression des Délégations financières. Il fut enfin responsable, avec Tayeb Djaïdir et Mohammed Zbentoute, de la page « Nos frères musulmans » dans le journal de la fédération, Oran socialiste. Il n’était pas cependant une personnalité de premier plan au sein du parti : il n’était délégué qu’à un congrès national à Paris, en 1948, jamais candidat à une élection, même s’il participa sans compter ses heures aux campagnes des autres.

Après la réunification syndicale, en 1936, il fut désigné secrétaire adjoint de l’UD d’Oranie et de la Bourse du travail d’Oran, chargé de la propagande, aux côtés des ex-unitaires. Il occupa ce poste jusqu’à la guerre puis de 1943 à 1947 ; il présenta ainsi le rapport moral et d’activité au congrès de l’UD CGT de l’Oranie des 29 et 30 décembre 1945. En 1936-1938, il fut une personnalité centrale en Oranie de la double dynamique créée autour du Front populaire et du Congrès musulman algérien (CMA). En juin 1937, il participa à la création du Comité d’action musulmane oranais (CAMO), pour concurrencer l’influence des communistes au sein du comité oranais du CMA, symbolisée par la création du Bloc des organisations musulmanes d’Oranie (BOMO) en mai 1936 par le cheikh Saïd Zahiri. En 1938, en tant que membre du comité du CMA d’Oran, il fut délégué au Congrès commun avec le Rassemblement populaire d’Oranie le 31 janvier 1938. Il fut élu secrétaire du comité de coordination mis en place à l’issue du congrès.
Après le débarquement allié de novembre 1942, il se situa dans la continuité du Front populaire en soutenant, avec les communistes, les Unions et Fronts démocratiques. Il se réclama du groupe Résistance de la France « pour une politique démocratique et sociale en Algérie », agissant essentiellement à la CGT. Après les massacres de Sétif et Guelma en mai 1945, il dénonça la répression dans le journal de la fédération SFIO d’Alger, Fraternité, début 1946. Sympathisant de l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) créée par Ferhat Abbas en 1946, il resta cependant à la SFIO, même s’il retira sa candidature aux sénatoriales dans le second collège en 1947 au profit du candidat udmiste Abdelkader Mahdad, ex-adhérent de l’Union socialiste républicaine (USR), compagnon de route au sein du CMA et du CAMO dans les années 1930. De fait c’est lui qui, jusqu’à la guerre d’indépendance, constitua à Oran le trait d’union entre les socialistes et les nationalistes de l’UDMA.

Alors qu’il avait jusque là défendu la revendication de rattachement de l’Algérie à la métropole et rejeté toute solution fédéraliste, il fut mandaté pour « brûler ce qu’il a adoré » au congrès interfédéral algérien de la SFIO en juillet 1946, l’assimilation. Il présenta en effet la motion de la fédération d’Oran, qui proposait un Parlement algérien élu au suffrage universel dans un collège unique, dans le cadre de l’Union française. Inspirée par Charles-André Julien*, la motion fut adoptée après de vifs débats. Son activité politique fut intense dans ces années d’après-guerre : il fut l’auteur en 1947 de L’Algérie à la croisée des chemins, publié par l’imprimerie spéciale d’Alger républicain. L’année suivante, il publia aux mêmes presses La sécurité sociale, un impératif algérien. Il entra en juin 1948 au Conseil d’administration de la section d’Oran de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN). En juin 1954 enfin, il présenta au Congrès départemental de la Fédération départementale des œuvres laïques du département d’Oran un rapport intitulé « La Conception laïque de l’action sociale ».

Quand commença ce qu’on appela en France la guerre d’Algérie, il fut une plume régulière du journal de l’UDMA La République algérienne, au point « d’avoir pratiquement sa propre chronique » en 1954 (Malika Rahal). Il tint aussi la rubrique « Opinion de militant » dans le journal Oran Républicain. Il dénonça, dès novembre 1954, la misère du peuple algérien et la répression de l’armée française dans la presse socialiste oranaise. Durant les premiers mois de la guerre, il défendit la construction d’une Algérie nouvelle par « la justice sociale et la fraternité universelle ». Opposé à la nomination du résident général Robert Lacoste, il refusa de le rencontrer au nom de la fédération en février 1956, peu après la célèbre « journée des tomates » qui vit Guy Mollet* céder devant les protestations qui l’accueillaient à Alger. Sa position au sein de la fédération, sous le gouvernement à direction socialiste, fut de plus en plus intenable. Début 1957, il fit part aux membres du bureau de son intention de participer à la grève générale insurrectionnelle qu’organise le Front de libération nationale (FLN). Pour éviter l’indiscipline et in fine l’exclusion, le bureau lui demanda de prendre un congé en France. Il part à Auray, en Bretagne, où il s’installa définitivement et d’où il échangea de fréquentes et inquiètes correspondances avec Joseph Begarra, le secrétaire fédéral oranais, tout au long de la guerre. Après l’indépendance, il joua quelque temps le rôle de conseiller social à l’ambassade algérienne à Paris.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article174875, notice SAADOUN Allal par Claire Marynower, version mise en ligne le 4 août 2015, dernière modification le 4 août 2015.

Par Claire Marynower

SOURCES  : Notice de René Gallissot dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, Maghreb. Algérie . — Oran Républicain . — Oran Socialiste-Le Semeur . — Fouad Soufi, Oran républicain et les problèmes algériens : un journal Front Populaire face à la question nationale, 1937-1938, Mémoire de DEA, Alger, 1977 . — Archives nationales d’outre-mer . — Archives de la wilaya d’Oran . — archives de la Grande loge de France Malika Rahal, L’Union démocratique du Manifeste algérien (1946-1956). Histoire d’un parti politique. L’autre nationalisme algérien, Thèse de doctorat, Paris, INALCO, 2007 . — Lahouari Touati, Économie, société et acculturation : l’Oranie colonisée, 1881-1937, Thèse de doctorat, Université de Nice-Sophia Antipolis, 1984 . — SFIO, Congrès interfédéral d’Afrique du Nord du Parti socialiste SFIO, Alger, 13-14 juillet 1946 : compte rendu sténographique . — Zidane Zeraoui, Magrebinos en Francia : el fracaso de la integracion, Universidad Iberoamericana, 2008.

ICONOGRAPHIE : Oran Républicain, 1er mai 1937, p. 4.

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