REYSEN Joseph Van Den

Par Françoise Blum

Né le 19 mars 1934 à Brazzaville (Congo) ; Statisticien ; Vice-président chargé de la presse de la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF) ; Parti communiste français (PCF) ; Union des étudiants communistes (UEC).

Joseph Van Den Reysen est né le 19 mars 1934 à Brazzaville. Il est l’ainé d’une fratrie de 8 enfants (5 garçons et 3 filles). C’est un métis, ce qui n’ira pas toujours sans souffrance. Sa grand-mère maternelle est d’ethnie makoua, son grand-père maternel est français d’origine bretonne. Il a été commissaire de police. Du côté paternel, il a un grand-père allemand, qui est venu au Congo-Léopoldville. Les parents de Joseph Van Den Reysen sont donc français, son père venu du Congo belge par naturalisation et sa mère parce qu’orpheline et suivant une loi de 1912. Son père, sous-préfet, est nommé préfet du Djoué après la révolution de 1963, sous la présidence d’Alphonse Massamba-Débat. Il a changé plusieurs fois d’école, au rythme des affectations de son père. Il commence l’école à 5 ans, à Poto-Poto, un quartier de Brazzaville. Puis il passe deux ans à Kinshasa dans une école chrétienne. Au retour, on l’envoie à l’Ecole Européenne. Sa famille vit également dans un quartier européen, la Plaine.

A l’âge de 13 ans, en 1947, il obtient une bourse qui lui permet de continuer ses études en France , d’abord à Digne, puis à Avignon et ensuite à Cahors du lycée duquel il est renvoyé sans qu’il ait jamais su pourquoi. On l’envoie alors à Bigorre, au sud de Tarbes, où il passe les deux bac, en 1953. Il est fasciné par la révolution chinoise, dont il a vu dans Paris Match des images choc. Il lit avec passion La Chine du nationalisme au communisme. Il s’inscrit en mathématiques à l’université de Toulouse. C’est là qu’il rencontre sa future femme, qu’il épouse en 1958. Il milite alors à la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF), dont il devient en 1957 le secrétaire puis vice-président chargé de la presse. L’organe de la FEANF, l’Etudiant d’Afrique noire, est alors imprimé à Toulouse. C’est lui aussi qui se charge de faire imprimer le Sang de Bandoeng, cette brochure au vitriol contre la guerre d’Algérie, largement conçue par Jacques Vergès. Avec quelques camarades, Samba Ndiaye, Léopold Agboton, Abdoulaye Booker Sadji, Mamadou Barry, Osende Afana un peu plus distant cependant, ils forment le « groupe de Toulouse » qui se réunit régulièrement dans un café. Ils sont en opposition avec un autre groupe de Dahoméens, composé de catholiques, autour d’Albert Tévoédjré, alors qu’eux - bien que de culture catholique - sont des marxistes. Joseph Van Den Reysen est au parti communiste et assiste comme délégué au congrès fondateur de l’Union des Etudiants Communistes (UEC), en 1956. Il lit beaucoup : L’anti-Dühring, Le rôle de la violence dans l’histoire, La Situation de la classe laborieuse en Angleterre, Dialectique de la nature, L’origine de la famille, les Manuscrits de 1944, la Critique de l’économie politique, Socialisme scientifique, socialisme utopique, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, Misère de la philosophie. Il lit Mao et Staline, dont il apprécie la Question nationale, alors qu’il ne goûte pas le Lénine de Matérialisme et empiriocriticisme. Il lit aussi et apprécie Henri Lefebvre. Avec quelques camarades, il fonde un cercle Karl Marx dans le cadre duquel ils donnent des conférences à un auditoire curieux de marxisme, dans un café restaurant de la Place du Capitole. Sa bourse ayant été supprimée en 1958, il est pion pour gagner sa vie, à Millau puis à Albi.

En 1960, un télégramme de la présidence congolaise lui demande de revenir pour s’occuper des statistiques. Il part donc au Congo mais se rend compte qu’il n’y est pas vraiment bien vu car il est considéré comme communiste. On le renvoie d’ailleurs en France et il est inscrit à l’INSEE et parallèlement à l’ISUP. Il en réussit les examens et repart donc au Congo avec sa femme qui ne s’y plaira d’ailleurs pas, et rentrera en France dès 1963 pour exercer son métier d’enseignante. Il en dit aujourd’hui : « ….mais ça s’est pas bien passé, ça a pas été bien pour elle… moi-même quand je suis arrivé là-bas j’ai tout de suite compris que j’étais pas tout à fait congolais. C’est quand même une … Vous savez pendant toutes ces années je sentais bien que les gens ne me considéraient pas vraiment comme africain, j’étais dans un milieu africain, mais ils me considéraient pas vraiment… ». Il est alors directeur du service national des statistiques. Il assiste au Trois Glorieuses, la révolution qui renverse l’Abbé Youlou. Son frère Antoine est nommé peu après directeur de cabinet du premier Ministre Lissouba –un ancien de la FEANF également – et va être mêlé de près à un triple assassinat qui marque profondément la vie politique congolaise : celui du procureur Lazare Matsocota –ancien de la FEANF -, Joseph Pouabou et le juge Anselme Massouemé. Joseph Van Den Reysen habite au dessous du logement de Massouemé et entend les bruits sourds de son enlèvement. Il est alors, dit-il, sauvé par Osendé Afana : « Et au cours de la nuit j’ai entendu un vacarme absolument inimaginable en haut, à l’étage au-dessus, j’avais l’impression que les meubles partaient dans tous les sens, je vous assure, les meubles, peut-être qu’ils tiraient quelqu’un mais c’était un vacarme incroyable ! Et je me suis dit qu’est-ce qui ce passe, qu’est-ce que je fais ? Et puis j’ai hésité pendant quelque temps puis je me suis levé. … Osendé s’est levé en même temps ; et je suis allé vers la porte, je voulais ouvrir la porte. Vous savez qu’il m’a tiré en arrière pour m’empêcher d’ouvrir la porte. ». Plus tard, en 1969, après la prise du pouvoir par Marien Ngouabi, son frère sera jugé et condamné par contumace pour cet assassinat. Il s’installera en France, comme d’ailleurs toute sa famille. Joseph Van Den Reysen, quant à lui, commence à être inquiet de la situation au Congo, d’autant plus après un incident où on le braque avec un revolver.

Il obtient, soutenu par Ambroise Noumazalaye alors premier Ministre, un poste à la Commission économique pour l’Afrique de l’ONU. Il part donc pour Addis-Abeba via le Congo Kinshasa pour occuper un poste d’abord dans la section démographie puis à la section de recherche où il devient chef du service des enquêtes. Cela l’amène à beaucoup voyager, à travers toute l’Afrique. Sa femme et ses deux enfants restent à Tarbes, et il ne les verra alors qu’épisodiquement. Il profite de ce séjour en Ethiopie pour apprendre l’Amharique et le Russe.

Il prend sa retraite en 1994 et retrouve sa femme à Toulouse où il vit encore, avec elle. Il s’inscrit à l’université et obtient un doctorat de linguistique sur « L’ordre des constituants de la phrase en Amharique ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article174810, notice REYSEN Joseph Van Den par Françoise Blum, version mise en ligne le 25 juillet 2015, dernière modification le 28 janvier 2016.

Par Françoise Blum

Sources : Entretiens avec Joseph Van Den Reysen , Toulouse, juin 2015

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