Né le 13 mai 1939 à Cove (Dahomey aujourd’hui Bénin) ; Avocat ; Enseignant du supérieur ; Président de la FEANF, section de Bordeaux ; Président de la FEANF ; Président de l’Union générale des étudiants dahoméens ; Membre de l’Organisation marxiste léniniste du Dahomey (OMLD) ; membre du Parti africain de l’indépendance (PAI) ; Président du comité anti-colonialiste de Bordeaux ; Président fondateur de l’Association des travailleurs dahoméens en France ; Président du Comité préparatoire de la conférence nationale des forces vives de la nation.

« Je suis né révolté mais je module les formes de ma révolte ».
Robert Dossou est né le 13 mai 1939 à Cove (Dahomey), dans une fratrie de 13 enfants (11 de la même mère). Son père est fonctionnaire. Il a une jeunesse rebelle et indisciplinée, mais est néanmoins un excellent élève, ce qui résulte, dit-il, d’une sorte de pacte passé avec son père, et ce à quoi l’aide une mémoire exceptionnelle. Il fait ses études secondaires au Lycée Victor Ballot à Porto-Novo, où il devient Président du Collège du Scoutisme, et délégué des élèves. Il lit le journal de la FEANF, l’Etudiant d’Afrique noire, que reçoit son père. Il obtient son baccalauréat de philosophie en juin 1959. Il part alors pour Bordeaux où il est inscrit à l’Institut d’études politiques dont il obtient le diplôme en juin 1962. En 1963, il est auditeur à l’académie de droit international de La Haye. A partir de 1964, c’est à Paris qu’il obtient une impressionnante moisson de diplômes : Licence en Droit Public (1964), Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (1965), Diplôme d’Etudes Supérieures de Droit Public (1966), Diplôme d’Etudes Supérieures de Droit Privé (1968), Diplôme d’Etudes Supérieures de Sciences Criminelles (1968). Mais Robert Dossou est aussi un militant, président de la section FEANF de Bordeaux en 1962, ainsi que du comité anti-colonialiste, président de l’Union générale des étudiants dahoméens en 1963-64, président de la FEANF en 1964-65. On le retrouve à la conférence de l’Union International des Etudiants à Prague en décembre 1964 –Prague à partir de laquelle il ira aussi à Sofia. Membre du Parti Africain de I’Indépendance (PAI) depuis 1962 il choisit, en 1964, le camp chinois et se classe ainsi parmi les « maoïstes ». La rupture sino-soviétique a alors clivé le PAI, en opposant d’ailleurs au sein de la FEANF les Sénégalais restés largement fidèles à l’orthodoxie, aux Dahoméens qui dominent la fédération à partir de la présidence de Robert Dossou. Robert Dossou est aussi membre-fondateur de l’OMLD (Organisation des Marxistes-léninistes du Dahomey) issue sur fond de querelle sino-soviétique d’une scission de l’ORD (Organisation des révolutionnaires du Dahomey). Il voyage, en Chine, en Albanie, un pays dont les dirigeants de la FEANF sont particulièrement proches et avec lequel ils ont des liens forts. Robert Dossou s’est occupé aussi d’organiser les travailleurs dahoméens en France, dont il préside l’association de 1969 à 1971. En 1967-69, il fait un stage à l’Ordre des Avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation, et, de 1969 à 1973 est Avocat au Barreau de Paris. Il collabore de 1967 à 1973 au Cabinet de Maître Jean Colas de La Noue, Avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation, puis ouvre son propre cabinet, boulevard de Belleville. Il y traite des affaires de « métèques », dit-il avec humour, et quelques cas avérés de racisme. De décembre 1968 à Septembre 1973, il est Assistant à la Faculté de Droit et Sciences Economiques, de l’Université de Paris-Sorbonne puis à l’Université de Paris I.
Dans une plaidoirie pour défendre le président de la section de Clermont de la FEANF, Abdoulaye Beye, menacé d’expulsion pour avoir tenu des propos anti-gouvernementaux lors d’une cérémonie officielle, il compare la situation présente à celle connue sous de Gaulle où, d’après lui, cette expulsion n’aurait jamais été envisagée. Cela lui attire l’ire des services du Ministère de l’intérieur alors tenu par Raymond Marcellin, et il est menacé à son tour d’une expulsion à laquelle il échappera grâce à la mobilisation de ses collègues, et de l’ensemble des syndicats enseignants et étudiants.
Robert Dossou rentre au Dahomey –qui devient Bénin deux ans plus tard – en octobre 1973, sur invitation du recteur d’une université qui se met alors en place. C’est peu après le putsch militaire du 26 Octobre 1972 et l’adoption le 30 novembre 1972 par les militaires, –dont Mathieu Kérékou-, d’un programme révolutionnaire et, le 30 novembre 1974 de celle du marxisme-léninisme comme idéologie officielle. Il ouvre un cabinet d’avocat et enseigne à l’université. Il y est délégué du Personnel enseignant de la Faculté au Conseil de L’Université (1974-1978), chef de la section Juridique à la Faculté (1976-1978), puis Doyen de la Faculté (Avril 1978 à Mai 1991, réélu quatre fois). Il y crée notamment en 1983 un enseignement sur les droits de l’homme. C’est lui qui plaide, aux côtés de Joël Nordmann, ancien grand résistant et avocat communiste de renom, le dossier Bob Denard, après que celui-ci ait lancé son attaque ratée sur Cotonou, en 1977. Durant la phase marxiste-léniniste du régime des militaires, il reste en retrait et réussit, malgré diverses menaces et accusations, à échapper à la prison, et ce d’autant plus, dit-il, qu’il connaît intimement les durs du régime, avec lesquels il a pu, parfois, militer au PAI. Il est en quelque sorte en attente d’une phase dans l’évolution du régime qui pourra lui permettre de jouer le rôle qu’il s’est adjugé : « je suis né révolté mais je module les formes de ma révolte », dit-il.
En 1979 il convainc Mathieu Kérékou de donner à la conférence de cadres qu’il a réuni, à cause de l’échec patent de la politique économique « marxiste-léniniste », toute liberté d’expression. La liberté d’expression préside en effet aux débats mais ceux-ci, ainsi que les recommandations de la conférence, ne seront guère suivis d’effet. La « fête des langues » sera sans lendemain.
Robert Dossou a alors de très multiples appartenances à diverses associations internationales, il est expert et/ou consultant également dans de très nombreuses commissions, nationales ou internationales. . Mais c’est à partir de 1989 qu’il va, outre ses activités professionnelles et/ou d’expertise jouer un rôle politique majeur, en impulsant et participant au processus d’ouverture du régime, qui va mener le Bénin à une forme exemplaire de transition démocratique.
Son rôle s’accroît avec la grande crise de 1989 où l’état béninois, en faillite, se trouve obligé d’accepter son premier programme d’ajustement structurel. Le secteur public, qui n’était plus payé, s’est mis en grève illimitée, sous l’impulsion première des étudiants, en grève dès janvier. Le 18 juin 1989, il est envoyé représenté l’enseignement supérieur –un secteur particulièrement touché par une politique répressive qui n’a fait que s’accroître avec la crise - à la troisième législature de l’ANR. En juillet, il demande, en compagnie de René Ahouanssou, également représentant des enseignants, audience à Mathieu Kérékou dans le but d’inciter au changement. Ils sont reçus très longuement le 28 juillet et, le 29 : « Diffusé à la radio, publié dans les journaux, leur appel à la démonopolisation de la vie politique cristallise un moment le débat et contribue à imposer le multipartisme comme point focal des luttes politiques ». Dans la déclaration Robert Dossou intervenait pour dire notamment : « Il y a d’abord la question des exilés volontaires, il y a ensuite le problème de certaines grâces et des libertés » pour ensuite affirmer fermement : « Nous sommes convaincus que si à la libéralisation des structures économiques actuellement en cours dans notre pays, ne correspond pas, ne répond pas une libéralisation au plan des superstructures, au plan institutionnel et politique, nous ne nous en sortirons pas…Nous avons conscience qu’un seul parti ne peut plus monopoliser la vie politique en République populaire du Bénin… ». Ainsi ont été posées les balises de la Conférence nationale des forces vives de la nation. Robert Dossou est nommé au gouvernement dans la nuit du 4 au 5 août 1989 comme Ministre délégué auprès du Président de la République, chargé du Plan et de la Statistique et est chargé de présider le Comité national préparatoire de la conférence nationale des forces vives de la nation, institué par décret du 18 décembre 1989. La conférence se tient en effet du 19 au 28 février de la même année, instaurant, sous l’égide de Monseigneur Isidore de Souza qui réussit à empêcher des dérives bien souvent amorcées, une période transitoire où, si Mathieu Kérékou reste à la présidence, un gouvernement provisoire avec à sa tête un Premier Ministre est mis en place. La République populaire du Bénin, gouvernée par un Parti-Etat se réclamant du marxisme-léninisme n’est plus. C’est le début de la République du Bénin, démocratique et multipartiste. En 1991, Robert Dossou est un des treize candidats à l’élection présidentielle qui consacre la victoire de Nicéphore Soglo. De 1991 à 1993, il est député à l’Assemblée Nationale et Président de la Commission des Lois, de l’Administration et des Droits de l’Homme. Il préside l’Alliance Pour la Social-Démocratie (ASD). Il est de nouveau ministre - des Affaires étrangères et de la coopération - de 1993 à 1995. Il est Président de la Cour constitutionnelle de juin 2008 à juin 2013. Jusqu’à ce jour, il est toujours engagé dans de multiples activités juridico-politiques. Il est président honoraire de l’association des cours constitutionnelles francophones, président honoraire de la conférence des juridictions constitutionnelles africaines, président de l’association africaine de droit international. Il a reçu de très nombreuses décorations, dont celle de Commandeur des Palmes Académiques, de Paul Harris Fellow-2 Rubis (Fondation du Rotary International), d’Ambassadeur de bonne volonté de l’Etat d’Arkansas-USA (Distinction conférée par le Gouverneur Bill Clinton le 03 Février 1992), de Leading lawyer (Londres 2001), de grand officier de l’ordre national du Bénin.
Robert Dossou a trois enfants et quatre petits enfants.
Robert Dossou est l’archétype de ces hommes et femmes qui militèrent dès leur jeunesse au sein des mouvements étudiants et eurent une trajectoire politique et scolaire brillante. Juriste émérite, formé également au marxisme-léninisme, il n’adhéra pas pour autant au régime de Mathieu Kérékou qui, dit-il, l’a guéri du marxisme, mais fut au contraire un de ceux qui oeuvrèrent pour le défaire, en une transition démocratique parfaitement réussie.

Oeuvres (bibliographie sélective) : - Le Marxisme, le Droit et la Justice, 1976, ronéoté. ; - « Sur l’élimination du Mercenariat en Afrique », Revue Internationale de Droit Contemporain, n°2, 1978. ; - Le Bénin : du monolithisme à la Démocratie pluraliste, un témoignage in : Gérard Conac (Dir.) l’Afrique en transition vers le pluralisme politique, Economica, 1993, pp. ; - « L’Economie Béninoise et la Démocratie Pluraliste », Africa Recovery, Volume 6, n°3, Novembre 1992. ; - Les élections en Afrique - in Aspects du Contentieux électoral en Afrique : actes du Séminaire de Cotonou, novembre 1998, . OIF, Janvier 2000, p.19. ;
- La Pratique de l’Arbitrage en Afrique. in : L’OHADA et les perspectives de l’Arbitrage en. Afrique, Editions Bruylant, 2000, p.125 et sq. ; - L’Expérience de la Conférence Nationale Béninoise in : Bilan des Conférences Nationales et autres processus de transition démocratique, Ed. Pedone et Bruylant , 2000, p. 205 et sq. ;
- « Le Juge administratif et les droits économiques et sociaux au Bénin » in : Etienne Picard (Dir.), Le Juge de l’administration et les droits fondamentaux dans l’espace francophone, Bruylant,. 1999, p. 492 et sq. ; - Le contexte historique international et les enjeux nationaux in : De Dakar à Dakar : 25 ans d’engagement de la francophonie au service des droits de l’homme, de la démocratie et de la paix. Bruxelles, Bruylant, 2015, p. 23-30

Videos :
http://www.dailymotion.com/video/xqlgn5_revision-de-la-constitution-avis-de-me-robert-dossou-avant-et-apres-2006_news (Consultée le 13 juillet 2015)

Sources : Curriculum de Robert Dossou : http://www.lanouvelletribune.info/index.php/politique14889-le-cv-de-me-robert-dossou-nouveau-president-de-la-cour-constitutionnelle . Consulté en juillet 2015

Entretiens avec Robert Dossou : Paris, décembre 2013 ; Paris, mai 2015 ; Cotonou, juillet 2015

Françoise Blum

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