HONEL Mira [née BOJM]

Par Daniel Grason

Née le 24 décembre 1905 en Pologne, morte en novembre 1989 ; sténodactylographe ; communiste ; militante de la Main d’Œuvre Immigrée (M.O.I.) ; déportée à Auschwitz (Pologne).

Mira Honel, née Bojm.
Mira Honel, née Bojm.

Fille de Mordko David et de Berthe, née Gendler, Mira Bojm vint en France en 1924, elle obtint une carte d’identité sur présentation de son passeport polonais visé au consulat de France à Varsovie le 3 décembre 1924. En janvier 1927 elle logeait au 71 rue de Seine à Paris (VIe arr.). Tout en poursuivant des études, elle aurait travaillé comme sténodactylographe chez Félix Potin. Membre du Parti communiste, elle lisait l’Humanité, La Correspondance internationale, les Cahiers du bolchevisme, elle assistait à des réunions de l’organisation.

Mariée à Léon Montfaucon, veuve, elle se remaria le 11 avril 1940 en mairie de Levallois-Perret avec Maurice Honel, ex-député communiste de la circonscription Clichy-la-Garenne, Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine). Leur fille Laura, née le 2 juin 1939 fut légitimée par leur mariage, la famille Honel vivait 25 rue Danton à Levallois-Perret.

La promulgation par le régime de Vichy des lois du 3 octobre 1940 et 2 juin 1941 portant statut des Juifs rendit difficile la vie des Juifs, le couple entra dans la clandestinité milita avec la Main d’Œuvre Immigrée. Après de nombreuses filatures, une opération conjointe des policiers des Renseignements généraux, de la BS2 et de la BSi du commissariat de Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine) eut lieu le 23 juin 1943. Mira Honel fut interpellée alors qu’elle se présentait au 7 rue Montcalm à Paris (XVIIIe arr.), domicile de Maurice Berkowitz. Les policiers tabassaient quasi-systématiquement les militantes et militants juifs interrogés à Puteaux et dans les locaux des Brigades spéciales à la Préfecture de police.

Mira Honel fut internée au camp de Drancy réservé aux Juifs sous le numéro 9. Elle était le 31 juillet 1943 dans le convoi 58 d’un millier de Juifs au départ de Drancy à destination d’Auschwitz (Pologne). Dès l’arrivée 727 déportés furent gazés. Affectée au block 10 celui des expérimentations médicales, elle survécut à toutes les épreuves. Quand l’armée Soviétique libéra le camp le 27 janvier 1945, de ce convoi il ne restait que 28 survivants dont 18 femmes, Mira Honel était parmi elles.

Elle resta sur place : « Quand pour la première fois on est venu dans les différents blocks chercher des déportés qui parlait russe, j’ai dit oui […] La première chose que fit cette commission d’enquête, qui était surtout médicale, fut de procéder à quelques autopsies. Il fallait que je reste dans cette salle et que les médecins me dictent le compte-rendu de l’autopsie. Cela a été absolument atroce. Il n’y avait pas de lumière, cela se faisait à la bougie, et bien que je fusse très endurcie, j’ai été terriblement secouée, peur être parce que mes nerfs à ce moment-là lâchaient. Ce travail me paraissait absolument dantesque ».

Elle rentra en France, témoigna en 1945 devant une commission d’épuration de la police, elle reconnut sur photographies deux inspecteurs de la BS2 qui l’arrêtèrent dont l’un la frappa.

La même année, le couple retrouva leur fille Laura à la Maison d’enfants « Villa Massilia » gérée par l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide (UJRE) à Sainte-Maxime (Var). Une quarantaine d’enfants fils et filles de fusillés et de déportés marqués psychologiquement par la disparition de leur père ou de leur mère. Ils en seront les responsables du lieu jusqu’en 1948 où le lieu devra fermer faute de crédits

La famille Honel retourna à Paris, vécut 44 rue Ramey (XVIIIe arr.). Maurice Honel mourut le 25 octobre 1977. Mira Honel accorda en mars 1987 à Guillaume Bourgeois un entretien sur l’activité militante de son mari.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article174081, notice HONEL Mira [née BOJM] par Daniel Grason, version mise en ligne le 18 juin 2015, dernière modification le 27 avril 2018.

Par Daniel Grason

Mira Honel, née Bojm.
Mira Honel, née Bojm.

SOURCES : Arch. PPo. 77W 1599, KB 10, KB 119. – Jean-Pierre Vittori, avec la collaboration d’Irène Miline, Le grand livre des témoins, Éd. L’Atelier, 2005. – Dominique Rémy, Les lois de Vichy, Éd. Romillat, 1992. – David Diamant, Par-delà les barbelés, Éd. 1986. – « Mémoires croisées du retour à la vie, Villa Massilia », Éd. Mairie de Sainte-Maxime, mars 2011. – Site internet CDJC.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 173 cliché du 1er avril 1943.

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