BOSSUS Raymond, Marcel. Pseudonyme : Lévêque.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 25 juillet 1903 à Paris (XIe arr.), mort le 6 février 1981 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; syndicaliste et militant communiste, dirigeant de la Fédération CGTU puis CGT du Bâtiment, membre du comité central du PCF (1945-1950) ; conseiller municipal de Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) de 1929 à 1935, conseiller municipal du XXe arr. de Paris (1935-1940, 1945-1965), sénateur (1958-1959, 1962-1969).

[Sénat]

Issu d’une famille ouvrière, Raymond Bossus travailla jeune. Un rapport du commissaire de police de Clignancourt daté du 20 février 1919, décrit avec précision la situation de la famille Bossus : « Le père mobilisé au début de la guerre a été réformé peu après. Il tient avec sa femme un commerce de vins restaurant depuis six ans. Avant, les époux Bossus étaient concierges, même rue 80, où ils sont restés huit ans. En dehors de son commerce le sieur Bossus est porteur de pianos. Les époux Bossus demandent que leur fils contracte un engagement dans la marine où son métier de tourneur lui facilitera son admission. Je ne puis qu’approuver la décision des époux Bossus » (Musée de la PJ, n° 67, répertoire n° 70 du commissariat de Clignancourt). Il s’engagea pour cinq ans, le 9 avril 1921, au premier dépôt des équipages de la flotte. En 1924, il était embarqué sur le contre-torpilleur « Deligny ». Il naviguait sur le « Chasseur 112 », garde-pêche en Algérie, lorsque son engagement fut résilié en mai 1925. Raymond Bossus avait épousé, le 22 janvier 1924 à Pavillons-sous-Bois (Seine, Seine-Saint-Denis), Yvonne Marin, née le 28 février 1900 au Raincy (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis). Sa mère et son épouse exploitèrent jusqu’en 1930 un débit de vins-restaurant à l’enseigne « Assurance contre la soif », 49, rue Albert (XIIIe arr.), puis Raymond Bossus se sépara de sa femme avant de divorcer le 18 janvier 1937. Il habita avec sa mère 72, avenue du Moulin-de-Saquet à Vitry-sur-Seine où elle exploitait une petite épicerie. Il fut le compagnon de Rosine Gillot.

Dans un entretien accordé à des étudiants de maîtrise en 1977, (Audier et Buton, voir Sources) Raymond Bossus déclara avoir adhéré « secrètement » au Parti communiste pendant « son service militaire dans la Marine » et avoir pris sa carte en 1923. Le premier point n’est confirmé par aucune des biographies publiées avec son accord depuis 1935, quant au second il s’explique par une erreur de mémoire. La notice recueillie par les services du conseil municipal de Paris précise : « en 1925-1926, il adhéra au Syndicat unitaire du Bâtiment et au parti communiste » (Nos édiles, p. 267) ; l’Éveil du XXe publia le 4 février 1945 une présentation de sa vie politique en situant son entrée au Parti communiste à l’année 1925 ; les rapports de police indiquent la même date. Il se serait inscrit à la cellule d’entreprise Gnome-et-Rhône de Paris. Licencié, il travailla comme livreur pour le magasin « Allez frères » d’où on le renvoya pour avoir fait la grève contre la guerre du Maroc en août 1925. Devenu ouvrier du Bâtiment (poseur de parquet-sans-joint), il milita à la cellule de la CAM d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) jusqu’à un nouveau licenciement pour son action politique.

Léon Mauvais* secrétaire du sous-rayon de Vitry-sur-Seine le remarqua, le fit entrer au comité de sous-rayon en 1927 et l’inscrivit à l’école de formation du rayon d’Ivry-sur-Seine. Secrétaire de son syndicat CGTU, Raymond Bossus entra à la commission exécutive de la 13e région fédérale du Bâtiment, devint permanent en 1929 et accéda l’année suivante au secrétariat de la Fédération unitaire des ouvriers du Bâtiment. Selon L’Éveil du XXe (4 février 1945), il aurait vers cette époque séjourné en prison à Toulouse (Haute-Garonne) puis à Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines), sous l’accusation d’entrave à la liberté du travail, à la suite de heurts violents sur des chantiers. Les archives de police ne signalent pas ces faits.

En juillet 1932, la CGTU le chargea de se rendre en Algérie pour aider à « l’arabisation » du mouvement syndical. Les autorités le firent arrêter en août, à Oran, sur l’accusation de « provocation au meurtre et à la guerre civile et de complot contre la sûreté intérieure de l’État ». Le Tribunal correctionnel de Philippeville l’acquitta et le fit libérer le 10 septembre 1932. Il revint en France le 8 février 1933. Raymond Bossus devait effectuer en avril une nouvelle tournée de propagande en Afrique du Nord, mais les autorités lui notifièrent l’interdiction d’entrer en Tunisie. Il se rendit seulement en Algérie. Les activités de Raymond Bossus en Afrique du Nord provoquèrent de vives critiques à la Conférence coloniale de 1933 : Navarro déclara : « D’accord avec l’autocritique de Bossus, mais ce dernier n’a pas su s’acclimater aux Algériens » (compte rendu p. 771). Les rapports de police se firent d’autre part l’écho d’une éventuelle traduction devant la Commission centrale de contrôle politique à la demande de militants algériens qui l’accusaient d’avoir emprunté des sommes d’argent sans les rembourser. Il partit, en avril 1934, effectuer un stage d’un an à l’École internationale marxiste-léniniste de Moscou. À son retour de Russie, Raymond Bossus fut affecté à la commission d’organisation de la CGTU malgré les protestations de ceux qui lui gardaient rancune des problèmes posés par ses séjours en Algérie.

Raymond Bossus avait été élu conseiller municipal de Vitry-sur-Seine, sur la liste dirigée par Pierre Périé et Charles Rigaud, le 12 mai 1929. Il participa peu à la vie municipale et chercha surtout à conquérir le siège de conseiller municipal du quartier Charonne dans le XXe arr. de Paris. Après un échec en 1932, il se plaça en tête des candidats de gauche le 5 mai 1935, avec 1 929 voix sur 5 141 suffrages exprimés. Les 632 voix du socialiste SFIO Spinetta l’assurèrent de la victoire au second tour par 2 551 voix contre 2 527 à Marcel Laurent « socialiste de France ». Le conseil de préfecture l’invalida pour « insuffisance de résidence » (il ne payait pas ses impôts à Paris), mais, les électeurs de Charonne confirmèrent leur vote le 1er décembre 1935. Raymond Bossus avait pris le soin de déménager au 13, rue Mendelssohn dans le XXe arr. (domicile qu’il quitta en juillet 1937 pour habiter 116, boulevard Davout, XXe arr.) La préfecture l’invalida une nouvelle fois. Le Conseil d’État annula cette mesure en juillet 1936. Raymond Bossus put donc siéger à l’Hôtel de ville où il resta pendant une trentaine d’années ; il fit partie de la 3e commission (voirie de Paris et travaux affectant la voie publique), de la commission du métropolitain et de la commission municipale d’admission aux adjudications.

À l’issue du congrès national d’Arles (25-29 décembre 1937), Raymond Bossus entra à la Commission centrale de contrôle politique et, à ce titre, dirigea le service d’ordre du Parti jusqu’en 1939. Il entra au secrétariat de la Région communiste Paris-Ville en 1937.

Malgré ses nombreuses responsabilités politiques, Raymond Bossus n’avait pas abandonné le syndicalisme. En 1935, il était secrétaire, avec Marcel Brout, de la 13e région du Bâtiment qui comptait quinze mille syndiqués. Il fut élu membre de la Commission exécutive de la Fédération CGT du Bâtiment en 1936 et en 1938 (voir Bazille* et Baraud*).

Mobilisé en août 1939, Raymond Bossus apprit à l’armée sa déchéance de son mandat électif. Un préfet ayant fait appel à une modification de ses sentiments, il refusa de désavouer le Pacte germano-soviétique. Blessé au combat d’Urbeis le 19 juin 1940, il fut fait prisonnier par les Allemands. Il séjourna cinq mois dans un hôpital avant d’être envoyé dans un camp où, « il organis[a] le sabotage dans les usines de guerre et constitu[a] à l’Oflag 10 C le premier comité de Front national » (L’Éveil du XXe, 4 février 1945). Le nom de ce comité formé à Lübeck est anachronique, il s’agissait d’un noyau d’antifascistes (sans lien semble-t-il avec l’extérieur) que Raymond Bossus qualifia également de comité de Front populaire (Audier et Buton, op. cit.). Après deux tentatives d’évasion, il réussit la troisième et rentra en France le 21 juin 1943. Il tenta pendant trois mois de renouer le contact avec les cadres clandestins du PCF et y réussit à Lyon. La direction contrôla ses activités dans les camps puis lui demanda d’aller à Paris où, par l’intermédiaire d’Auguste Lecœur, il entra en rapport avec Jacques Duclos, Benoît Frachon et Henri Raynaud. Il exerça alors une double activité clandestine. Sur le plan politique il assurait la direction du Parti communiste pour la région parisienne et participait à un collectif comprenant André Carrel (Front national), André Tollet (syndicats) et Albert Ouzoulias (action militaire). Sur le plan syndical il mettait en place les Unions départementales dans la zone nord. Il fut un des dirigeants de l’insurrection parisienne durant la semaine du 10 au 24 août 1944.

Le comité local de Libération du XXe arr. l’élut président le 14 septembre 1944 et le désigna, à la majorité, pour assurer les fonctions de maire du XXe arr. Il lui fallut bientôt choisir entre la première magistrature municipale et son ancien mandat de conseiller de Paris. Il opta pour l’Hôtel de Ville où il présida pendant une quinzaine d’années le groupe communiste.

Raymond Bossus assura la fonction de secrétaire politique de la Région Paris-ville jusqu’en 1947, année de son remplacement par Raymond Guyot. Il présida, à ce titre, la séance d’ouverture du Xe congrès du PCF, Porte de Versailles, le 26 juin 1945. Il entra alors au comité central (et non en 1936 comme l’écrivait l’Éveil du XXe, 4 février 1945). Réélu au congrès de Strasbourg (25-28 juin 1947), Raymond Bossus n’appartint plus au Comité central et avec lui, un certain nombre d’anciens résistants, à l’issue du congrès de Gennevilliers (2-6 juin 1950). Il fit partie du secrétariat de la Fédération de Paris jusqu’en 1955, puis siégea au comité fédéral jusqu’en 1968 et peut-être au-delà. Après s’être présenté sans succès aux élections législatives de 1956 dans la 3e circonscription de la Seine, il fut sénateur en 1958-1959 et à partir du 30 octobre 1962, en remplacement de Roger Garaudy démissionnaire de son siège. Il démissionna lui-même en juin 1969 pour raisons de santé.

Raymond Bossus prit sa retraite et se retira dans les Alpes-Maritimes. En mars 1980, il signa le texte des Résistants communistes soutenant Georges Marchais* (l’Humanité, 14 mars 1980). Il s’était remarié le 4 novembre 1955, à Romainville (Seine, Seine-Saint-Denis), avec Paulette Feuillebois, née le 17 mars 1920 à Paris (XIIe arr.) et divorcée de Karl Escure. Il avait déjà d’elle une fille, Catherine, née le 22 mars 1946 à Paris, reconnue la même année et légitimée par le mariage. Chevalier de la Légion d’honneur depuis mai 1946, Raymond Bossus était également titulaire de la croix de guerre 1939-1945 et de la médaille des évadés.

Raymond Bossus fut incinéré au colombarium du Père-Lachaise.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17348, notice BOSSUS Raymond, Marcel. Pseudonyme : Lévêque. par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 20 février 2016.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

[Sénat]

ŒUVRE : Raymond Bossus fut directeur politique de L’Éveil du XXe, organe d’information locale édité par la section communiste du XXe arr. de Paris en 1938-1939 (la Bibliothèque nationale en conserve un seul numéro : n° 8, 2e année, mai 1939). Le titre reprend en 1945 sous la direction de Raymond Bossus : n° 1, 4 février 1945, nouvelle série, bimensuel.

SOURCES : Arch. PPo. 101 et 300. — Arch. Paris, DM3. — Arch. André Marty, B XXVII. — Arch. J. Maitron. — Le Travailleur (canton d’Ivry), avril 1935. — L’Éveil du XXe. — Le conseil municipal : Nos édiles, 1935-1941, op. cit. — Comptes rendus des congrès de la Fédération du Bâtiment. — S. Courtois, thèse, op. cit. — Jean Audier et Philippe Buton, Le Parti communiste français dans la région parisienne de la Libération de Paris aux États généraux de la renaissance française, 25 août 1944-14 juillet 1945, mémoire de maîtrise, Paris I, 1978. — L’Humanité, 7 et 9 février 1981.

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