STAROPOLI Nicolas, Alexandre

Par Alain Dalançon

Né le 20 juin 1911 à Alger, mort le 31 janvier 1991 à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) ; instituteur puis professeur ; militant du SNI, du SNCM puis du SNES, secrétaire du S3 d’Alger (1956-1958), membre du bureau national (1960-1966), membre de la CA nationale de la FEN (1961-1967) ; militant socialiste, adjoint au maire de Palaiseau (Essonne).

Nicolas Staropoli
Nicolas Staropoli
classe de 6e au collège du Champ de manœuvre en 1956

Nicolas Staropoli appartenait à une famille installée en Algérie depuis plusieurs générations ; son grand-père paternel était boulanger à Alger et son père, né en 1881, Alexandre, Nicolas Staropoli était cheminot, secrétaire adjoint du Syndicat indépendant des cheminots algériens en 1929 ; son grand-père maternel, Nicolas Masse, était jardinier, né à Alger, et sa mère Antoinette Masse était née à Mustapha en 1889.

Formé à l’École normale d’instituteurs de Bouzaréah d’Alger (promotion 1929-1931), il commença à enseigner dans plusieurs écoles de la banlieue d’Alger, à Hussein Dey, avant d’être nommé à Alger même en 1934. Puis il effectua son service militaire en 1934-1935 qu’il termina comme caporal.

À son retour, il demanda un congé pour convenances personnelles afin de travailler comme rédacteur à la mairie d’Alger, de 1935 à 1937. Il épousa le 14 octobre 1937 à Alger une institutrice, Germaine, Mathée, Marie Pasqualini, décédée le 13 juillet 2002, avec laquelle il eut trois fils : René, André et Alain.
Il reprit un poste d’instituteur à Alger dans les écoles du Ruisseau et de la rue Aumerat, puis à Aïn-Taya (1938-1941) dans la banlieue Est d’Alger, et enfin à l’école du boulevard Gambetta (1941-1943). Après un intermède, d’octobre à décembre 1943, au cours complémentaire Clauzel, il fut mobilisé de décembre 1943 au 15 juillet 1945. Affecté dans le « Groupe de bombardement moyen II/20 Bretagne », il participa à six missions de bombardement comme officier de renseignements au cours des campagnes de Tunisie, d’Italie, de France et d’Allemagne.

Après la guerre, Nicolas Staropoli retrouva son poste d’instituteur à l’école Gambetta au cours de l’année scolaire 1945-1946. Il obtint à la session spéciale de la fin de 1945 le certificat d’aptitude à l’enseignement dans les classes élémentaires des lycées de garçons, tout en poursuivant des études à la Faculté des Lettres d’Alger où il obtint le certificat de littérature en 1946 puis celui de littérature classique en 1949.

Nommé professeur de classes élémentaires au lycée Gautier à Alger en avril 1946, il ne put occuper le poste en raison de la suppression de ces classes au lycée. Il refusa la proposition de venir enseigner en métropole et fut nommé, à la rentrée d’octobre 1946, en classe de 6e au collège moderne du boulevard Guillemin à Alger, puis quelques semaines plus tard au lycée Gautier pour pouvoir enseigner le Latin. Des professeurs du lycée protestèrent, notamment le secrétaire académique du Syndicat général de l’Éducation nationale. Aussi, à la suite d’une enquête, on lui enleva cet enseignement, remplacé par celui de l’Histoire-Géographie, en 1947, année où il accéda au grade de professeur certifié. En 1950, nommé d’office dans un autre établissement secondaire d’Alger sur un poste conforme à sa qualification, il protesta en demandant son maintien au lycée Gautier. Mais il fut nommé professeur de Lettres au collège moderne du boulevard Guillemin, puis au collège du Champ de manœuvre en 1954.

Après avoir milité avant-guerre au Syndicat national des instituteurs et au Parti socialiste SFIO, Nicolas Staropoli milita après la guerre au Syndicat national des collèges modernes puis au Syndicat national de l’enseignement secondaire, à la suite de la fusion des deux syndicats en 1949. Il ne tarda pas à s’imposer dans la section académique (S3) d’Alger du SNES, siégea à la commission administrative et au bureau, d’abord chargé de la trésorerie. Après la nomination du secrétaire général, André Weiler*, comme censeur à Constantine, il lui succéda officiellement au congrès académique de la fin de l’année 1956 avec André Cléac’h comme adjoint.

Toujours militant socialiste, il se reconnaissait dans le courant « autonome » de la majorité mais les tendances ne clivaient pas les militants comme en métropole. Jouaient surtout les approches différentes entre « Algériens » – comme lui ou Jean Bogliolo, secrétaire du S3 jusqu’en 1953, au départ « cégétiste » – et les professeurs venus de la métropole. Si presque tous étaient favorables à la démocratisation du second degré et à son accès par les garçons et filles indigènes musulmans – ce qui nécessitait des moyens énormes pour rattraper un retard colossal –, ils ne partageaient pas la même conception du maintien de la France en Algérie. Nicolas Staropoli était un ferme partisan de la présence française en Algérie, savait qu’on le qualifiait de « colonialiste » en métropole, alors qu’il avait toujours critiqué et combattu l’exploitation de la population indigène par les grands colons et était convaincu de la possibilité de faire cohabiter les communautés européenne et arabe et leur culture.

Forte personnalité au tempérament parfois bouillant, il défendait avec pugnacité les positions de son S3 dans les congrès du SNES, y compris face aux dirigeants de la majorité « autonome ». Ainsi au congrès de Pâques 1956, tenu au lycée Decour à Paris, quelques jours après le vote des pouvoirs spéciaux au gouvernement de Guy Mollet, Nicolas Staropoli, qui conduisait la délégation du S3, s’opposa à la transmission au Président du Conseil de la motion générale élaborée avec lui à la suite d’une longue discussion et votée à l’unanimité. Cette motion demandait au gouvernement « d’affirmer sa volonté de régler pacifiquement le problème algérien par une consultation sans préalable et sans exclusive […] selon le principe du collège unique », et affirmait que « l’authentique rayonnement français ne consiste pas à sauver les privilèges d’une minorité de capitalistes et de féodaux […] mais à prendre des initiatives courageuses pour rétablir la paix… » Il manifesta surtout son hostilité à la motion annexe s’opposant à l’utilisation du contingent en Afrique du Nord, et accusa de couardise les jeunes appelés refusant d’aller servir en Algérie. Une violente altercation l’opposa au secrétaire général adjoint, Ghouti Benmerah, et au rapporteur Louis-Paul Letonturier, secrétaire du S3 de Paris. La motion ne fut votée qu’à une faible majorité relative (8 996 mandats [42 %], contre 3 026 [14 %], 3 115 [15 %] en abstention et 6 044 (29 %) en refus de vote). Les catégories jeunes répliquèrent par une tribune libre publiée dans L’Université syndicaliste, le 23 avril : « La guerre que nous ne voulons pas faire ». Des syndiqués algériens indignés démissionnèrent. Le S3, qui comptait 1 054 syndiqués en 1954, en perdit plus de 30 % au cours des deux années suivantes.

L’incompréhension entre « Algériens » et « métropolitains » ne fit que s’envenimer par la suite. Si le S3 partageait en 1957 l’avis du recteur sur la nécessité de nommer des jeunes enseignants en Algérie, il ne put accepter la « relève » que ce dernier demandait : que toute mutation de l’Algérie vers la métropole ne puisse intervenir que si le fonctionnaire était effectivement remplacé par un nouvel arrivant. Les demandes de mutation vers la métropole étaient de plus en plus nombreuses (30 % des professeurs en place en 1957, alors que le tiers des postes étaient vacants). Le S3 fut suivi par le congrès national de Pâques 1957 dans sa condamnation de cette mesure d’exception qui en suivait une autre, celle de la suspension de tous les organismes consultatifs pour l’Algérie (décret du 26 octobre 1956), sans cependant être satisfait par la rédaction de la motion, car il était en désaccord sur l’analyse des événements et leur solution. Il ne se retrouvait en effet dans aucune motion générale soumise à débat avant le congrès. Aussi, en pleine « bataille d’Alger », Nicolas Staropoli transforma-t-il, peu avant la tenue du congrès, une tribune libre du S3, en motion, qui ne put être soumise au vote des syndiqués métropolitains. Ce texte qui procédait à une analyse de la situation très complexe réfutait la notion de « fait national algérien » pour lui substituer celles de « fait national musulman en Algérie » et de « fait national français en Algérie », mais ne proposait ni n’envisageait une solution – au contraire des deux autres textes (motion Louis Guilbert-Jean Petite de la liste « B » : hostilité à la « pacification » et ouverture des négociations avec ceux qui se battent » ; motion Pierre Broué de la majorité « A » : cessez-le feu, négociations suivant la formule de la « table ronde »). Nicolas Staropoli critiqua ce texte, comme les suivants, qui « comblaient certainement les vœux des pseudo-autonomes École émancipée et des communistes, avec l’estampille des Autonomes authentiques ». Avec une participation de 46 % seulement à la consultation des syndiqués, la motion B obtint 33 %, la motion A 23 %, 44 % s’abstinrent ; dans le S3 d’Alger, la motion Staropoli obtint 72 %, contre 20 % à celle de Guilbert-Petite et seulement 8 % à celle de Broué. Le fossé ne faisait que s’approfondir un peu plus malgré une visite du secrétaire général, Pierre Dhombres, en Algérie en juin 1957.

Quand le gouvernement décida d’instituer la nomination d’office des jeunes enseignants en Algérie (loi du 1er août 1957), le SNES, le SNET et la FEN protestèrent vivement contre ce principe qui dissuaderait les jeunes de choisir une carrière enseignante, mettant ainsi en cause y compris le recrutement en métropole. Quant au S3 d’Alger, il resta plus discret sur le sujet. Et au congrès de mars 1958, s’il vota la motion générale du congrès qui se terminait par l’affirmation de la « recherche d’une solution pacifique du drame algérien, précédée de l’affirmation du droit d’auto-détermination des populations algériennes », il l’interprétait dans un sens particulier ; il estimait en effet qu’il était « impossible d’envisager l’abandon pur et simple des Français d’origine européenne et musulmane vivant en Algérie, par la reconnaissance de l’indépendance d’une "République algérienne", avant toute négociation ou consultation démocratique des populations intéressées. »

Nicolas Staropoli, dégoûté d’avoir fait confiance à Guy Mollet, fut un moment rempli d’espoir au spectacle de la fraternisation des populations européennes et arabes lors de la manifestation du 16 mai 1958 sur le forum d’Alger, au lendemain du 13 mai. Il signa avec ses camarades responsables des sections FEN, SNI et SNET (René Godard, Louis Rigaud, Marcel Dubois, Constant Di Luccio, Amédée Briffa) une motion datée du 24 mai, adressée au général Salan, commandant en chef civil et militaire, attirant « respectueusement son attention » sur un éditorial d’Alain de Sérigny dans L’Écho d’Alger prenant « scandaleusement » à partie les enseignants et l’école publique « qui avait joué son rôle en rassemblant tous les enfants d’Algérie sur les mêmes bancs et en accordant à tous les maîtres les mêmes avantages ».

Mais craignant pour sa famille et souhaitant que ses enfants poursuivent leurs études, Nicolas Staropoli avait déjà demandé sa mutation pour la métropole, qu’il obtint à la rentrée 1958, laissant le secrétariat du S3 à André Cléac’h. Il vint s’installer avec sa famille à Palaiseau (Seine-et-Oise), dans la résidence du parc d’Ardennay où se retrouvaient de nombreux fonctionnaires français venus d’Afrique du nord, et fut nommé au lycée Lakanal à Sceaux (Seine, Hauts-de-Seine), où il termina sa carrière en 1968.

Élu à la CA nationale du SNES en mai 1958, sur la liste « A », alors qu’il était encore à Alger, il le resta jusqu’en 1966. Il devint membre du bureau national du SNES en 1960, responsable des affaires concernant les enseignants au Maghreb, dans les « États » associés et en Allemagne. À ce titre, il participa à tous les congrès des Associations professionnelles des professeurs de l’enseignement de second degré en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Il siégea aussi comme suppléant à la CA de la FEN de 1961 à 1967. Il était en outre élu du personnel à la commission paritaire nationale des certifiés à partir de 1965 et occupa un des huit postes de secrétaires permanents en 1966-1967 dans l’exécutif du nouveau SNES.

Grâce à son expérience et sa ténacité, il put aider à résoudre les problèmes de beaucoup de ses collègues détachés d’outre-mer rentrés en métropole (titularisation, nomination, déménagement…) ou restés dans les pays nouvellement indépendants, où le gouvernement français s’était désengagé pour les traitements et la sécurité sociale.

Il fut à nouveau réélu à la CA et au BN du SNES lors des premières élections au collège unique en mai-juin 1967 qui permit à la liste « Unité et Action » de devenir majoritaire. Nicolas Staropoli reprit alors son enseignement au lycée Lakanal. Mais il refusa de faire partie du bureau du S1 de son lycée où U-A était majoritaire. S’il signa en janvier 1968 l’« Appel aux intellectuels » lancé en faveur de la lutte héroïque du peuple vietnamien avec la nouvelle majorité du BN, il resta très en retrait du mouvement de mai-juin 1968. Il refusa de faire partie du bureau du comité syndical qui prit en main la gestion de la grève et de la vie de son établissement. Et il quitta la réunion du BN du 6 juin, avant les votes et la démission collective de ses camarades « autonomes », en expliquant qu’il devait se rendre à une réunion électorale pour les prochaines élections législatives.
Il figura comme retraité sur la liste « Indépendance et Démocratie » aux élections à la CA nationale en mai-juin 1969, sans être réélu. Il figura à nouveau sur la liste « Unité, Indépendance et Démocratie » en 1971.

À la fin des années 1960, Nicolas Staropoli militait toujours au Parti socialiste SFIO et était le secrétaire administratif de la fédération de l’Essonne. Il intervint au conseil national de Bondy, en février 1970, estimant que sortir du pacte Atlantique était utopique et que la référence à l’internationalisme prolétarien était dangereuse car c’était en son nom que l’URSS était intervenue en Tchécoslovaquie. Il accepta la naissance du nouveau PS et devint au milieu de la décennie le secrétaire de la section de Palaiseau. Il fit partie de la liste d’union de la Gauche, à direction communiste, qui emporta la majorité aux élections municipales de 1971 ; il devint adjoint au maire communiste, Robert Vizet, de 1971 à 1977 et accomplit plusieurs mandats.

Il continua de militer chez les retraités en étant membre du bureau fédéral de la Fédération générale des retraités de la fonction publique, de 1978 à 1985, tout en étant responsable des retraités de l’Essonne du SNES et membre du collectif national du Groupement des retraités de l’enseignement secondaire.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article173366, notice STAROPOLI Nicolas, Alexandre par Alain Dalançon, version mise en ligne le 29 mai 2015, dernière modification le 30 octobre 2015.

Par Alain Dalançon

Nicolas Staropoli
Nicolas Staropoli
classe de 6e au collège du Champ de manœuvre en 1956
retraité dans les années 1980 (coll. familiale)

SOURCES : Arch. Nat. F17 29046. — Fondation Jean Jaurès, Fédération de l’Essonne, 12 EF 91. — Arch. IRHSES (dont fonds Algérie, correspondance Staropoli-Dhombres, CR de congrès, l’Université syndicaliste, l’Enseignement public). — Olivier Berger, « Des Français rapatriés d’Afrique du Nord à Palaiseau 1955-1962. Le cas de la résidence du Parc d’Ardenay », Outre-mers, 2007, vol. 94, n°356-357, p. 281-300. — Renseignements fournis par l’intéressé et par ses fils. — Notes de Jacques Girault.

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