BORIE Jean, Gabriel

Par Michel Dreyfus, René Gaudy

Né le 9 septembre 1888 à Bordeaux (Gironde), mort le 10 avril 1972 à Bordeaux (Gironde) ; militant CGT de la régie du gaz de Bordeaux (Gironde).

Fils d’un menuisier et d’une mère sans profession, il s’était marié le 18 décembre 1915 à Bordeaux (Gironde) avec Yvonne Despoul (vérif. EC.).

Gabriel Borie apparut dans le syndicat de l’éclairage de cette ville en septembre 1920 et fut élu à la commission de contrôle au congrès de la Fédération CGT de l’Éclairage en juin 1922. Élu secrétaire général de son syndicat en 1934, il devint membre du comité de la Fédération CGT de l’Éclairage en 1934 et fut réélu en 1936 mais de justesse à la dernière place. Il s’y était prononcé en faveur du principe de l’incompatibilité des mandats politiques et syndicaux auxquels s’opposaient les unitaires ; ensuite il fut un de ceux qui, avec Porte, Petit et Laplace, négocièrent le passage à la semaine de quarante heures à la Régie municipale de Bordeaux en janvier 1937. Cette même année, Gabriel Borie fut réélu au comité fédéral de la Fédération CGT de l’Éclairage mais n’obtint que 420 voix, le maximum étant alors atteint par Jacques Alliez* (504 voix) et le minimum par Ernest Becq* (287 voix). Gabriel Borie appartint à la commission fédérale jusqu’en 1944. Il était alors proche de la revue La Révolution prolétarienne. Il intervint violemment contre l’élection éventuelle d’un communiste au secrétariat de la Fédération réunifiée, au congrès fédéral d’unité fin février 1936. Il prit ensuite position en faveur de Munich comme il devait le préciser lors de la Commission fédérale du 5 novembre 1939, date à laquelle il écrivit un article dans le journal Syndicats. Avec Clément Delsol* et d’autres militants, il fut dans ce même journal un des signataires d’une pétition demandant aux secrétaires fédéraux de la CGT de désavouer le Pacte germano-soviétique.

Le 5 novembre 1939, au comité fédéral, il fut l’un de ceux, avec Clément Delsol*, qui exclurent de la direction de la Fédération les militants qui n’avaient pas condamné le Pacte germano-soviétique : il leur reprochait en effet de privilégier leur appartenance au Parti au détriment de leur organisation syndicale. À partir de cette date, Gabriel Borie devint secrétaire général permanent de la Fédération « légale » dirigée par Clément Delsol*, poste qu’il devait occuper rue Lafayette jusqu’en mars 1944. Cependant le 12 juin 1940, il quitta Paris pour Bordeaux pour représenter la Fédération auprès du gouvernement ; de son côté, Clément Delsol* se réfugia à Toulouse (Haute-Garonne). Aussi durant les quatre mois qui suivirent, la Fédération cessa à peu près complètement son activité, à l’exception de quelques cotisations qu’elle put encaisser à la Régie du Gaz à Bordeaux où militait Gabriel Borie ainsi qu’au Gaz de banlieue, fief de Clément Delsol*.

La vie syndicale reprit à partir de la commission exécutive du 18 octobre 1940 mais elle était particulièrement difficile en raison de la coupure en deux zones que connaissait la France : lors de cette réunion, Gabriel Borie, soulignant le fait qu’aucune liaison n’existait alors avec la zone libre, proposa qu’un lien soit établi avec un militant de Saint-Étienne, Jean-Baptiste Robert*. Le 22 décembre 1940, une réunion put se faire dans cette ville entre Gabriel Borie, Clément Delsol*, Jean-Baptiste Robert* et des représentants des syndicats de la zone libre, mais le contact ainsi repris le fut dans des conditions fort précaires : les effectifs de la Fédération avaient fondu de quelque 50 000 à moins de 20 000 adhérents « sans qu’on puisse les chiffrer avec exactitude », selon B. Weiss (La Fédération légale de l’Éclairage CGT).
Dès lors Gabriel Borie participa activement à la direction de la Fédération « légale » de l’Éclairage. En tant que président de la Fédération, et en vertu de l’ordonnance n° 7 du 16 décembre 1940 s’appliquant aux territoires de la France occupée, il affirma son plein accord avec un texte rédigé par les autorités militaires d’occupation interdisant, sous la responsabilité de son président et de « ses présidents de filiale », toute activité politique à la Fédération, les noms et adresses de ces présidents devant être communiqués aux autorités occupantes. Ce texte, qui bouleversait totalement la nature de la pratique syndicale, semble avoir été signé de plein gré par Gabriel Borie. Y eut-il réel engouement de sa part ou cherchait-il ainsi à gagner du temps pour son organisation ? Sous la conduite de Clément Delsol* et Gabriel Borie, la Fédération essaya de jouer le jeu de la Charte du travail mais commença à déchanter assez vite. Dès novembre 1941 Gabriel Borie dénonça les patrons qui se livraient à des licenciements et qui exerçaient des « sanctions méchantes et outrancières » envers les syndicalistes. Il accepta pourtant, en mars 1942, de faire partie de la Commission provisoire d’organisation de la famille professionnelle « Eaux-Gaz-Électricité », prévue par l’article 77 de la Charte du travail. Dans le numéro du 9 mai 1942 de L’Atelier, avec Clément Delsol*, il signa, au nom de la Fédération, un « appel » des fédérations et des unions dans lequel ils affirmaient leur total attachement à la Révolution nationale et à la Charte du travail « qui malgré certaines critiques justifiées est susceptible de rattacher les employeurs et les salariés ». De la collaboration méfiante avec le régime, Gabriel Borie et Clément Delsol* passèrent alors « au soutien enthousiaste » avec ce dernier, peut-être en raison de l’arrivée au pouvoir de Pierre Laval*.
Cependant, ce soutien fut bref et la Fédération connut un second retournement à partir de mai 1943, date à partir de laquelle les critiques s’amplifièrent contre la Charte jusqu’à la conférence nationale de la Fédération en décembre 1943 où, devant 233 délégués, et à la suite d’exposés de Gabriel Borie et de Clément Delsol*, décision fut prise de se retirer de tous les organismes de la Charte du travail. Il semble bien que cette décision avait été prise lors de la Commission exécutive du 8 novembre 1943, décision unique alors dans le monde syndical. En juillet 1944, Gabriel Borie et Clément Delsol* furent pris à partie par Fernand Gambier* comme usurpateurs de la Fédération, minoritaires et « méprisables ». Il semble que Gabriel Borie ait quitté ses fonctions en mars « pour raisons de santé ». Cependant, Clément Delsol* fut réintégré dans ses fonctions après la Libération et poursuivit son activité syndicale, ce qui ne fut pas le cas de Gabriel Borie : selon Jean-Baptiste Tomas*, ayant bénéficié d’un héritage, il aurait démissionné de ses responsabilités, serait retourné ensuite à Bordeaux où il aurait disparu de la vie de l’organisation dont il avait été un des principaux dirigeants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17305, notice BORIE Jean, Gabriel par Michel Dreyfus, René Gaudy, version mise en ligne le 24 septembre 2013, dernière modification le 24 septembre 2013.

Par Michel Dreyfus, René Gaudy

SOURCES : APPo, 77W/139.112361 (Gilles Morin). — Arch. FNE-CGT. — René Gaudy, Les porteurs d’énergie, Paris, Temps Actuels, 1982. — B. Weiss, La Fédération légale de l’Éclairage CGT (1936-1944), mémoire de maîtrise, Université Paris VII, 1995. — Journal officiel, 29 mars 1942. — P. Brana, « 1936 à la Régie d’éclairage de Bordeaux », Bulletin de l’Institut aquitain d’études sociales, n° 60, mars 1993. — État civil.

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