Née le 2 mai 1926 à Ris-Orangis (Seine-et-Oise, Essonne), morte le 2 mai 2016 à Paris (XVe arr.) ; institutrice puis professeure de collège dans la Seine (Paris et actuelle Seine-Saint-Denis) ; syndicaliste École émancipée, un temps militante trotskiste.

Née à Ris-Orangis, fille de Pierre Salomon et de Juliette Duprat, employés de commerce, Denise Salomon passa toute son enfance à Paris Xe arr. Son père, formé à l’école publique du XXe arr., employé de commerce, pratiquait la religion protestante. Après avoir fait de la prison militaire à Oléron, il fit toute la Première Guerre mondiale sur le front. Il avait gardé de la guerre une hostilité aux généraux et même à Pétain, haine qui le préserva de toute tentation vichyste pendant l’Occupation. Il était antinazi mais pas "antiboches". Il se tenait à l’écart des associations d’anciens combattants et votait socialiste dans les années trente et après la Libération. Il restait très marqué par la mentalité protestante. Denise connut mieux la famille de sa mère, originaire de Mézin (Lot-et-Garonne), d’un milieu d’ouvriers du bouchon de liège (famille Duprat-Bouygard). Sa grand-mère, peu portée sur la religion, placée comme cuisinière à Paris, cessa de travailler pour s’occuper de son frère aîné, André, et d’elle. Sa mère, titulaire du certificat d’études, employée de commerce, lisait beaucoup ; son père l’emmenait dans les musées.
Denise Salomon fréquenta les écoles publiques de Paris du Xe arr., puis reçue au concours des bourses, elle fut admise au collège Edgar Quinet où elle passa la première partie du brevet supérieur puis le bac. Reçue à l’écrit du concours de l’École normale, elle ne fut cependant pas convoquée pour l’oral. Il est vrai que l’institution était désorganisée pendant l’Occupation. Elle ne retint pas l’interprétation avancée par un de ses professeurs d’une sanction due à son nom. Celui-ci valut à plusieurs reprises à sa famille de passer pour juive. "Quand on s’appelle Salomon on a intérêt à la boucler " avait dit un patron de son frère André. Son père avait dû présenter des attestations d’appartenance à la religion réformée.
Denise Salomon entra dans l’enseignement public comme suppléante à l’école de la Muette à Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis) et à Paris dans le quartier du Sentier. Elle fut titularisée et nommée à Montreuil. Passionnée par la pédagogie et les méthodes actives, elle obtint son détachement pendant cinq ans aux CEMEA. De retour à Montreuil, elle enseigna dans les classes de fin d’études puis au cours complémentaire comme professeur de français-histoire-géographie. Elle travailla également dans des classes de sourds-muets à Paris.
Sur le plan politique et syndical, elle avait été approchée par les militants communistes lors de son premier poste à Drancy. Syndiquée et sympathisante communiste, son franc-parler provoqua sa mise à l’écart avant même qu’elle n’ait pris sa carte. Par exemple, lors de la visite d’une exposition des tableaux d’André Fougeron, elle déclara à propos d’une scène de mineurs que c’était "laid" et que Goya pouvait aborder des scènes politiques et sociales en faisant vraiment de l’art. Elle se fit qualifier de "trotskyste" et eut envie de savoir ce qui se cachait sous ce qualificatif disqualifiant.
Elle avait la double affiliation syndicale CGT et FEN. La brusque injonction du Parti communiste, en janvier 1954, de quitter la CGT provoqua son éloignement du courant "cégétiste" (futur Unité action) après une réunion houleuse à la Bourse du travail de Paris. Elle pense que sa culture protestante faite de dialogue l’éloignait de l’unanimisme communiste. Elle se rapprocha progressivement de l’École émancipée par les milieux de la pédagogie Freinet. Amie avec Émile Copfermann et François Maspero, elle fit par eux la connaissance du philosophe Boris Fraenkel et devint sa compagne. En 1958, Fraenkel décida d’adhérer au courant lambertiste (Organisation communiste internationaliste) et elle franchit le pas mais n’y fut pas à l’aise. Elle avait des amis à la Voie communiste et pensait qu’il fallait tenir compte du poids du FLN . Lambert lui dit « on assume le passé de l’organisation ». Elle sympathisait avec Julien Desachy. « Je me suis sentis plus à l’aise à l’EE qu’à l’OCI » dit-elle. Elle eut des responsabilités dans la trésorerie de la région parisienne de l’OCI.
Oratrice convaincante, souriante, habile, sa parole était très écoutée dans les réunions et Semaines de l’EE. Lorsque le conflit éclata entre Boris Fraenkel et les "lambertistes", l’OCI voulut la garder et la faire monter au bureau national à condition qu’elle intervienne contre Boris Fraenkel. Elle démissionna et se consacra à l’École émancipée qui elle-même rompit avec le courant lambertiste. Domiciliée à Montreuil, elle milita au Comité Vietnam national à Montreuil avec René Lemarquis, dans des conditions difficiles (refus de salle municipale, violence sur les marchés), comité qui donna naissance à un Comité d’action en mai 1968.
Les quelques passages de Denise Salomon à la Sorbonne occupée provoquèrent la colère de l’OCI représentée par Claude Chisseray. Avec ses amis, il tenta de créer un incident contre elle pour l’éloigner de ce lieu. En juin 1968, Boris Fraenkel fut arrêté et expulsé vers l’Allemagne qui le refusa. Comme apatride, il fut placé en résidence surveillée à Vitrac ( Dordogne). Sur la suggestion de ses avocats, Denise et Boris se marièrent le 25 décembre 1968 à Vitrac avec comme témoins Copfermann et Maspero.
Lorsque Boris Fraenkel demanda la naturalisation française, elle dut prouver qu’elle était française par filiation et qu’elle n’avait pas renoncé à sa citoyenneté française lors de son mariage.
Dans l’après 1968, Denise Salomon se consacra essentiellement à l’École émancipée, faisant équipe avec Lily Bleibtreu et Joseph Volovitch dit Jo Volo.
Elle ne doit pas être confondue avec la militante communiste homonyme, Denise Salomon, institutrice à Boulogne-Billancourt.

SOURCES : Entretien, 17 mai 2015. — L’École émancipée. — État civil.

Claude Pennetier

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