BÉRARD Raoul

Par Jacques Blin

Militant syndical CGT et socialiste de l’Hérault. Gazier-électricien

Raoul Bérard refusa toute compromission avec la collaboration et fut pourchassé par la police de Vichy pour ses activités syndicales puis résistantes. La mémoire familiale a transmis un souvenir rayonnant : « un lecteur, un homme qui avait refusé toute compromission, et qui s’est révélé très fougueux dans le combat ».

Dès 1941, Raoul Bérard quitta Montpellier. Éliane Gasset, retraitée d’EDF et d’André Lasalle qui travaillait à la compagnie d’Electricité de Montpellier se souvient « d’un soir, après le repas et il faisait froid, un homme qui portait de grosses lunettes fumées, est venu rencontrer mon père. Ils se sont isolés un long moment, ils parlaient à voix basse et, avant que cet homme ne parte, ils se sont embrassés. Ce monsieur, c’était Raoul Bérard, qui venait dire au revoir avant de rejoindre la clandestinité dans la Résistance ».

Il revint deux fois à Montpellier, prenant toutefois la précaution de ne pas y rencontrer sa fille adolescente qu’il adorait. Sous le nom de « Bénézet », il constitua un réseau de résistance dont le code fut « Rosedrine », « en écho aux prénoms de sa fille ».

En liaison radio avec Londres où il se rendit à deux reprises, rejoignant ensuite la France par parachutage, il mena des opérations de harcèlement et de sabotage, parcourant le sud de la France, de l’Hérault à l’Ardèche.

Début 1944, son groupe de maquisards - trahi - tomba dans une embuscade nazie près de Lodève. Seuls trois d’entre eux en réchappèrent. Blessé, Raoul Bérard fut conduit à Montpellier à la prison du boulevard Louis Blanc, le couvent des Ursulines où se tenait le commandement SS. Là, il fut torturé par la Gestapo pendant plusieurs jours.

Quelques jours plus tard, un camion bâché l’emporta à la gare de Montpellier et il fut envoyé à Lyon où il subit de nouvelles tortures au cours desquelles il resta encore muet. Aucun des résistants rescapés de son réseau ne sera inquiété.
II fut ensuite déporté dans un convoi pour la Pologne.

Grâce aux carnets de l’abbé Paul Parguel arrêté à Montpellier le 8 mars 1944, nous savons aujourd’hui, que le 2 juin 1944 Raoul Bérard était à Neuengamme où il fera partie du kommando de Shandelah.

À partir de là, sa trace s’enlise dans l’enfer concentrationnaire où il disparut dans le courant de 1944. Personne ne peut dire ce que furent ses dernières heures.
Ses descendants ont hérité de quelques souvenirs précieux, transmis par le canal des forces américaines en Allemagne et « un compagnon de misère resté inconnu ». En 1953, le ministère des Anciens Combattants, au titre des successions militaires, fait parvenir à Roseline-Alexandrine Bérard un petit coffre scellé de cachets rouges. À l’intérieur, la montre du résistant déporté et son minuscule appareil photo, utilisé seulement par les agents de renseignement, dont ses petits-enfants ont hérité. Il y a avait aussi un message de Raoul Bérard composé de quelques mots écrits avec son sang.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article172994, notice BÉRARD Raoul par Jacques Blin, version mise en ligne le 17 mai 2015, dernière modification le 22 novembre 2018.

Par Jacques Blin

SOURCES : Éliane Gasset, fille d’André Lassale camarade de travail et ami. — Entretien avec Alain Maussières IHS CGT 34 Marcel Caille, cérémonie d’hommage années 1990. — Françoise Nicoladzé, Passant, Souviens-toi, Presses du Languedoc, 1999.

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