ROLLIN Alphonse [ROLLIN Joseph-Étienne, Alphonse]

Par Emmanuel Bellanger

Né le 13 avril 1883 à Traves (Haute-Saône), mort le 13 janvier 1965 à Traves ; instituteur, puis directeur d’école à La Courneuve (Seine) ; membre fondateur de l’association générale des instituteurs de France et des colonies anciens combattants et de la Fédération des anciens combattants de l’enseignement public ; militant mutualiste ; responsable de mouvements d’anciens combattants ; militant du Parti socialiste unitaire, maire de La Courneuve de 1953 à 1959.

Alphonse Rollin naquit à Traves (arrondissement de Vesoul, département de la Haute-Saône), fils de petits cultivateurs, il devint boursier à l’école primaire supérieure de Champlitte de 1896 à 1898, puis élève-maître à l’école normale d’instituteurs de Vesoul de 1898 à 1901. Il obtint son certificat d’aptitude professionnelle en 1903. De 1901 à 1913, Alphonse Rollin exerça son métier d’instituteur à Scey-sur-Saône puis à l’école d’application de Vesoul. Comme plus de vingt mille de ses collègues, Alphonse Rollin fut également de 1904 à 1907 secrétaire de mairie-instituteur (SM-I) à Vy-lès-Rupt (Haute-Saône). Délaissant cette charge administrative, Alphonse Rollin assista de 1911 à 1913 aux cours de psychologie et de pédagogie de la Faculté de Besançon.

En 1913, Alphonse Rollin quitta la Haute-Saône pour la banlieue parisienne et s’installa à Saint-Maur-des-Fossés (Seine, Val-de-Marne). Il y exerça son métier d’instituteur adjoint pendant une année, tout en poursuivant sa formation universitaire en tant qu’auditeur des cours de sociologie de la Faculté de Paris. En août 1914, son itinéraire professionnel fut interrompu. Mobilisé, Alphonse Rollin servit dans l’infanterie comme sergent, puis comme sous-lieutenant et lieutenant. Cité à plusieurs reprises, il fut décoré de l’insigne de la croix de guerre en 1916 et de l’ordre de chevalier de la Légion d’honneur en 1917. Revenu du front grièvement blessé, la commission de réforme de Laval le déclara en mars 1919 invalide à soixante pour cent.

Au lendemain de la fin des hostilités, Alphonse Rollin reprit ses activités d’enseignant à Fontenay-sous-Bois (Seine, Val-de-Marne). Mais l’épreuve de la guerre marqua un tournant. Alphonse Rollin s’engagea dès lors activement dans la création de différents mouvements d’anciens combattants de l’enseignement public. Il figurait ainsi parmi les fondateurs de l’Association générale des instituteurs de France et des Colonies-anciens combattants, dont le siège est situé rue de Reuilly à Paris. Alphonse Rollin participa également à la création de la Fédération des anciens combattants de l’enseignement public, située rue d’Ulm à l’École normale supérieure et en assuma à plusieurs reprises la présidence. En 1924, il contribua encore à la fondation des œuvres sociales des anciens combattants de l’Université et à leur première réalisation, les pupilles de la nation en vacances, institution mutualiste qui collaborait avec l’office national des anciens combattants et victimes de guerre. C’est au titre de ces actions, qu’il fut décoré des médailles de bronze et d’argent de la mutualité et de la prévoyance sociale.

Alphonse Rollin s’investit également dans les différentes localités de la banlieue parisienne. De 1924 à 1926, il fut membre du comité cantonal de Vincennes de l’office des pupilles de la nation et représentait les anciens combattants de Fontenay-sous-Bois à l’office public d’hygiène sociale de Vincennes. À Fontenay-sous-Bois, il administra puis présida l’association des mutilés de la guerre et anima les cours municipaux pour adultes.

En 1926, Alphonse Rollin obtint une promotion comme directeur d’école de garçons à La Courneuve (Seine, Seine-Saint-Denis). Dans cette dernière commune en pleine expansion démographique, la croissance des effectifs scolaires fut à l’origine de l’ouverture d’un nouveau groupe scolaire, baptisé en 1932 du nom du président de la République assassiné, Paul Doumer. Durant quatorze ans, il en fut le directeur jusqu’à sa retraite en octobre 1940. Durant ces années, Alphonse Rollin figurait parmi les personnalités locales bien implantées et actives. Dès son installation, il s’engagea dans la vie municipale. Comme à Fontenay-sous-Bois, il participa aux cours municipaux pour adultes. Mais surtout, en 1930, il créa le patronage laïque et assuma la direction des séances récréatives et des cours du soir de cette association d’éducation populaire.

Ces années courneuviennes coïncidèrent avec la radicalisation de ses orientations politiques. Tout en poursuivant ses engagements au service des anciens combattants - il y fonda l’association locale des anciens combattants, affiliée à l’Union fédérale, distincte de l’ARAC et de l’UNC - Alphonse Rollin adhéra à la SFIO et s’opposa à la municipalité « conservatrice » de M. Dupoisot maire de La Courneuve depuis 1912. Le 12 février 1934, en riposte à l’émeute antiparlementaire du 6 février 1934, il prit part à la grève générale et à la fusion à Paris des défilés socialistes et communistes. Localement Alphonse Rollin contribua activement au rapprochement des communistes et socialistes SFIO, et en 1936 présida le comité d’entente socialiste-communiste.

Durant la seconde guerre mondiale, Alphonse Rollin retourna en Haute-Saône.

Dans les années de l’immédiat après guerre, de retour à La Courneuve, Alphonse Rollin participa à la réorganisation du patronage laïque. Ses convictions politiques furent toujours les mêmes. Resté fidèle à la SFIO, il défendit le principe d’unité entre la SFIO et le PCF, renforcé durant ses années de résistance à l’occupant et au gouvernement de Vichy. Admiratif de la contribution de l’armée soviétique à la défaite nazie, Alphonse Rollin fut membre de l’association France-URSS.

En mai 1947, après la révocation des ministres communistes, Alphonse Rollin se rangea parmi les militants SFIO désavouant les orientations prises par leur parti. Il adhéra alors au parti socialiste unitaire (PSU) fondé en octobre 1948 principalement par d’anciens socialistes de la tendance la Bataille socialiste exclus en janvier 1948. Ce groupement politique plaidait pour l’unité d’action avec le PCF, pour la mise en oeuvre d’une politique sociale et économique plus audacieuse et contre les alliances de « troisième force ». Aussi, en 1953, ce fut tout naturellement qu’Alphonse Rollin s’associa aux communistes de La Courneuve pour reconquérir cette municipalité.

Les élections municipales du 26 avril 1953 constituaient en effet un enjeu essentiel pour le Parti communiste. La Courneuve, ville ouvrière, fut conquise sur le tard en avril 1945 et dirigée par le maire communiste Maurice Léonard, ancien conseiller général déchu de son mandat en janvier 1940. Mais dès le scrutin municipal suivant, en octobre 1947, cette commune échappa au PCF. Renée Lehut, conseillère municipale sortante pourtant élue sur la liste communiste, créa en effet la surprise en se maintenant face au candidat communiste et en rassemblant sur son nom, au troisième tour, toutes les voix des listes adverses, SFIO, MRP et RPF. Elue maire de La Courneuve, Renée Lehut, qualifiée par la presse communiste « d’usurpatrice » et de « traîtresse », parvint cependant durant son mandat à conserver une majorité au conseil municipal et à éviter ainsi des élections anticipées.

En 1953, à la veille d’un scrutin difficile, Alphonse Rollin, secrétaire local du PSU (Parti socialiste unitaire), fit donc figure de candidat d’ouverture. Il fut placé en troisième position derrière Henri Robin sans étiquette et Gilbert Chardon, tête de liste communiste. Le 7 février 1953, quelques semaines avant l’élection, Alphonse Rollin prononça un discours intitulé « Pour la défense des libertés constitutionnelles, pour une politique d’indépendance nationale et de Paix ». Il rappelait à cette occasion ses états de service légitimant sa candidature : sa participation à la manifestation du 12 février 1934, son soutien au Front populaire dont « la victoire fut de courte durée » et sa résistance « après l’horrible débâcle de 1940 [à] la funeste occupation hitlérienne ». Alphonse Rollin mit également en avant les différents thèmes de son mouvement politique : refus du Pacte atlantique et « du réarmement intense [risquant d’entraîner] une troisième guerre mondiale ». Sa conclusion résumait bien les convergences avec le parti communiste : « …Sous la pression constante de la bourgeoisie capitaliste, et depuis l’évincement des ministres communistes, les gouvernements français successifs ont porté de plus en plus atteinte à la liberté d’opinion, cherché à réduire au silence les militants de la paix, accru sans cesse les crédits militaires et les impôts, consacré annuellement plus de cinq cents milliards à la guerre d’Indo-Chine, mis en application une inique loi électorale, miné l’édifice laïque […] bloqué les salaires […] freiné la construction des logements… ».

Le 26 avril 1953, à l’issue de ce scrutin proportionnel, la représentation municipale composée de 27 élus se trouva de nouveau morcelée. Le 7 mai 1953, lors de l’élection du maire, la liste « d’ouverture » du PCF n’obtint que treize élus (moyenne de 3 432 suffrages, soit 46,1 % des exprimés). Ses adversaires étaient donc théoriquement majoritaires ; le MRP détenait deux sièges (8,9 %), la SFIO trois (11,3 %), le RPF-CNI quatre (16,6 %)et enfin la liste dite « d’Union pour la défense des intérêts communaux » du maire sortant Renée Lehut, cinq (16,9 %). Pour éviter un nouvel échec, la candidature d’Alphonse Rollin, doyen de l’assemblée communale, fut présentée au troisième tour. Par treize voix, il fut élu à la majorité relative maire de La Courneuve.

Alphonse Rollin occupa ses fonctions durant un mandat. Aux élections municipales des 8 et 15 mars 1959, âgé de 77 ans, il ne se représenta pas, mais soutint la liste conduite par le communiste Jean Houdremont, son ancien élève de l’école Paul Doumer. Son fils Jean Rollin, né le 31 mas 1922 à Fontenay-sous-Bois, membre du parti communiste, lui succéda comme conseiller municipal. Il siégea à l’assemblée communale jusqu’en 1977.

Commandeur des palmes académiques en 1961, Alphonse Rollin décéda le 13 janvier 1965 dans son village natal. À titre posthume, en 1983, à l’occasion de la « célébration du 30e anniversaire de la municipalité d’union démocratique (1953-1983) », James Marson, sénateur-maire de La Courneuve, consacrait Alphonse Rollin dans son rôle de « maire de la reconquête ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article172799, notice ROLLIN Alphonse [ROLLIN Joseph-Étienne, Alphonse] par Emmanuel Bellanger, version mise en ligne le 4 mai 2015, dernière modification le 4 septembre 2015.

Par Emmanuel Bellanger

SOURCES : Archives municipales de La Courneuve. — Entretien avec son fils Jean Rollin. Archives privées de son fils Jean Rollin composées des renseignements produits à l’appui d’une candidature à la décoration d’officier de la Légion d’honneur, d’une attestation de l’association des anciens combattants de l’enseignement supérieur public et de l’enseignement public du second degré, d’un discours qu’Alphonse Rollin prononça le 7 février 1953 pendant la campagne électorale des municipales, d’un article de Jean Houdremont paru au Journal du canton d’Aubervilliers du 15 janvier 1965 et d’une brochure municipale pour la célébration du 30e anniversaire de la municipalité (1953-1983). — Émile Breton, Rencontres à La Courneuve, Paris, Messidor/Temps Actuels, 1983.

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