ZAKSAS Gilbert

Par Gilles Morin

Né le 4 mai 1910 à Kaunas (Lituanie), mort le 18 décembre 1978 à Paris (Seine) ; avocat ; résistant ; député socialiste de la Haute-Garonne (1944-1945).

Gilbert Zaksas en France dans son enfance, fut naturalisé français durant sa minorité en même temps que son père. Il suivit des études à Toulouse, où, docteur en droit, il exerça comme avocat.
Très influencé par la philosophie marxiste, il rejoignit les Jeunesses communistes avant la guerre. Dès le début de l’Occupation, il rompit avec le parti communiste pour entrer en Résistance, participant à la fondation du mouvement de Résistance socialiste dissident, à tendance socialiste-révolutionnaire, Libérer et fédérer. Ce mouvement se forma autour de l’antifasciste italien Silvio Trentin* installé comme libraire dans la ville rose, et avec pour base les JS toulousaines avec leur ancien secrétaire fédéral Achille Auban*, opposées aux thèses munichoises de Paul Faure*.
Zaksas appartint au conseil national de ce mouvement et était codirecteur de son journal clandestin Libérer-Fédérer. Le 14 juillet 1942, il lança un journal du même nom. Ce petit mouvement, quelque peu marginal, voulait rompre définitivement avec l’ancien parti, et concilier révolution, socialisme et fédéralisme. En juillet 1942, Zaksas entra en contact avec un agent du Special operations executive (SOE) britannique et associa Libérer-Fédérer au réseau de sabotage ferroviaire Alphonse Pimento. Grâce à ce réseau, le mouvement obtint du matériel et des subsides.
Privé de perspectives, les militants de Libérer-Fédérer durent réintégrer la SFIO en septembre 1944. Gilbert Zaksas rejoignit les socialistes et apparu alors comme l’un des symboles de l’ouverture du parti SFIO reconstitué aux mouvements de Résistance. Dans le parti, il défendit des positions qui le situait à la gauche de celui-ci. Localement, avec le maire de Toulouse, Raymond Badiou*, il s’efforça d’accentuer l’épuration interne et de renouveler les cadres. Mais ils échouèrent dans leur tentative d’écarter Vincent Auriol*, dernier député d’avant guerre à se représenter aux élections.
Zaksas intervint au congrès national extraordinaire qui reconstitua la SFIO en novembre 1944 et siégea à sa commission des résolutions. Délégué au congrès national de 1945, il intervint sur la réforme des statuts du parti pour demander que la structure de base soit les groupes socialistes d’entreprises et de quartiers et non les sections.
Zaksas, considéré comme « renégat » subit de violentes attaques du parti communiste en 1945. Celui-ci le présentait comme « anti-unitaire » (lettre du 24 avril 1945). Ses origines lithuanienne étaient aussi mises en cause, il fut même qualifié de « métèque à la solde de l’Angleterre » dans des tracts.
Co-directeur du Journal Liberté.
Élu à deux reprises député, à l’Assemblée consultative provisoire puis à l’Assemblée nationale constituante (octobre 1945-juin 1946), Zaksas a été un parlementaire très actif et discipliné. Il a été désigné secrétaire administratif du groupe socialiste en octobre 1945 à la première constituante. Membre de la commission de la Constitution et de la commission de la santé publique, il a été le rédacteur principal de la Déclaration des Droits de l’Homme inscrite dans la Constitution de la IVe République et joua un rôle important dans les débats pour la rédaction du projet de constitution. Il se différenciait notamment sur les questions coloniales où il défendait des thèses fédéralistes. Il fut aussi un actif partisan de la construction européenne.
Nommé trésorier payeur général du Cameroun en juin 1946, Zaksas cédait ainsi la place à Raymond Badiou et à Vincent Auriol, en tête de liste aux législatives dans le département pour la deuxième Assemblée nationale constituante. Il continua à militer quelque temps à la SFIO. Au congrès national de la SFIO de juillet 1947, le délégué du Cameroun saluait son travail, la création de coopératives et d’écoles populaires.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article172723, notice ZAKSAS Gilbert par Gilles Morin, version mise en ligne le 2 mai 2015, dernière modification le 1er mars 2018.

Par Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/132/A. — Archives de l’OURS, dossiers Hérault. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1948. — Jean-Pierre Pignot, « Libérer-Fédérer », dans Pierre Guidoni et Robert Verdier (dir.), op. cit., pp.143-152. — Noëlline Castagnez, Socialistes en République, les parlementaires SFIO de la IVe République, Paris, PUF, 2004. — Le Populaire, 24 août 1945. — Dictionnaire des parlementaires français en ligne.

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