BOOSZ Alphonse, Louis

Par Françoise Olivier-Utard, Léon Strauss

Né le 24 août 1914 à Kirrwiller (Basse-Alsace, Alsace-Lorraine), mort le 2 juin 1997 à Strasbourg (Bas-Rhin) employé communal ; communiste ; secrétaire fédéral PCF du Bas-Rhin de 1945 à 1970 ; membre de la commission de contrôle financier de 1956 à 1959 ; membre suppléant du comité central du PCF de 1959 à 1964 ; secrétaire de l’Union syndicale CGT des services publics du Bas-Rhin.

Alphonse Boosz était le fils de Joseph Boosz, cordonnier à Strasbourg, originaire de Kirrwiller (Bas-Rhin), et de Joséphine Rihn, de Kienheim (Bas-Rhin). Sa mère parlait français, pour avoir été « bonne » à Paris, comme beaucoup de jeunes campagnardes alsaciennes à cette époque. La famille habita d’abord le quartier de la Musau dans le faubourg de Neudorf, puis la Grand-rue, peuplée d’artisans. Le jeune homme prépara le brevet élémentaire à l’école primaire supérieure de l’Ill (aujourd’hui lycée Louis Pasteur). À seize ans, en 1930, il devint employé de la ville de Strasbourg. Il travailla dans l’administration communale jusqu’en 1945, puis à nouveau, après avoir été permanent du PCF, de 1965 à sa retraite, en 1975. Sa jeunesse fut consacrée aux activités sportives. Il pratiquait le basket au club de l’Association sportive strasbourgeoise (ASS). Il fit son service militaire sur la ligne Maginot et devint sous-officier. Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier dans les Vosges, et libéré en juillet 1940 en tant qu’Alsacien-Lorrain. Le discours que le nazi Ernst tint devant les prisonniers libérés détermina sa prise de conscience politique : il refusait de devenir allemand. Il aurait participé à un groupe « gaulliste » de résistance dès 1940.

Pendant la guerre, il fut en contact avec le parti communiste clandestin par l’intermédiaire de Guillaume (Willy) Kuhn*, qui travaillait comme lui au service des tickets de ravitaillement. Booz, qui s’était marié en février 1942 avec Lydia Jort, employée, aurait adhéré au parti illégal en avril 1942, donc avant les grandes rafles de militants (mai 1942) et l’arrestation de Georges Wodli* (octobre 1942). Une blessure sportive au genou, volontairement mal soignée, lui permit d’échapper à l’enrôlement de force dans la Wehrmacht. Replié à Reichsfeld Bas-Rhin) avec son épouse et sa fille, il échappa aux bombardements américains de Strasbourg.

Le jour de la libération de Strasbourg, le 23 novembre 1944, il occupa la préfecture au nom des FFI. Le lendemain, il se mit à la disposition de la région du Bas-Rhin du Parti communiste, qui le coopta en janvier 1945 comme secrétaire à l’organisation. Dès la première réunion du comité régional provisoire fin janvier 1945, ce néophyte fut chargé du rapport sur le travail politique. Il entra au conseil municipal de Strasbourg en octobre 1947 sur la liste conduite par Léonard Keim*. Il sympathisa avec Maurice Thorez, qui aimait l’Alsace et s’était déplacé à l’école fédérale de Saverne en 1947. Boosz suivit une école du parti de quatre mois à partir d’avril 1948 à Viroflay. En mars 1950, il fut élu secrétaire politique de la fédération du Bas-Rhin, en remplacement de Marcel Rosenblatt*, et conserva cette fonction jusqu’en 1970. Le nom de ce « militant extrêmement actif et entièrement dévoué à la cause » (selon le préfet) fut avancé, dès avril 1951, pour remplacer Rosenblatt comme tête de liste aux prochaines élections législatives. Pourtant, le communisme bas-rhinois n’avait pas le vent en poupe : de 5 553 cartes délivrées en 1947, on était passé à 3 000 en 1951 et 2096 en 1956. Le déclin avait été accéléré par les répercussions du procès d’Oradour, à la suite duquel Booz avait été contraint par Paris d’aller à contre-courant de l’opinion publique régionale en proposant au conseil municipal de Strasbourg une motion hostile à l’amnistie des condamnés alsaciens et de procéder à l’exclusion de leaders populaires, comme Léonard Keim et Albert Erb*. Le 12 mars 1954, Kriegel-Valrimont*, qui « suivait » la Fédération au nom du comité central prit position publiquement contre les membres du comité fédéral qui critiquaient la « mollesse » de Booz. En février 1955, ce fut au tour de Marcel Dufriche* de mener sur place une enquête à la suite d’une dénonciation de Siess qui avait signalé que le secrétaire fédéral ne faisait pas son travail, qu’il couvrait des irrégularités comptables et qu’il était entouré de mouchards. Le 8 novembre 1956, une manifestation de protestation contre l’intervention soviétique en Hongrie saccagea le bureau du secrétariat fédéral, dont les archives furent brûlées en pleine rue.

À la suite de l’exclusion de Keim, ce fut lui qui conduisit les listes communistes aux élections municipales d’avril 1953 et mars 1959. Il dirigea la fraction communiste du conseil. En 1965 il figura sur la liste d’union des forces démocratiques conduite par le socialiste Robert Weil*, mais le nouveau système électoral ne permettait plus à la Gauche de siéger au Conseil.

Il fut membre de la commission nationale de contrôle financier de 1956 à 1959. Il fit partie de la délégation française à la conférence mondiale des partis communistes, à Moscou, en novembre 1957, au cours de laquelle il fut présenté à Mao Tse Toung. Membre suppléant du comité central de 1959 à 1964, il ne fut pas renouvelé dans cette fonction.

Après avoir pris des positions assez « jacobines » après la Libération, il défendit à partir de 1949 une ligne soucieuse de conserver les spécificités alsaciennes, notamment sur le plan linguistique. Il militait pour une certaine décentralisation et tenait à une région Alsace distincte de la Lorraine. Très ancré dans les milieux populaires, dans son quartier de la Musau, il avait une grande connaissance du terrain politique local.

En 1970, il céda la direction de la Fédération à Gilbert Hugel. Il quitta volontairement le bureau fédéral du Bas-Rhin le 26 avril 1979 alors qu’il venait d’y être réélu en son absence, en expliquant qu’il n’avait pas de divergence politique avec le XXIIIe congrès mais qu’au niveau de la fédération du Bas-Rhin il regrettait le manque d’initiative du bureau, sa tendance au ronronnement et à l’autosatisfaction, et surtout la place prépondérante que prenaient désormais les intellectuels de l’intérieur au détriment des ouvriers alsaciens toujours handicapés par leurs difficultés linguistiques. « Les Alsaciens se retirent devant la nouvelle occupation et se conduisent en colonisés dans l’attente d’une libération. Ce n’est pas brillant ni courageux en ce qui les concerne, mais la situation de notre Fédération en est le résultat. » Il resta toutefois membre du comité fédéral et dirigea l’amicale des vétérans du parti.

Il fut membre de la commission exécutive du Syndicat CGT du personnel de la Ville et de la Communauté urbaine de Strasbourg ; il dirigea durant plus de vingt ans l’Union syndicale des services publics du Bas-Rhin. Il joua ensuite un rôle important à l’Union Syndicale des Retraités CGT du Bas-Rhin, en tant que secrétaire général de la section CGT des retraités des services publics. Il était également jusqu’à son décès, membre de la commission exécutive de l’Union départementale CGT du Bas-Rhin et vice-président du centre régional de l’Institut CGT d’Histoire sociale. Il eut aussi une activité importante au Mouvement de la paix, dont il fut secrétaire départemental et membre du bureau national.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17260, notice BOOSZ Alphonse, Louis par Françoise Olivier-Utard, Léon Strauss, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 14 mars 2010.

Par Françoise Olivier-Utard, Léon Strauss

ŒUVRE : Ses souvenirs du jour de la Libération de Strasbourg, Humanité d’Alsace et de Lorraine, 23 novembre 1946.

SOURCES : Arch. Dép. Bas-Rhin, 544 D 1, 8, 9, 10, 11, 12, 13. — Archives du PCF. — Entretien radiophonique Alfred Kern et Alphonse Boosz, cassette vidéo, sans date. — Humanité d’Alsace et de Lorraine, puis Huma 7 jours, depuis 1945. — entretien de Léon Strauss avec Alphonse Boosz le 6 juillet 1983. — Entretien de Françoise Olivier-Utard avec Lydia et Lily Boosz le 26 janvier 1999. — B. Deck, etc., Les élections municipales à Strasbourg de 1945 à 1971, Strasbourg, 1971. — J.-L. Hirtler, La Gauche dans le Bas-Rhin sous la Ve République, Strasbourg, 1971. — L. Adam, Histoire du PCF en Alsace de la Libération à 1958, Mémoire de maîtrise, Strasbourg II, 1981. — Ph. Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, IV, Paris, 1984. — Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, 4, 1984, p. 300-301. — Christine Frantz, Parti communiste, Encyclopédie de l’Alsace, Strasbourg, 10, 1985, p. 5859-5 866. — Thomas Dommange, Parti d’Alsace, Alphonse Booz, Saisons d’Alsace, Strasbourg, n° 131, printemps 1996, p. 26-27. — Dernières Nouvelles d’Alsace, 4 juin 1997. — RGASPI, 495 270 438.

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