ROMIAN Jacques, Fernand, André

Par Alain Dalançon

Né le 10 octobre 1928 à Neuillé-Pont-Pierre (Indre-et-Loire), mort le 12 août 1987 à Avignon (Vaucluse) ; instituteur, conseiller d’orientation puis directeur de CIO ; militant syndicaliste du SNET puis du SNES, secrétaire national de catégorie des personnels d’orientation ; militant pédagogique ; militant du PCF.

Jacques Romian, années 1980
Jacques Romian, années 1980
coll. familiale

Le père de Jacques Romian, chef de gare de marchandises, quitta sa famille alors qu’il n’avait que cinq ans ; sa mère l’éleva donc seule, ainsi que sa sœur, grâce à son travail de couturière, avec ses parents. Son grand-père, cheminot issu du monde paysan, lui transmit son savoir de la vie ouvrière et de la vie végétale, sa conscience de classe et son goût pour le jardinage, les forêts et la nature, l’histoire et l’archéologie. Mais dans un village où dominait la droite bien-pensante, il fut baptisé, alla au catéchisme, fit sa communion mais se détacha complètement de la religion à l’adolescence.

Jacques Romian fréquenta l’école communale de Neuillé jusqu’au certificat d’études car son instituteur l’avait jugé inapte à la poursuite d’études secondaires. Voué à l’apprentissage professionnel sur le tas, il entra cependant directement en classe de 4e comme interne au collège d’Amboise (Indre-et-Loire) à la rentrée scolaire 1943, grâce à la bienveillance du principal. Il s’adapta fort bien au collège puis entra au lycée Descartes de Tours (Indre-et-Loire) où il obtint le baccalauréat (série mathématiques élémentaires). Il effectua ensuite deux années de formation professionnelle en 1948-1950 à l’École normale d’instituteurs de Versailles (Seine-et-Oise/Yvelines). Il y rencontra Daniel Renard et se lia d’amitié avec lui. À son contact, il se syndiqua au Syndicat national des instituteurs, fit partie des jeunes instituteurs de la FEN-CGT et adhéra au Parti communiste français en 1949. Il commença à enseigner comme instituteur adjoint au Chesnay (Seine-et-Oise/Yvelines) en 1950-1951.

De novembre 1951 à novembre 1952, il effectua son service militaire en Allemagne, puis à Valence (Drôme) : instructeur d’artillerie, il fut ensuite promu lieutenant de réserve. À son retour à la vie civile, il enseigna à nouveau comme instituteur à Jouy-en-Josas (Seine-et-Oise/Yvelines) puis au cours complémentaire du boulevard de la Reine à Versailles, de 1952 à 1954. Il se maria le 28 décembre 1953, à Paris (XIXe arr.), avec Hélène Brodaty, future professeure et militante syndicaliste et pédagogique (voir Hélène Romian) ; ils eurent deux enfants, une fille devenue professeure de mathématiques, et un fils cadre de parcs d’exposition (réseaux et télécommunications). En raison de ses charges de famille, il ne fut pas rappelé après 1956 pour participer à la guerre d’Algérie qu’il réprouvait et combattit. Il adhéra à cette époque à la Fédération des officiers de réserve républicains.

De 1954 à 1956, Jacques Romian obtint son détachement pour être élève-conseiller d’orientation professionnelle au Centre national des Arts et métiers-Institut national d’étude du travail et d’orientation professionnelle à Paris. Muni de son diplôme, il exerça comme conseiller d’orientation professionnelle au Centre d’orientation professionnelle de Chartres (Eure) de 1956 à 1958, puis devint directeur du Centre d’orientation solaire et professionnelle de Douai (Nord) de 1958 à 1968. Il compléta sa formation théorique par l’obtention au CNAM en 1966 du certificat d’Histoire du Travail.

Jacques Romian militait durant ces années 1950-1960 au Syndicat national de l’enseignement technique dans le courant « Union pour une action syndicale efficace » : il était membre de la commission administrative régionale de Lille, commissaire paritaire académique des conseillers d’OSP puis commissaire national des directeurs à partir de 1965.

En 1967, il fut élu membre de la CA nationale du nouveau Syndicat national des enseignements de second degré, secrétaire de la catégorie des personnels d’OSP sur la liste « Unité et Action ». Après les événements de 1968, il devint directeur du Centre d’information et d’orientation d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) de 1968-1969 à 1986-1987.

À une époque où l’orientation scolaire et professionnelle était devenue « l’épine dorsale » de la réforme du système éducatif (réforme Fouchet), Jacques Romian joua le rôle principal pour définir les positions du SNES sur l’orientation et la mission de ses personnels. Dès la fin de l’année 1967, dans un copieux dossier publié dans L’Université syndicaliste, il procédait à une critique de la notion d’« aptitudes » innées, que l’orientation aurait pour mission de rechercher et de révéler et définissait les conditions d’une orientation véritable dans le premier cycle des enseignements de second degré. Il rapporta ensuite la motion « Recommandations sur l’orientation » adoptée par le congrès de Pâques 1968 pour combattre les procédures d’orientation du ministre Peyrefitte et son projet de « professeur conseiller ».

Parallèlement, il participait activement au groupe de travail du PCF « Psychologie et information » animé par Maurice Perche et Noël Barthes (directeur du CIO de Paris-XIIIe). Et après les journées des enseignants communistes des 17 et 18 février 1968 à Gennevilliers, il écrivit dans L’École et la nation un long article sur l’orientation scolaire.

Jacques Romian s’opposa toujours à une utilisation mécaniste et ségrégative de tests type QI ou de catégorisations socio-culturelles plus ou moins approximatives, pour justifier une orientation scolaire et professionnelle, en fait prédéterminée économiquement et socialement. Il estimait que celle-ci devrait reposer sur une information complète, objective, actualisée, sur un dialogue ouvert, libre avec un conseiller-psychologue formé à ce métier au sens plein du terme, travaillant en liaison avec la famille et l’institution scolaire mais indépendant par rapport à elles, pour favoriser la construction progressive d’un projet scolaire et professionnel personnel, véritablement autonome, en connaissance de cause. C’est la raison pour laquelle, il œuvra avec son syndicat pour faire reconnaître la nécessité d’un Service public de psychologie, d’information et d’orientation de l’Éducation nationale et d’un statut de conseiller(e)-psychologue d’orientation pour ses personnels, membres à part entière des équipes éducatives d’établissement.

Ainsi, dans la commission d’étude ministérielle sur l’orientation, réunie après mai-juin 1968, il joua un rôle déterminant avec Jean Petite, secrétaire de la commission pédagogique du SNES, pour faire reconnaître ces approches. Les rapports adoptés en décembre débouchèrent sur la définition d’une stratégie de la mission d’information, combinée avec celle de l’orientation, dont le « conseiller-psychologue » devrait être le spécialiste tout en étant membre de l’équipe éducative. Mais ces propositions furent réduites et partiellement détournées dans les textes soumis au Conseil supérieur de l’Éducation nationale, le 28 mai 1969, de sorte que le SNES vota contre, car il était opposé au monopole de l’information par l’Office national d’information sur les enseignements et les professions et estimait que la question du statut des personnels devait être réglée simultanément. Il fallut plusieurs années de mobilisation des personnels, servie par une information continue et précise grâce à un bulletin supplément à l’Us, des débats avec l’Association des conseillers d’orientation de France où il militait également, et de longues négociations menées avec le concours d’André Dellinger, secrétaire de la commission corporative du SNES, pour obtenir la parution du décret du 21 avril 1972 portant statut des personnels d’orientation. Il ne répondait pas totalement aux revendications du SNES mais il comportait de notables avancées. Le conseiller devenait membre de droit de la « fonction enseignante », le concours de recrutement était fixé à bac+2 suivi de deux années de formation, tout en sauvegardant l’accès au corps d’enseignants détachés, les carrières étaient revalorisées et le rythme d’avancement similaire à celui des enseignants. Restait à organiser la formation pour laquelle fut constitué un nouveau groupe de travail où le SNES fut représenté par Jacques Romian et Gilbert Blanc, en réclamant une formation initiale plus solide, équivalente à la maîtrise.

Après le congrès du SNES de 1973, Gilbert Blanc succéda à Jacques Romian comme secrétaire national de catégorie, ce dernier ayant toujours eu le souci de préparer les relèves : il contribua aussi à former de plus jeunes militants qui succédèrent ensuite à Gilbert Blanc : Michel Zerwetz, puis Catherine Remermier.

Il resta néanmoins membre de la CA nationale comme suppléant en 1977. Il continua à être responsable du groupe de travail permanent « orientation » jusqu’en 1977 et d’un groupe de travail sur les handicapés. Il rapporta ainsi au congrès de 1977 la motion sur les « handicapés intellectuels », dénomination qu’on ne pouvait pas appliquer sans discernement aux élèves des Sections d’éducation spécialisée et des Classes pré-professionnelles de niveau ; il fallait les distinguer des handicapés sensoriels et moteurs. Il resta également élu du personnel dans le 22e collège du Conseil d’enseignement général et technique où il avait été élu en 1971 (avec comme suppléant Gilbert Blanc), réélu en 1975 et en décembre 1977 (avec Jean-François Guyo comme suppléant).

À ces divers titres, Jacques Romian, tout en militant en même temps au Groupe français d’Education nouvelle, contribua dans la direction nationale du SNES à l’élaboration de la doctrine pédagogique du syndicat, avec Jean Petite, Suzanne Mamane, Annette Krakowski, pour construire une école démocratique de qualité pour tous. « Comprendre l’échec scolaire pour mieux le combattre, faire respecter les droits des jeunes et des familles, aider chaque jeune à construire son projet, constituaient les lignes directrices de son action » : ainsi s’exprimaient ses trois plus jeunes successeurs au secrétariat de catégorie, dans l’hommage qu’ils lui rendirent dans l’US après son décès subit.

Jacques Romian était un militant respecté, y compris par ses adversaires, en raison de sa grande culture, de son esprit d’ouverture, de sa connaissance des réalités, qui savait défendre ses convictions sans jamais se « payer de mots ». Il n’eut pas le temps de rédiger une histoire de l’orientation scolaire dont il avait esquissé des éléments dans le témoignage qu’il donna au colloque de l’IRHSES en 1986, à l’occasion du 20e anniversaire de la naissance du nouveau SNES.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article172208, notice ROMIAN Jacques, Fernand, André par Alain Dalançon , version mise en ligne le 9 avril 2015, dernière modification le 4 août 2015.

Par Alain Dalançon

Jacques Romian, années 1980
Jacques Romian, années 1980
coll. familiale

ŒUVRE : Nombreux articles dans L’Us, L’École et la Nation, la revue Unité et Action, des bulletins universitaires et des revues de Psychologie (Enfance...), des ouvrages collectifs, notamment « Aptitudes, capacités, "dons" et finalités de l’enseignement » in L’échec scolaire. Doué ou non doué ? , GFEN, Editions sociales, 1974.

SOURCES : Arch. IRHSES (fonds sur l’orientation scolaire). — Renseignements fournis par son épouse. — Témoignages oraux de militant(e)s.

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