GOUGEON Serge, Benjamin, Lucien

Par Jacques Defortescu

Né le 17 décembre 1946 au Havre, mort le 11 juin 2011 ; militant syndical CGT ; conseiller municipal communiste du Havre de 1983 à 1995 ; conseiller économique et social de Haute-Normandie ; dirigeant havrais de la FSGT.

Serge Gougeon
Serge Gougeon

Serge Gougeon est le fils de Benjamin Gougeon, chauffeur de chaudière et de Planchon Andrée, clerc de notaire qui fut également secrétaire administrative du syndicat des officiers CGT du Havre. Scolarisé à l’école Clovis au Havre jusque dans les années 1960, Serge Gougeon navigua pendant deux ans sur le France puis il passa un Brevet de comptable. Licencié en 1968 pour fait de grève, il rentra alors aux Forges et Chantiers de la Méditerranée à l’usine de Mazeline le 26 février 1969.

Serge Gougeon eut une importante activité syndicale à la CGT. Technicien chez Mazeline, qui devint Dresser France, il s’engagea dans l’action syndicale comme délégué du personnel dès 1970, il fut également élu au Comité d’entreprise en 1981. Secrétaire du syndicat CGT et de la section UGICT en 1995 il remplaça au poste de secrétaire général, Robert Catelain. Élu membre de la commission exécutive de l’Union des Syndicats CGT du Havre en 1993 il prit en charge l’activité des Ingénieurs Cadres et Techniciens jusqu’en 2011. Dans les années 1990, il devint membre du Conseil économique et social de Haute-Normandie.

Chez Dresser France, Serge Gougeon anima de nombreuses luttes dont la plus importante fut celle mené de juin 1982 au 14 novembre 1982, contre la volonté du Président Reagan et de l’administration des Etats –Unis de s’opposer à la fabrication et la livraison du gazoduc transsibérien fabriqué au Havre dans l’usine du Boulevard Winston Churchill. En effet, dans un climat de « Guerre froide » le Gouvernement Américain avait décidé pour faire pression sur l’URSS, d’interdire à tous les utilisateurs de technologie américaine à l’étranger, aussi bien filiales de compagnies américaines que détenteurs de licences, de livrer à l’URSS des équipements de gazoduc. La raison invoquée par Reagan pour justifier cette interdiction, était la situation en Pologne, après l’instauration du régime d’exception en décembre 1981, et la dissolution du syndicat « Solidarité ».

L’usine ayant une commande de 21 compresseurs, représentant 150 000 heures de travail, pour le gazoduc euro- sibérien, ce qu’ils appelaient « la commande du siècle » qui représentait 120 compresseurs dans différents pays européens, est stoppée du jour au lendemain. Mais la révolte et la colère s’organisaient, car le licenciement de 250 salariés avait été envisagé.

Le 22 juillet, suite aux nombreuse actions menées par les trois organisations syndicales présentent dans l’entreprise le gouvernement de gauche de Pierre Mauroy, s’opposa à la décision américaine et le 23 août 1982, le ministère de l’industrie prenais un ordre de réquisition à l’endroit de la Direction de l’entreprise la sommant ainsi d’assurer la fabrication et la livraison des 21 compresseurs. Le 24 août, eut lieu un énorme meeting devant l’entrée de l’usine ou Serge Gougeon déclara notamment : << Il y a deux mois, Reagan décide l’embargo sur le gazoduc euro-sibérien. Ce diktat à l’Europe et par voie de conséquence à la France, est une ingérence inadmissible dans les affaires françaises. Mais la France, ce n’est pas le Texas et Dresser France encore moins un saloon pour cow-boys de pacotille…Dès la mise en place de l’embargo, nous avons condamné cette atteinte à la souveraineté française. C’est une décision politique grave, qui intensifie les tensions dans le monde, ne favorise pas la coexistence pacifique entre tous les peuples, et pour les travailleurs de France c’est une grave menace pour l’emploi…. >> Mais la riposte américaine ne tarda pas. Dès le 26 août, il prit des mesures de rétorsion : l’usine ne put plus recevoir les techniques venant des USA, ni interroger l’ordinateur de la maison mère qui fournissait les technologies, toutes les licences d’importations furent suspendues, Dresser Amérique ne put plus envoyer de fournitures à Dresser France.

La réaction des salariés de Dresser se fit sans tarder. Le 23 septembre à l’appel de la CGT et la CFDT, une marche eut lieu sur l’Ambassade des Etats-Unis à Paris, cette action était appuyé par les salariés d’autres entreprises, elle aussi touchées par l’embargo, comme Alsthom. Relayé et appuyé par les fédérations de la métallurgie et Confédérations syndicales, cette manifestation place de la Concorde à Paris, eut un grand succès et marquait par son originalité. Le 8 octobre, à l’initiative du Maire du Havre, André Duroméa, un large Comité de soutien regroupant toutes les forces de gauche, et tous les syndicats de salariés, fut créé. Une pétition pour sensibiliser la population fut lancée dans toute la ville. Diverses actions comme une rencontre auprès du ministre du commerce Michel Jobert, venu inaugurer le nouveau Centre de commerce international eut lieu le 7 octobre, le 11 octobre une nouvelle rencontre eut lieu avec le ministre de l’industrie Jean Pierre Chevènement, en présence notamment de l’employeur. Enfin, le 14 novembre, Reagan leva l’embargo. Ce fut la victoire de David contre Goliath. Le retentissement de cette victoire fut tel, que le Parlement européen lui-même dû prendre position et condamner l’embargo américain. Les journalistes du monde entier couvrirent cette action et Serge Gougeon, qui était le porte-parole du syndicat CGT, y joua un rôle important, tant dans la réflexion que dans l’argumentation.

Un peu plus tard, Serge Gougeon partit en Union Soviétique, avec d’autres militants de la Fédération de la Métallurgie CGT d’autres entreprises ayant travaillé pour le gazoduc. Les soviétiques, qui étaient parfaitement informé de la lutte syndicale des salariés de chez Dresser, reconnurent toute l’importance de cette lutte et c’est à Serge Gougeon, que les soviétiques demandèrent de présenter en français les vœux du nouvel an pour 1983. Pendant longtemps, si les Français se chauffèrent au gaz transsibérien, ils ne le savaient pas, mais c’est un peu grâce à Serge Gougeon et aux salariés de Dresser France, et de leur lutte exemplaire.

Dans le domaine sportif, Serge Gougeon fut Président du District Havrais de la Fédération Gymnique du Travail (FSGT) de 1978 à 1989. Après avoir créé en 1970 la commission pétanque de la FSGT, il organisa notamment les « fédéraux « de pétanque en 1977 et de cross en 1986. Il organisa aussi la tournée des gymnases bulgares alors championne du monde en 1979. Dans son quartier populaire de Caucriauville sur le plateau du Havre, il organisa deux évènements importants de football : le tournoi européen en 1981 et un tournoi Normandie-Palestine en 1982. C’est à la même époque, qu’avec l’office municipal des sports de la Ville du Havre, il organisa les premiers semi-marathons de la Ville du Havre.

Serge Gougeon partit en retraite le 31 octobre 2005.

Il s’était marié le 12 juin 1966 avec Sylvette Veret. Ils eurent un fils, Yohan né le 9 décembre 1967.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article171787, notice GOUGEON Serge, Benjamin, Lucien par Jacques Defortescu, version mise en ligne le 25 mars 2015, dernière modification le 7 février 2019.

Par Jacques Defortescu

Serge Gougeon
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SOURCES : « Raconte-moi Caucriauville » de Jacques SIMON édition Jacquesimon-normandie-éditions. Avril 2014. — Albert Perrot, « Laisse-moi te dire…Mazeline- de Mazeline à Dresser », édité par le Comité d’Entreprise Dresser- 1988. — Entretien avec Sylvette Gougeon. Informations et recherches de Luc Bourlé et Pierre Lebas. — CGT Informations- journal du syndicat CGT Dresser France –Nos du 28 octobre 2005 et du 1er juillet 2011.

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