BONISSEL René, Philippe

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 25 décembre 1898 à Paris (XVe arr.), mort le 21 novembre 1978 ; instituteur et journaliste ; membre du secrétariat national du SNI.

René Bonissel dans un congrès de la Jeunesse au plein air, en 1968
René Bonissel dans un congrès de la Jeunesse au plein air, en 1968

Issu d’une famille de commerçants originaires de Chirac en Lozère, René Bonissel reçut les premiers sacrements catholiques. Il fréquenta l’école primaire de la rue Vigée Lebrun à Paris (XVe arr.) puis le collège Jean-Baptiste Say (XVIe arr.). Passionné de théâtre, il était un membre enthousiaste de avec l’Association des Amis du Théâtre du Vieux Colombier (archives du fonds Copeau, BNF Arts du Spectacle). Titulaire du brevet supérieur, titularisé comme instituteur le 1er mars 1922 et qu’à partir de cette date il a exercé ce métier dans une école du XIXe arrondissement puis à l’école de la rue Robert-Estienne (VIIIe arr.), école dont il devint directeur en 1926.Il avait épousé civilement le 1er août 1925 à Paris (XIVe arr.) Jeanne Gauthiot, née le 9 octobre 1901 à Tourcoing (Nord), institutrice puis directrice du cours complémentaire de la rue des Volontaire (XVe arr). N’ayant pas d’enfant, ils en adoptèrent un : Gérard. Ils habitaient à Issy-les-Moulineaux (Seine) en 1928.

Membre de la SFIO depuis 1921, René Bonissel ne semble pas avoir eu une intense activité syndicale avant le Front populaire. Il se consacrait essentiellement au journalisme dans les colonnes du Quotidien (1927-1935) et comme rédacteur en chef du Progrès civique (1930-1937), tout en publiant une revue littéraire : Les Primaires. Secrétaire adjoint de la section SNI (Syndicat national des instituteurs) de la Seine et conseiller départemental pour les Ve, VIe, VIIe et VIIIe arr., il intervint au congrès national de Nantes (3-5 août 1938) pour demander la libre entrée des armes en Espagne républicaine. Fondateur du journal mensuel Le fonctionnaire de Paris avant 1939, il fit la grève du 30 novembre 1938 (seul gréviste parmi les instituteurs du 8e arrondissement). Franc-maçon (GODF) depuis 1925, (il l’était toujours en 1975) ; selon la JO 17 octobre1941, il était dignitaire, 2e surveillant de la loge « Les amis de l’Humanité ».

Jules Bureau, secrétaire général du SNI pour la Seine, ayant été mobilisé en août 1939, Bonissel, réformé, assura l’intérim. Il joua, en 1940, un rôle d’une extrême importance pour l’avenir du SNI en refusant la dissolution des syndicats (il fit en particulier disparaître l’argent des cotisations pour éviter qu’il ne soit versé au Trésor) et en prenant la tête de la section clandestine, alors que Bureau et André Delmas (secrétaire national) acceptaient de se rallier au régime de Vichy. Avec un petit groupe de militants - dont Juliette Harzelec - ils firent entendre la voix du syndicalisme enseignant. Ainsi, à la suite d’une intervention radiodiffusée du ministre de l’Éducation nationale, Abel Bonnard, ils rédigèrent une lettre ouverte proclamant : « Monsieur le Ministre, vous nous promettez le pardon si nous vous assurons de notre repentir. Mais le repentir ne naît que du sentiment de la faute et c’est de celui-là qu’il faudrait d’abord nous pénétrer » [...] Non, Monsieur le Ministre, les instituteurs de France ne sont pas ralliés à l’ordre nouveau. Non, Monsieur le Ministre les instituteurs de France ne renient pas leur passé et n’en ont pas honte. Non, Monsieur le Ministre, les instituteurs de France ne seront pas les propagandistes salariés du fascisme français ». Révoqué, il travaillait chez un éditeur de la rive gauche. En décembre 1943, René Bonissel, affilié à Libération-Nord, participa à la rédaction d’un appel à la reprise de l’action syndicale, publié par le journal clandestin Résistance ouvrière le 15 février 1944. En annonçant la renaissance du SNI le texte précisait que les instituteurs « éloigneront de sa direction les quelques militants qui ont déserté leur devoir ». Bonissel avait été révoqué de l’enseignement comme franc-maçon (Grand Orient) en octobre 1941. Il profita de sa disponibilité pour organiser la Résistance à Dijon, Vesoul, Lyon, Grenoble, Saint-Étienne, Clermont-Ferrand, Besançon, Épinal et Annecy. Il reçut plus tard la croix de guerre 1939-1945, la médaille de la Résistance et la Légion d’honneur.

Bonissel était à la Libération un des dirigeants les plus influents du syndicalisme enseignant et le reconstructeur du SNI. Apprécié de tous pour sa courtoisie et sa culture, il était surtout un excellent journaliste, aussi, lui confia-t-on la direction de L’École libératrice (1944-1953) et de la Tribune des fonctionnaires. Il siégea comme permanent - réintégré dans l’Éducation nationale en septembre 1944, il avait été placé en position de détachement en 1945 - au bureau national du SNI (voir H. Aigueperse*) et de la Fédération générale des fonctionnaires tout en collaborant, dès sa création en décembre 1945, à la revue Force ouvrière. À la deuxième conférence nationale des Amis de FO, tenue à Paris les 18 et 19 décembre 1947, le départ de la CGT fut décidé malgré l’opposition de Bonissel. Il se rallia bientôt à un texte de Marcel Valière* en faveur de l’autonomie de la Fédération de l’éducation nationale, devenu la motion Bonissel-Valière au congrès de Pâques 1948.

Outre ses fonctions syndicales (secrétaire du SNI, 1944-1953, secrétaire de l’Union générale des Fédérations de fonctionnaires - UGFF- en 1947 et membre du bureau en 1948, membre suppléant de la commission administrative de la Fédération de l’éducation nationale -FEN- 1952-1953), il exerça de nombreuses responsabilités dans les organisations influencées par la FEN et dans les mouvements s’occupant des problèmes de la Jeunesse : secrétaire général de la Jeunesse au Plein air (1949-1968), administrateur des Centres d’éducation aux méthodes d’éducation actives, secrétaire de la confédération des œuvres laïques de vacances d’enfants et d’adolescents en 1953, responsable de la Ligue de l’enseignement, des Pupilles de l’enseignement public, secrétaire général de la Société française de pédagogie, administrateur national de la Mutuelle de l’éducation nationale, président directeur général du Groupement central des fonctionnaires et du Stadium Garage (depuis 1966), administrateur du Comité d’accueil, des arts et de la vie, membre du conseil d’administration de l’Office Franco-Allemand pour la jeunesse (1961-1964), membre du bureau du Haut comité de la jeunesse, membre du Conseil supérieur de l’Éducation nationale (1961-1970). Il dirigea Terres des Jeunes fondée en 1949, et Francs-Jeux qui paraissait depuis 1947, sous la patronage du SNI et de la Coopérative de l’enseignement laïque, dont il devint administrateur gérant en avril 1956 à la place de Vives et aussi gérant des Publications enfantines, 5 rue Palatine, à la place de Vives depuis le 20 janvier1956. Au début des années 1960, il fut officiellement détaché par l’Éducation nationale comme secrétaire général de la Confédération des œuvres laïques de vacances d’enfants et d’adolescents. Il était président en 1967 de « Rencontres de Jeunes » fondée en 1956 pour organiser des rencontres internationales à l’initiative des CEMEA. En janvier 1967, après le décès de Laborde, il présida l’association « Rencontres de jeunes » fondée en 1956 sous le titre Vacances et loisirs de la jeunesse et fut secrétaire général de la Jeunesse en Plein Air (JPA).

En 1963, il était membre du Parti socialiste SFIO.

Homme chaleureux et amical, il entretenait de relations personnelles avec des militants qui ne partageaient pas ses options syndicales, ainsi avec Joseph Volovitch de l’École émancipée, qui était régulièrement et sur la durée invité à sa table familiale et qu’il aida pendant la guerre et à la fin des années 1940.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17161, notice BONISSEL René, Philippe par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 28 avril 2014.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

René Bonissel dans un congrès de la Jeunesse au plein air, en 1968
René Bonissel dans un congrès de la Jeunesse au plein air, en 1968

ŒUVRE : Collaboration au Quotidien (1927-1935), rédacteur en chef du Progrès civique (1930-1937), fondation du mensuel Le Fonctionnaire de Paris vers 1935, direction de la revue littéraire Les Primaires jusqu’à l’Occupation, collaboration au Petit Journal.
Après la Libération il dirigea l’École libératrice (1944-1953), La Tribune des fonctionnaires, les publications Francs jeux, Belles vacances, Jeunesse au Plein air et Terre des jeunes et fut président directeur général de la maison d’édition la Fenêtre ouverte.

SOURCES : Arch. Jean Maitron. — Renseignements fournis par R. Bonissel. — Le Monde, 23 novembre 1978. — Arch. Nat., F17/17795. — Réponse à l’enquête de Jacques Girault (1975). — APPO B13, 43458 (dossier Bonissel). — Documentation MGEN transmise par R. Crozet. — Notes de Jacques Girault. — Notes de Marco Consolini.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément