VIGNES Robert dit Vergne

Par Gérard Larue

Né le 26 juillet 1912 à Paris (XIVe arr.), mort le 17 janvier 1945 à Ellrich (Allemagne) ; électricien ; militant syndical ; militant communiste ; résistant FTPF ; déporté résistant.

Robert Vignes
Robert Vignes

Fils de Paul garçon d’hôtel et de Fernande, née Baillet, célibataire il était domicilié chez sa mère, 10 rue Aubert (Robert Vignes) à Stains (Seine, Seine-Saint-Denis). Électricien de métier, militant communiste très actif, garde du corps de l’ex. maire communiste Jean Chardavoine, il était cantonnier à la mairie de Stains depuis mai 1937 et membre du Syndicat des Communaux.
Avant-guerre, des dissensions entre le Parti communiste et les « tenants » du doriotisme dans la ville ou au sein du conseil municipal entrainèrent régulièrement des violences physiques ou verbales entre les deux camps. Ainsi, le 27 juin 1937 au carrefour du Globe, plusieurs autobus revenant d’une fête du PPF à la Ferté-Milon (Aisne) furent attaqués à coups de pierres. Oscar Mériaux, conseiller municipal 1er adjoint au Maire communiste Jean Chardavoine, témoigna contre Jean Delin jean, Jean-Pierre Le Goff et Pellade. De même le 28 mars 1939, Paul Desvignes, entrepreneur à Stains fut entendu au commissariat de saint Denis (Seine ; Seine-Saint-Denis) au sujet de menaces de mort qui auraient été prononcées par Vignes également contre Oscar Mériaux : « je ne me souviens pas d’avoir vu le 14 janvier 1939 Monsieur Mériaux J’ai rencontré Vignes et Péchinot. Je n’ai entendu aucune menace. […] Henriette, Vignes et Péchinot se sont joints à nous […] ».
Du bureau de recrutement de Cherbourg (Manche), il fut mobilisé comme matelot à la Direction du Port de Toulon (Var) et rejoignit Stains le 13 juillet 1940. Le 8 novembre 1940, Robert Vignes fut signalé par la gendarmerie de Pierrefitte, comme « faisant partie des éléments de la propagande clandestine qui traçaient au goudron le 8 octobre 1940, des inscriptions communistes antinationales sur la chaussée de l’avenue Hainguerlot [Paul Vaillant-Couturier]. Des renseignements recueillis auprès de témoins entendus à ce sujet par les gendarmes, il apparut que Robert Vignes avait été reconnu comme étant l’un des deux individus occupés à cette besogne, son complice étant son camarade Pollet. »
Robert Vignes nia. Mais le Président de la Délégation Spéciale de Stains, monsieur Henri Bouveyron (ex-SFIO), nommé par le Préfet en 1940 en remplacement des élus communistes destitués], interrogé par la police, considéra « Vignes comme un élément dangereux dans une administration [affirmant] qu’il serait désireux d’en être débarrassé, n’ayant pu jusqu’à présent prendre aucune sanction à son égard, étant donné qu’il [n’avait] jamais pu le prendre en défaut dans son travail, ni en flagrant délit de propagande antinationale ».
Robert Vignes fut appréhendé le 20 janvier 1941 par les services de la Préfecture de Police en même temps que Bizette et Pollet. Il fut interné administrativement à la Maison centrale de Clairvaux (Aube), puis aux camps surveillés de Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), de Voves (Eure-et-Loir) et de Pithiviers (Loiret) d’où il fut libéré le 8 décembre 1943 sur proposition de la Commission de révision des internements de la Préfecture de Police et sur décision du Préfet du Loiret.
Moins d’un mois après, ayant repris contact avec le Parti communiste clandestin, Robert Vignes fut chargé du recrutement des FTP en région parisienne, sur la région H (banlieue sud de Paris), puis comme Commissaire aux effectifs pour la même région.
Lors d’un rendez-vous avec Roger Imbert dit « Jojo » précédemment incarcéré, il fut arrêté le 4 avril 1944 par quatre inspecteurs des BS2 puis condamné à mort par la justice militaire allemande. Furent également arrêtés dans cette affaire : Henri Martin, Pierre Meunier, Abel Thomas, Eliane Danelle, Augustine Gosse, tous de Stains.
À la libération la mère de Robert Vignes déclara à la police : « Mon fils Robert a été arrêté le 4 avril 1944 pour propagande communiste, moi-même j’ai été arrêtée le lendemain par l’inspecteur L. mais j’ignore qui a arrêté mon fils. Il a été amené aux BS et torturé. Je l’ai vu le 5 avril 1944 mais je n’ai pu guère lui parler il était étroitement surveillé ; mais un gardien de la paix, monsieur Cousin rue Melet à Stains, m’a dit que mon fils avait été brutalisé. Je l’ai vu pour la dernière fois le 10 août 1944 à la prison de Fresnes d’où il a été déporté en Allemagne. J’ai été relaxée quatre jours après mon arrestation par manque de preuves. »
Robert Vignes, matricule 77778, fit partie du transport N° 264 qui quitta Pantin le 15 août 1944 pour Buchenwald (Allemagne) où il arriva le 20, convoi composé de 1654 hommes et de 543 femmes. 838 déportés rentrèrent dans leur pays. Il mourut après une tentative d’évasion, selon les documents des archives de Buchenwald à Ellrich, Kommando de Buchenwald le 17 janvier 1945.
Robert Vignes a été enterré dans le carré des fusillés et déportés de Stains. Une rue de Stains où il habita porta désormais son nom. Il a été homologué résistant FFI.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article171609, notice VIGNES Robert dit Vergne par Gérard Larue, version mise en ligne le 17 juin 2017, dernière modification le 11 avril 2019.

Par Gérard Larue

Robert Vignes
Robert Vignes

SOURCES : Arch. PPo. 1 W 1228, 77 W 575. – Archives nationales 607 Mi3 Buchenwald, fiche d’entrée. – Archives de l’Association Française Buchenwald Dora et Kommandos. –Bureau Résistance GR 16 P 594262. – Mains-courantes Commissariat Saint-Denis CB 91.46 et 91.49. – MNR (notes d’Emeric Tellier). – Livre-Mémorial, FMD, Ed.Tirésias, 2004. – Louis Bordes Souvenons-nous, Mairie de Stains, 1981. – Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Ed. de l’Atelier, 2004.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 190.

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