BONEFONS Léon Émile, dit BONNEFONS Léon, dit BONNEFOUS Léon, dit RIPART

Par Claude Pennetier

Né le 3 juin 1895 à Corbeil (Seine-et-Oise), mort le 4 décembre 1978 au Pecq (Yvelines) ; tourneur-mécanicien ; secrétaire de la 20e Union régionale unitaire (région parisienne) puis de la 5e UR (Belfort) ; membre du comité central du Parti communiste élu au congrès de Lille (20-26 juin 1926).

Fils de Paul Bonefons, marchand de vins en gros, et de Bélonie Narjeau, sans profession, Léon Bonefons eut son enfance perturbée par le divorce de ses parents en décembre 1904. Il quitta l’école à l’âge de treize ans ayant obtenu le certificat d’études primaires. Brouillé avec le second mari de sa mère, employé d’octroi à Corbeil, il fut élevé par son grand-père, boucher à Corbeil et travailla comme garçon boucher jusqu’à la guerre. Il fut mobilisé en août 1914 au 170e régiment d’infanterie à Epinal (Vosges) et fut blessé au front. Il était, à sa démobilisation, auxiliaire et déclarait, dans un questionnaire de 1931, être « caporal dégradé ». À son retour, il quitta la boucherie pour la métallurgie et devint tourneur-mécanicien et outilleur. Il travailla successivement chez Dutilleux à Courbevoie (1919), Citroën à Javel (1920-1922), Renault (un mois), à Issy-les-Moulineaux (1923) et à la Mécanique industrielle une coopérative de production (1924-1925). Il participa aux grèves de 1919-1920 à Courbevoie et de 1921 à Citroën et Issy.
Léon Bonefons avait été marqué par la guerre. Dans son autobiographie de 1931, où il reconnaissait ses insuffisances théoriques, il indiquait avoir « étudié les causes de la guerre de 1914-1918, les scandales de la guerre ». Aussi fut-il favorable à l’action des fondateurs de l’ARAC. Militant de la 15e section ARAC de Paris, il devint membre du comité exécutif de la Fédération de la Seine au congrès du 22 octobre 1922 puis, entra au Comité central lors du congrès de Clermont-Ferrand le 15 juillet 1923.
Léon Bonefons milita activement au syndicat des Métaux dès 1919, mais, après son adhésion au Parti communiste en 1921 l’action politique prit le pas sur le syndicalisme. Son nom apparut dans de nombreux domaines de la vie du Parti communiste. La police le signalait comme militant de la 15e section, membre du service d’ordre pour la manifestation du Mur des fédérés le 27 mai 1923. Son rayonnement était alors suffisant pour que le congrès national de Lyon (20-24 janvier 1924) le nommât à un poste de confiance : membre du conseil d’administration du journal l’Humanité. Il entra à la direction de la Région parisienne en 1924 où il fut responsable de la fraction communiste dans la CGTU. La guerre du Maroc permit à Bonefons de faire la preuve de son activité, de son dévouement, mais elle l’obligea à entrer quelque temps dans la clandestinité. Il avait été nommé, en juillet 1925, secrétaire du Comité central d’action contre la guerre du Maroc ; en cette qualité la justice l’inculpa de provocation de militaires à la désobéissance. Il fut condamné par défaut à six mois de prison et 2 000 F d’amende le 12 octobre. Le jugement fut confirmé le 30 décembre 1925 : Bonefons purgea sa peine en 1927. Selon la police, la direction communiste aurait considéré l’inexpérience de Bonefons comme une des causes de l’échec de la campagne.
De taille plutôt petite, châtain, les yeux bleus, portant la moustache, il était assez bon orateur. Gravissant les échelons de la hiérarchie communiste, Léon Bonefons entra au comité central avec une génération de jeunes militants au congrès de Lille (20-26 juin 1926). La même année, il participa à un exécutif de l’IC à Moscou. En 1927, parallèlement à ses activités au comité de rédaction de l’Aube sociale, il fut chargé de la commission d’organisation du comité régional communiste parisien (comme secrétaire de la cellule Citroën n° 1 426) et, responsable du travail syndical, fut élu à la commission exécutive de l’Union des syndicats unitaires de la Métallurgie de la région parisienne. Il prenait fréquemment la parole dans les réunions et les meetings. Il intervint à la conférence nationale communiste de la Bellevilloise (janvier 1928) comme « secrétaire de la région parisienne ». En mars 1928, il présenta à la conférence régionale communiste un rapport sur le travail syndical et les luttes économiques. Après avoir traité de la rationalisation du travail, il déclara : « Pour agir efficacement, il faut des organisations puissantes. Or, ce n’est pas le cas dans la région parisienne où l’on compte seulement 2 % de syndiqués unitaires dans la Métallurgie, 1 % dans le Vêtement, 15 % dans le Bâtiment et 25 % dans les Services publics. Cette différence de pourcentage qui existe entre les administrations et l’industrie privée montre que les syndiqués de l’industrie privée sont beaucoup plus en butte à la répression. C’est une preuve que notre parti n’est pas encore suffisamment lié avec les masses » (Arch. PPo., septembre 1929). Le thème de l’insuffisance du travail syndical du Parti communiste revint souvent dans les interventions publiques de Bonefons. En mars 1929, il devint secrétaire de la XXe Union régionale de la CGTU (région parisienne) et en septembre entra à la commission exécutive confédérale. Réélu au comité central du PC au congrès de Saint-Denis (31 mars-7 avril 1929), il disparut au congrès suivant (Paris, 1119 mars 1932).
Bonefons participa aux journées de juillet-août 1929 contre la guerre puisqu’il fut de nouveau inculpé lors de l’affaire « du complot ». En réponse à une demande de renseignements du juge Peyré en date du 26 juillet 1929, le commissaire spécial transmettait des informations sur la vie privée et l’activité du militant. Celui-ci vivait alors à Clichy avec son amie Jeanne Flament (née le 4 décembre 1895 à Paris XVIIIe arr.) manucure et, selon la police, militante communiste. La police signalait ses diverses responsabilités en précisant sa prudente réserve » à son domicile où il ne recevait aucun courrier politique. Il fut alors condamné à un an de prison.
Le Parti communiste avait présenté Léon Bonefons aux élections législatives des 22 et 29 avril 1928 dans la 8e circonscription de Saint-Denis (canton de Boulogne-Billancourt). Sur 19 732 électeurs inscrits et 16 245 votants, 3 650 (18,5 % des inscrits) donnèrent leur suffrage au candidat communiste. Il bénéficia au second tour des voix du socialiste SFIO Eugène Lagriffoul* (3 192 au premier tour) et du socialiste-communiste Darraz - ou Darras - (442) qui firent monter les suffrages communistes à 6 525 sur 15 541 votants (33,1 % des inscrits). Aux élections législatives du 1er mai 1932 Bonefons représenta son Parti en Seine-et-Oise, dans la 1re circonscription de Corbeil (Arpajon-Corbeil) où il recueillit 2 765 voix contre 2 117 au socialiste SFIO Émile Auclair* et 8 815 au radical socialiste Dalimier (17 224 inscrits, 13 696 votants). Domicilié à Clichy-la-Garenne, il avait été élu, le 5 mai 1929, conseiller municipal communiste de Clichy (Seine) sur la liste dirigée par Charles Auffray* mais il ne semble pas avoir joué un rôle dans cette ville où le Parti communiste perdit le contrôle de la municipalité.
Après 1929, il épousa Jeanne Lejeannou (dite aussi Jeanne, Augustine Le Jannoux), une couturière devenue elle aussi manucure (elle se confond peut-être avec Jeanne Flament citée plus haut). Fille d’un chaudronnier qui avait acquis ensuite un fonds de commerce de droguerie, sympathisant communiste et lecteur de l’Humanité, elle était elle-même sympathisante mais « imprégnée d’individualisme », elle lisait beaucoup mais « pas de livres sociaux ». Ils eurent une fille vers 1932.
Le 9 février 1930, il fut désigné par la conférence régionale communiste de la région parisienne en tête du secrétariat avec à ses côtés Henri Varagnat*, Michel Marty*, Georges Tarlier*, Pierre Lorin*, Pierre Damien* et Jeanne Buland*. Après un voyage à Moscou, fin février, pour participer à la Ve conférence internationale des métallurgistes révolutionnaires, il remplaça Eugène Galopin*, accusé de participation au groupe Barbé-Celor (à l’automne 1931, c’est lui qui était allé à la centrale de Clairvaux pour demander, au nom du comité central du Parti communiste, à Eugène Galopin de faire une déclaration condamnant les activités du « groupe »), comme secrétaire administratif de la Fédération unitaire des Métaux de juin 1931 à juillet 1932. Il fut alors gérant du journal La Riposte, organe de la Fédération. Après avoir quitté la direction de la Fédération unitaire des Métaux, Bonefons anima pendant quelques mois l’Union interfédérale des industries de guerre puis, en octobre 1932, après le congrès de la 5e U.R. tenu à Belfort le 25 septembre, il fut nommé secrétaire de cette Union CGTU (Doubs, Jura, Haute-Saône, Belfort) à Belfort, fonction qu’il conserva en 1933, 1934 et 1935. Il s’était déjà rendu dans cette région en mars 1932 pour recueillir la documentation rassemblée par les « rabcors ».
Une lettre d’André Marty* du 22 mars 1932 signalait qu’un camarade (Courtot) « a mis Bonefons en cause à la commission des mandats de l’École » (École léniniste internationale de Moscou). Il semble que depuis l’automne 1931, il n’était pas en odeur de sainteté. Léon Bonefons dut se rendre de nouveau à Moscou puisqu’un questionnaire en russe fut établi le 26 avril 1933.
Pendant la période du Front populaire et ensuite, les fonctions de Bonefons furent modestes.
En 1939, il travaillait aux Établissements « Langlois et Lournot » à Courbevoie et habitait au Pecq (Seine-et-Oise). La mairie du Pecq signale qu’il était conseiller municipal de cette ville depuis 1936.
Il fut élu conseiller municipal communiste de Saint-Germain en 1945. Son parti l’avait présenté aux élections cantonales de Saint-Germain en 1958 et en 1964.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17142, notice BONEFONS Léon Émile, dit BONNEFONS Léon, dit BONNEFOUS Léon, dit RIPART par Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 20 octobre 2008.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 495 270 831, questionnaire (sans doute février 1930) du PC ; note de police du 30 août 1929 ; autobiographie du 23 décembre 1931 : lettre de Marty (1932) ; questionnaire en russe, 26 avril 1933. — Arch. Nat. F7/13017, F7/13094, F7/13119, F7/13772, F7/13785, F7/13786. — Arch. Dép. Seine, DM3 et Versement 10451/76/1. — Arch. Dép. Seine-et-Oise, 2 M 30, 31, 32, 33, 34. — Arch. PPo. 100, mai 1930. — BMP, bobine 255 (renseignements communiqués par Jacques Girault). — Arch. Jean Maitron. — Cahiers du Bolchevisme, mai 1928. — La Révolution Prolétarienne, n° 75, 1er mars 1929. — L’Humanité, 18 juin 1928 et 18 mars 1929, 5 décembre 1978. — État civil de Corbeil et du Pecq. — Notice du DBMOF par J. Maitron, Cl. Pennetier et J.-L. Pinol.

Version imprimable Signaler un complément