BONARDEL Alfred. Pseudonyme à l’École léniniste internationale de Moscou : NORBERT François. Nom écrit parfois BONNARDEL

Par Claude Pennetier

Né le 12 octobre 1904 à Bruay-sur-l’Escaut (Nord), mort le 2 septembre 1977 à Périgueux (Dordogne) ; soudeur autogène à Puteaux puis artisan charpentier métallique à Périgueux (Dordogne) ; élève de l’ELI de Moscou en 1933-1934.

Fils d’un pudleur et d’une ménagère, Alfred Bonardel fréquenta peu l’école en raison de la situation militaire qui désorganisa la vie du Nord. Selon les souvenirs familiaux, il quitta l’école à dix ans. Il se maria en décembre 1926 à Beuvrages (Nord).

Alfred Bonardel vint habiter et travailler en région parisienne, notamment chez Renault. Il avait été membre de la CGT en 1919. Il devint membre de la CGTU en 1926. Soudeur autogène à Puteaux, il habitait 50 rue des Panoyaux à Paris XXe arr. Il adhéra au Parti communiste en 1929 et suivit les cours de l’école de la région parisienne d’avril 1930. Victor Fay le caractérisait ainsi : « assez intelligent. De l’expérience et du sens politique. Mais, beaucoup de difficulté pour s’exprimer, aussi bien en parlant qu’en écrivant. Une énorme bonne volonté. À acquis beaucoup à l’école. Devrait être chargé dans un bureau de rayon de l’organisation ou du travail ». En février 1932, il fut arrêté lors d’une manifestation communiste. En mai de la même année, le Parti communiste l’envoya, en terre de mission, le représenter aux élections législatives dans la circonscription d’Argentan (Orne). Le résultat fut sans surprise : 0,65 % des voix des inscrits. Il travailla également chez Renault pour le compte du Parti et eut un temps la responsabilité du secteur de Billancourt.

Bonardel fut désigné pour le 3e contingent de l’école léniniste internationale (ELI) d’un an, en 1932. Cette promotion comprenait vingt-deux militants : Bécret, Hulot, Ancelle, Oscar Mériaux, Moerman, Duquesne, Potiez, Leroy, Héroldy, Minard, Wilhm, Mioch, Terrat*, Janin, Mathieu, Rencato, Herr, Weigel, Durmayer, Heck. Il arriva à Moscou le 26 décembre 1932 et résida à l’ELI. Son départ était prévu le 20 octobre 1933, mais il ne quitta finalement l’URSS que le 14 mars 1934.

Yablonski rédigea la « caractéristique » suivante :

« NORBERT

Au commencement, niveau politique général moyen, mais une grande expérience pratique. Intérêt particulier réside dans le domaine organisationnel et du travail syndical. Capacités personnelles bien développées pour le travail d’usines. Norbert possède des qualités d’orateur, d’agitateur, mais d’une langue sèche, trop catégorique et trop formelle.
Dans le travail académique il a manifesté de grands efforts et atteint des résultats très satisfaisants dans les domaines de la construction du parti, dans la mouvement syndical, des difficultés restant dans le domaine de la théorie.
Il a rempli un travail de brigadier pendant la pratique d’été avec de bons résultats.

N. est très ferme et intransigeant dans son attitude de militant, même avec une petite exagération en s’appuyant surtout sur le côté formel et en négligeant le contenu politique de conviction. Ça vaut, en général aussi pour son travail d’organisateur, où il doit encore plus s’accrocher sur les tâches politiques en les liant avec des tâches d’organisation.
Nous proposons de la retenir pour une certaine période de 2-3 mois dans l’école dans le but de l’utiliser pour la préparation de notre cours de construction du parti ou, si ce n’est pas possible, de l’employer en France comme organisateur, dans une section d’organisation d’un rayon important, par ex. dans le Nord, mais pas dans sa région d’origine. »

Sur ce séjour dans la « patrie du socialisme », on ne dispose que de peu d’informations. Jusqu’à la fin de sa vie, respectant le « secret kominternien », il n’en parla pas à sa nouvelle famille ; tout juste évoqua-t-il avec amertume la répression à Moscou (« vous savez, quand on a vu le sang couler à Moscou », témoignage de son fils) sans qu’on sache si ses propos concernaient une observation personnelle ou des considérations plus générales.
À son retour en France, il s’installa à Trappes, où il fut employé communal. Son départ pour combattre en Espagne était envisagé, mais, en 1937, la naissance d’un fils, Roger, qu’il eut avec Adrienne Guichard, modifia son projet.
Pendant la guerre, il partit dans le Périgord, pays d’origine de sa nouvelle compagne, où il travailla comme charpentier métallique. Sans qu’on dispose d’informations précises sur une rupture, rien n’indique à partir de cette période un lien avec le Parti communiste. Avait-il quitté le PC après le Pacte germano-soviétique ?

Artisan charpentier métallique, il se maria le 1er février 1946 à Périgueux (Dordogne) avec Adrienne Guichard qui n’était pas militante. Il vécut un temps à Saint-Palais-sur-Mer, puis revint à Périgueux où il travailla avec son fils dans l’entreprise familiale et appartint à la franc-maçonnerie dans les années cinquante. Domicilié à Notre-Dame-de-Sanilhac, il mourut à Périgueux en 1977.
Son fils le décrit comme un grand lecteur, mais aussi comme un homme peu expansif, silencieux sur son passé communiste, ne parlant jamais de politique, au point qu’il était difficile de le classer dans l’échiquier des opinions. Si sa famille savait qu’il avait été en URSS, elle ignorait la durée et la nature de ce séjour.

Malgré la faiblesse des informations on peut le classer parmi les anciens élèves de l’ELI touchés par le détachement et la désillusion : pas de rupture voyante, pas de prise de distance connue mais un repli silencieux sur la vie familiale et professionnelle.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17132, notice BONARDEL Alfred. Pseudonyme à l'École léniniste internationale de Moscou : NORBERT François. Nom écrit parfois BONNARDEL par Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 22 août 2017.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 517 1 998 ; 495 270 8457, notes en russe traduites par Macha Tournié. — État civil de Bruay-sur-l’Escaut et de Périgueux. — Conversation téléphonique avec son fils, 27 septembre 2004. — Notes de Sylvain Boulouque.

Version imprimable Signaler un complément