Née le 15 décembre 1931 à Paris (XVe arr.), morte le 30 avril 2018 à Saint-Avé (Morbihan)  ; attachée littéraire dans une maison d’édition jusqu’en 1960, ouvrière métallurgiste de 1960 à 1969 ; membre de la commission exécutive de la fédération des métallurgistes CGT de 1963 à 1969, membre de la commission exécutive confédérale de 1969 à 1978, rédactrice en chef d’Antoinette, magazine féminin de la CGT, de 1969 à 1982, puis sociologue au CNRS.

Chantal Rogerat naquit dans une famille bourgeoise catholique cultivée de Paris et de Vincennes. Un grand-père avait été organiste à Notre-Dame, trois grandes-tantes étaient religieuses. Ses parents, Jacques, Paul Rogerat, employé de commerce, et Jeanne, Madeleine Blin, sans profession, avaient une petite maison d’édition à Paris. Elle reçut une éducation religieuse dans sa famille et au Couvent des oiseaux. Elle poursuivit ses études à la Sorbonne jusqu’au DES d’histoire, consacré à la fin du Moyen âge. Les éditions Calmann-Lévy la recrutèrent comme attachée littéraire. Elle fut ensuite professeur au Couvent des oiseaux.
Chantal Rogerat fréquentait les prêtres ouvriers de l’église Saint-Hippolyte du XIIIe arrondissement. En 1960, à vingt-neuf ans, elle éprouva le besoin de rompre avec son milieu familial et entra comme ouvrière spécialisée chez Thomson dans le XIIIe arrondissement ; elle vivait alors en communauté et indiquait avoir eu alors un engagement dans la Mission de France .
Elle se maria 8 juin 1962 avec un militant ouvrier chrétien nommé Pierre Petitjean, mais l’union ne tint qu’un an.
Elle adhéra à la CGT qu’elle avait découverte à la faveur de la célébration de la journée des femmes un 8 mars. Remarquée au cours d’une lutte pour l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes, à la Thomson, par la secrétaire de la fédération Monique Paris, elle fut élue à la commission exécutive de la fédération en 1963, accéda au bureau en décembre 1964, au secrétariat en décembre 1968 . Cette année là elle fut aussi élue suppléante à la commission exécutive confédérale.
En 1963 à la commission fédérale de l’éducation, elle rencontra le responsable Marius Apostolo, secrétaire général adjoint de la CGT chez Renault, un militant chrétien, qui devint son compagnon en 1967 ; ils se marièrent le 24 mai 1972 à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) et en 1973, ils eurent un fils, Maxime. Dans un témoignage, Chantal Rogerat déclara qu’elle avait adhéré au Parti communiste fin 1968, parce que celui-ci réprouvait l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie, précise-t-elle, mais elle ne s’y investit pas et fut critique à la fin des années soixante-dix. Dans un entretien, elle indiquait, évoquant son adhésion au PCF : "ça a duré un an et demi".
En mai 1969, Madeleine Colin responsable du secteur féminin de la CGT, la choisit pour être la rédactrice en chef d’Antoinette, le magazine féminin de la CGT fondé en 1955. Elle prit sa fonction sous le nom de naissance de Chantal Rogerat. Portée par la vague féministe entre 1970 et 1975, elle ouvrit le magazine aux questions du temps qui faisaient débat comme la prostitution, le viol et les comportements sexistes. Elle donna au magazine une tournure plus intellectuelle. Elle fut soutenue dans sa démarche par la responsable du secteur féminin Christiane Gilles et par l’administratrice du magazine Simone Aubert. Après la conférence nationale des femmes tenue en mai 1977, on aurait pu croire que leur volonté de « faire bouger » la CGT avait réussi comme semble le confirmer un texte paru dans Le Peuple de la première quinzaine de décembre. Mais l’équipe de direction du magazine s’impliqua ensuite dans la crise politique qui divisait le Parti communiste et la CGT après la rupture de l’union de la gauche en septembre 1977. La crise s’aggrava par les réactions différentes à propos de l’intervention soviétique en Afghanistan en janvier 1980 et de la révolte syndicale polonaise en août.
En outre, depuis 1977 la diffusion du magazine baissait régulièrement . L’évolution du mari de Chantal Rogerat fut semblable à la sienne : en 1980 Marius Apostolo prit du recul par rapport à la CGT et quitta le Parti communiste en 1983. En octobre 1981, Christiane Gilles démissionna du bureau confédéral car elle se trouvait en désaccord avec le document d’orientation du 41e congrès qui devait se tenir en juin 1982 et qui avait été approuvé par le comité confédéral national. En décembre, l’état de siège fut proclamé en Pologne. Chantal Rogerat en désaccord avec la position du bureau confédéral rendit sa position publique début janvier. Le magazine et le secteur féminin de la CGT étaient déjà privés de leur directrice, la rédactrice en chef du magazine suivie de la majorité des journalistes furent dès lors dans l’opposition. En janvier 1982, une nouvelle directrice du secteur féminin et donc du magazine fut nommée. Chantal Rogerat refusa de travailler avec elle, et devant son refus une nouvelle rédactrice en chef fut nommée en mai. Chantal Rogerat et les journalistes qui la suivaient se considérant omme licenciées de fait, elles médiatisèrent largement le conflit jusqu’au congrès en juin, puis entamèrent un long procès pour obtenir des compensations financières
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Chantal Rogerat fut rapidement recrutée, en 1982, comme ingénieure d’études par le Centre National de la Recherche Scientifique dans le Groupe d’Études sur la Division Sociale et Sexuelle du Travail (GEDISST) ; elle participa ensuite au groupe de recherche Marché du travail et Genre (MAGE) et à la revue Travail, Genre et Société ; elle contribua à divers ouvrages sur l’histoire des femmes au travail.
Retraitée, elle vécut en temps à Vincennes puis se retira en Bretagne. Depuis 2016, elle vivait dans une maison de retraite.
Principales féministes dans le Maitron
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SOURCES : Entretien avec Yvonne Quilès dans Sous le PC, les communistes, Le Seuil, 1980, p.89-97. — Entretien avec Janine Olmi dans Les femmes dans la CGT, thèse de sciences politiques, Nancy, 2000, p.272-276. — Madeleine Colin, Traces d’une vie dans la mouvance du siècle, Syllepse 2007. — Marius Apostolo, Traces de luttes . 1924-2007 . Mon engagement entre utopie et réalité, collection Mémoires / édition Autrement 2008. — Jocelyne George, Les féministes de la CGT, histoire du magazine Antoinette, éditions Delga, 2011. — Entretien avec Annie et Claude Pennetier, 15 août 2015, Saint-Philibert (Morbihan). — État civil.

Jocelyne George, Claude Pennetier

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