THIAM Magatte

Par Françoise Blum

Né le 28 mai 1935 à Ouakam (Banlieue de Dakar, Sénégal) ; Mathématicien ; Universitaire ; Chercheur ; Syndicaliste ; Ministre ; Mouvement des Étudiants du Parti Africain de I’indépendance (MEPAI) ;Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) ;Parti Africain de l’Indépendance (PAI) ; Parti de l’Indépendance et du Travail (PIT) ; Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (SUDES).

Magatte Thiam a été un de ces excellents élèves et étudiants, formé à Dakar et Paris, et parfaitement bi-culturel. Il a poursuivi une double carrière universitaire et politico-syndicale. L’appartenance jamais démentie à l’opposition ne l’empêchera pas d’occuper un poste ministériel sous la présidence d’Abdou Diouf.

Magatte Thiam est né le 28 mai 1935, à Ouakam, banlieue de Dakar. Son père est un ajusteur-mécanicien originaire du Saloum, qui a eu 6 enfants avec la mère de Magatte. Après ses études primaires, Magatte Thiam entre au lycée Van Vollenhoven de Dakar, alors un des deux lycées de l’AOF, où il restera jusqu’à sa réussite au baccalauréat-série Mathématiques. Il y a comme professeur le nigérien Abdou Moumouni , qui influence profondément ses élèves et les incite à aller en classe préparatoire. Magatte Thiam part donc en France en 1957 et y entre au lycée Louis-le-Grand, en maths sup. Il a pour correspondant un couple de communistes, Frédéric et Suzanne Rossat-Mignod qu’il a connu par l’intermédiaire d’Abdou Moumouni qui fut lui-même au Parti Communiste français(PCF). Ces correspondants l’initient à une vie culturelle (théâtre, musique etc) qui imprègne sa propre vie de famille et dans laquelle baigneront à leur tour ses enfants. Après son année de maths spe, Magatte Thiam passe les concours scientifiques et est reçu à Sup Telecom. Il se récuse car il vise l’école normale supérieure à laquelle il échoue néanmoins l’année suivante. Il continue alors ses études de mathématiques à la Sorbonne et obtient sa licence puis son DES de mathématiques, en 1961, année au cours de laquelle il entre au Parti Africain de l’Indépendance (PAI), parti marxiste fondé à Thiès en 1957. Il a attendu en effet d’avoir quitté des classes préparatoires, où l’on est écrasé de travail, pour militer. Cela ne l’empêche toutefois pas de se présenter à l’agrégation de mathématiques à laquelle il est bi-admissible, ce qui lui donne le CAPES (il a été 2e non reçu). Il bénéficie d’une de ces « bourses spéciales » destinées par le gouvernement français aux étudiants poursuivant des études d’excellence. Il milite aussi tout naturellement à l’Association des Étudiants Sénégalais en France(AESF) et à la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France (FEANF), où il rencontre d’ailleurs sa femme, la guadeloupéenne Anne Léonide, qui fait des études de secrétariat et tient celui du président d’alors de la FEANF, Amady Aly Dieng. Il loge avec elle à la Maison des étudiants d’Afrique de l’Ouest au 69 boulevard Poniatowski, qui est aussi un des hauts lieux de la FEANF. En France même, il a 3 enfants avec elle. Il baigne dans une atmosphère imprégnée par les idées progressistes venues du marxisme et des milieux chrétiens proches du Père Lebret. Il fréquente l’Université nouvelle de la rue de Rennes, dirigée par Luce Langevin. Il assiste aux semaines de la pensée marxiste, et lit beaucoup, comme tous ses camarades de la FEANF. En décembre 1962, il est élu président de la FEANF, poste qu’il doit entre autre à son appartenance au PAI – qui est alors majoritaire au Comité Exécutif– et qu’il occupera un an. Après son mandat, il continue à agir au sein de l’AESF, et à intervenir lors des conférences qui y sont organisées, telle celle où il porte la contradiction à René Dumont. Il est toujours membre d’un PAI qui s’est territorialisé à partir de son congrès de 1961 à Bamako, et structuré en groupes nationaux. Quand sa bourse prend fin, il enseigne au lycée Rodin, où il a d’excellents contacts avec ses élèves, puis au lycée Delacroix de Drancy. Il se décide à rentrer au Sénégal en septembre 1966, soucieux des persécutions subies sur le sol sénégalais par les membres du PAI. Il a le sentiment que le parti a besoin de lui. En 1966-67 il est affecté comme enseignant à l’École Normale Supérieure (ENS) puis, à partir de 67, il enseigne en faculté, ce qu’il fera jusqu’en 1976, date de création du Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (SUDES) (13 mai). Il reprend cet enseignement en 1980-1981 - avec un bref intermède en 1993-1995, alors qu’il est Ministre -, et cette fois jusqu’à sa retraite en 2003. Les cadres du SUDES sont parfois membres du PAI, comme Magatte Thiam, mais souvent aussi libres de toute attache partisane, même si c’est le PAI qui en a sans doute impulsé la création. Magatte Thiam, s’il abandonne son enseignement à l’université, continue, parallèlement à ses activités militantes, son métier de chercheur à l’Institut de recherche pour l’enseignement des mathématiques de la physique et de la technologie (IREMPT) qu’il a intégré à sa création en 1974. En 1979, Magatte Thiam obtient, sous la direction de Sakhir Thiam, ancien étudiant de Dauphine, sa thèse de 3e cycle. Il a également été reçu à l’agrégation. Toujours en 1979, il organise avec le SUDES des états-généraux de l’éducation qui sont comme un prélude aux états-généraux de l’éducation et de la formation, grandes assises nationales de 1981, qui fixent une ligne en matière d’éducation. Du côté du PAI, la situation a subi moult évolutions. Une première scission est intervenue en 1972, avec le départ de ceux qui, autour d’Abdoulaye Bathily, fonderont la Ligue Démocratique. Lorsque le gouvernement sénégalais décide de légaliser quatre partis politiques dont chacun représenterait une tendance, il fait appel à Majhemout Diop, qui revient alors d’exil, pour qu’il représente avec le PAI, la tendance marxiste. Les membres restés actifs en terrain sénégalais, dirigés par Seydou Cissokho dénient à Majhemout Diop toute légitimité à les représenter. Le PAI de Seydou Cissokho décide de sortir alors de la clandestinité et de mener la vie d’un parti légal (1975). Après l’arrivée d’Abdou Diouf à la Présidence, et la libéralisation qui s’en suit, un Comité Central extraordinaire change le nom du parti de PAI en PIT, dont Seydou Cissokho est encore secrétaire général. En 1993, c’est au titre d’un PIT membre de la ligue du grand rassemblement qui regroupe divers partis d’opposition que Magatte Thiam devient Ministre de l’intégration économique, poste qu’il occupe jusqu’en septembre 1995. Abdou Diouf se sépare alors de ses ministres membres du PIT, Amath Dansokho et Magatte Thiam. Magatte Thiam, quant à lui, retourne à l’université et, un peu plus tard, à l’IREMPT. En 2010, il succède à Amath Dansokho au secrétariat général du PIT.

Magatte Thiam a eu 5 enfants avec Anne Léonide, décédée en 2008.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article170688, notice THIAM Magatte par Françoise Blum, version mise en ligne le 16 février 2015, dernière modification le 18 juin 2015.

Par Françoise Blum

SOURCES : Entretien avec Magatte Thiam, Dakar, janvier 2015

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