LY Boubakar (Boubacar)

Par Françoise Blum

Né le 7 juin 1936 à Dakar (Sénégal) ; Sociologue ; Enseignant du supérieur ; Directeur du département de sociologie ; Chargé de recherche au secrétariat d’Etat à la recherche scientifique et technique ; Association des Étudiants Sénégalais en France (AESF) ; Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France (FEANF) ; Parti Africain de I’Indépendance (PAI) ; Mouvement des Étudiants du Parti Africain de l’Indépendance (MEPAI) ; Syndicat des Enseignants Sénégalais (SES) ; Amicale des professeurs africains de l’enseignement.

Boubakar [1] Ly a été un militant étudiant très engagé. Après ses études en France et son retour au Sénégal, il s’investit tout particulièrement dans un combat d’ordre intellectuel, pour la défense d’une discipline, la sociologie, jugée subversive par le pouvoir. Il est resté un intellectuel critique, en ce sens fidèle à ses engagements initiaux.

Boubacar Ly est né le 7 juin 1936 à Dakar. Sa famille est originaire du Fouta. Il fait son école primaire au « Petit lycée » devenu depuis l’École Amadou Assane Ndoye et, après l’obtention du Certificat d’études, ses classes secondaires au lycée Van Vollenhoven, un des deux lycées de l’Afrique Occidentale Française (AOF). Il est envoyé en France pour faire une première au lycée Marcelin Berthelot de Saint-Maur, où a d’ailleurs enseigné Léopold Sédar Senghor. Il y arrive en septembre 1955 mais va redoubler suite à des problèmes de santé et une longue hospitalisation. Il obtient son baccalauréat en 1958 et s’inscrit ensuite en philosophie à la Sorbonne. Il connait le mouvement étudiant et assiste aux congrès de la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France (FEANF), baignant dans l’atmosphère électrique et contestatrice d’alors. Pendant les vacances scolaires, il loge au 69 boulevard Poniatowski, dans un immeuble qui appartient, en co-propriété, aux différents territoires de l’AOF et qui est aussi un des hauts lieux de la FEANF. Après l’internat du lycée, il se retrouve – après un bref intermède à Fontaine-Michalon – à la résidence universitaire Jean Zay d’Antony où il se souvient avoir sympathisé avec des militants proches du PSU. Il se souvient également qu’en 1958, lors des évènements d’Alger, ses camarades et lui étaient « prêts à mourir pour défendre la démocratie en France ». Après avoir entendu l’appel de Michel Debré à la radio, ils se se sont regroupés à l’appel du Parti Communiste Français (PCF) devant la mairie d’Antony, dans le but d’aller à Orly par tous « les moyens, à pied, à cheval », pour « empêcher le débarquement des parachutistes ». En 1959, il entre au bureau de l’Association des Étudiants Sénégalais en France (AESF) comme secrétaire aux affaires culturelles. Le vice-président en est alors Abdou Diouf, futur président du Sénégal. En 1960, c’est au bureau de la FEANF qu’il est élu comme secrétaire général adjoint. Il en devient bientôt secrétaire général, après le départ pour le Sénégal du secrétaire en titre Habib Thiam. Il se souvient en particulier des actions menées au moment de l’assassinat de Patrice Lumumba. Depuis le lycée, il est également membre du Parti Africain de l’indépendance (PAI), où il a été parrainé par Fara Ndiaye, qui sera plus tard un des fondateurs du Parti Démocratique Sénégalais (PDS), le parti d’opposition du futur président de la République Abdoulaye Wade. Il est membre du secrétariat exécutif et politique de France, chargé de la formation politique. Mais, contrairement à un certain nombre de ses camarades, il n’a jamais adhéré au Parti Communiste Français. Il considère que le PCF, malgré le soutien apporté, sous-estimait les luttes des étudiants africains, et les considérait de surcroît comme des intellectuels petits bourgeois. En 1961-1962, il est président de l’AESF, dont il est chargé d’assurer le redressement. Parallèlement, il poursuit des études en Sorbonne où il fait un an de propédeutique. Après un essai en droit qui ne lui plait pas, il s’inscrit en sociologie, discipline alors tout nouvellement autonomisée en Sorbonne – la licence de sociologie est créée en 1958 alors que la sociologie était jusque là intégrée à la philosophie. Il a pour enseignant Georges Gurvitch et Raymond Aron. Pour le certificat de psychologie sociale, il suit les cours de Jean Stoetzel. Pour celui d’ethnologie, ceux d’André Leroi-Gourhan, de Roger Bastide – qui l’impressionnent durablement – et ceux d’Hubert Deschamps, qui irrite profondément les étudiants africains par leur côté méprisant. Il obtient sa licence de sociologie en 1962 et, en 1964 son DES de philosophie. A l’âge de trente ans, en 1967, il soutient sa thèse de doctorat qui porte sur « l’honneur et les valeurs morales dans les sociétés wolof et toucouleur du Sénégal ». Il a eu pour directeur Georges Balandier, qui l’initie véritablement à la recherche.

Il rentre à Dakar en octobre 1967. Il a un poste d’assistant en sociologie – il est le premier Africain dans ce cas -, auprès de Louis-Vincent Thomas et de Jacques Lombards. Mais viennent les évènements de 1968. Il est arrêté, lors de la grande rafle à la Bourse du travail en tant que militant syndicaliste du Syndicat des enseignants sénégalais (SES), au sein duquel il est un des responsables pour le supérieur. Il passe une dizaine de jours en prison, à Thiès puis Dakar. Ses collègues réussissent à le faire sortir assez vite en prétendant qu’il effectuait une enquête sociologique. Il est également membre de l’Amicale des professeurs africains de l’enseignement, alors même que, dès 67-68, il a quitté le PAI et s’est consacré à l’engagement syndical. Après 1968, le département de sociologie est supprimé par l’État, qui le juge trop subversif. Boubakar Ly se retrouve au département de philosophie – qui avait également été fermé mais réouvert rapidement -, où il enseigne toujours la sociologie, de même que dans tous les départements et instituts où il était possible de le faire afin de « maintenir la présence de la sociologie ». Outre à l’université, il a ainsi continué à enseigner la sociologie et l’anthropologie à l’École Nationale d’Économie appliquée (ENEA), au Centre d’Études des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI), à l’ École de Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes de Dakar (EBAD), etc. En 1971, il est maître-assistant au département de philosophie. En 1975, il est élu chef de département de philosophie jusqu’en 1978 puis il est chargé de recherches sur les sciences sociales au secrétariat d’Etat à la recherche scientifique et technique. En 1992, une section de sociologie est rouverte au département de philosophie et en 1994, 24 ans après sa fermeture, est recréé le département de sociologie. Boubakar Ly voit ainsi aboutir le combat qu’il n’a eu de cesse de mener, malgré de très fortes oppositions. Il avait, pour maintenir la sociologie à Dakar, refusé un poste en sociologie qui lui était proposé par Louis-Vincent Thomas au Cameroun. Il dirige donc le département de sociologie rouvert de 2000 à 2002. Il soutient en 2001 sa thèse de doctorat d’Etat intitulée : « Les évolués de la période coloniale : le cas des instituteurs sénégalais ». C’est aussi en 2001 qu’il prend sa retraite mais il est maintenu par contrat à l’université jusqu’en 2012.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article170686, notice LY Boubakar (Boubacar) par Françoise Blum, version mise en ligne le 16 février 2015, dernière modification le 18 juin 2015.

Par Françoise Blum

ŒUVRES : Boubacar Ly, Les instituteurs au Sénégal de 1903 à 1945, 6 volumes, Paris, L’Harmattan, 2009

SOURCES : "Avant-propos : témoignage du professeur Boubacar Ly" in : Monique Hirschhorn et Moustapha Tamba (Dir.), La sociologie francophone en Afrique : état des lieux et enjeux, Paris, Karthala, 2010, pp. 7-12 ; Moustapha Tamba, Sociologie au Sénégal, Paris, L’Harmattan, 2014, 215 p. ; Entretien avec Boubakar Ly, Dakar, janvier 2015

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