OUEDRAOGO Dragoss

Par Françoise Blum

Né le 4 Octobre 1953 à Bobo-Dioulasso (Haute-Volta) ; Cinéaste documentariste ; enseignant en université ; Membre de l’association des étudiants voltaïques en France (AEVF) ; Membre de la section de la Fédération des étudiants d’Afrique noire de Strasbourg (FEANF-Strasbourg) puis de celle de Bordeaux ; Président de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) FEANF – section de Bordeaux ; Co-fondateur du mouvement burkinabé des droits de l’homme ; Co-fondateur du Collectif Norbert Zongo.

Dragoss Ouedraogo est né le 4 octobre 1953 à Bobo-Dioulasso en Haute-Volta (devenue Burkina-Faso en 1984). Ses parents sont originaires du pays mossi. Son père est un ancien tirailleur sénégalais qui vit de sa pension. Il est musulman, a deux femmes et 16 enfants. La famille vit dans un quartier populaire de Bobo, un quartier d’artistes, dans une ville plutôt cosmopolite où la vie culturelle et associative est très développée. Dragoss est très tôt passionné par la lecture. Il emprunte les livres au centre culturel français, bibliothèque verte, bibliothèque rose, dont les Oui-Oui dont il se souvient avec plaisir. Au même CCF, on trouve aussi des journaux : le Figaro, Le Monde, l’Express, dont la lecture peut être complétée par l’écoute de RFI. Il acquière un goût précoce et prononcé pour le cinéma : Bobo-Dioulasso a alors 4 salles - Eden, Rex, Rio et Normandie, qui sont de grandes salles ouvertes et projettent des westerns, des films de gladiateurs, des « films hindous ». Les gamins de Bobo, parmi lesquels Dragoss regardent ces films du haut des arbres qui surplombent les salles, ce qui leur vaut parfois quelques problèmes avec la police. Une fois au lycée, il est associé par un professeur coopérant français, Monsieur Juillet, à la préparation des séances du ciné-club, en collaboration avec le centre culturel français. Les séances ont lieu dans la cour du lycée, tous les vendredis et on passe des films comme les 400 coups de Truffaut, ou des comédies avec Fernandel. Dragoss Ouedraogo acquière ainsi une culture cinématographique tout en confortant une passion naissante, dont il fera un métier. Ses études sont financées par des bourses, alors distribuées avec générosité. Il est logé à l’internat du lycée et nourri. Il réussit son bac Economie (série B) – il y a alors 30% de réussite à l’examen- et reçoit une bourse de l’État pour continuer ses études. On lui propose d’aller à l’Institut de cinéma de Sofia, en Bulgarie, mais l’idée de devoir suivre deux ans de cours de bulgare, et de se retrouver isolé, le retient. Il part en France, à Strasbourg, pour suivre un cursus à l’école de journalisme. A Strasbourg, il participe aux activités de l’AEVF (Association des étudiants voltaïques en France), membre de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF). Mais la section n’est pas très dynamique, contrairement à celle de Bordeaux où il va aller continuer ses études à partir de 1975. A Bordeaux, les sections de la FEANF des diverses nationalités sont bien représentées. On rencontre aussi aux réunions de la FEANF des éthiopiens et érythréens. Les échanges et relations avec les groupes d’étudiants martiniquais, guadeloupéens et guyanais sont intenses. Les étudiants de Djibouti, qui n’ont pas d’association propre se joignent à la FEANF. Tout le monde se retrouve au sein de l’alliance anti-impérialiste qui organise chaque année autour du 21 février la semaine anti-impérialiste. Les meetings sont nombreux et toujours commencés avec la lecture de très nombreux messages de soutien. La FEANF a des rapports très proches avec les maoïstes français, et plus accessoirement avec les trostskystes de la Ligue communiste révolutionnaire. La section est dotée d’une bibliothèque dont les livres sont achetés avec des crédits du CROUS ou de l’OCAU (Office de coopération et d’accueil universitaire). Les heurts avec l’OCAU sont assez nombreux mais d’une manière générale, les étudiants réussissent à obtenir un certain nombre de choses à force de revendications –financement de voyages vacances, crédits bibliothèques, logements des non-boursiers- La solidarité entre étudiants est très développée. Dragoss Ouedraogo, après avoir vécu sur le campus de Talence en cité universitaire, partage un appartement qu’on nomme le « Kolkhose » qui sert d’abri provisoire aux non-boursiers et où les plus désargentés peuvent profiter des repas. Il y a une caisse de solidarité. La FEANF est par ailleurs une excellente école de formation. Des commissions travaillent sur les problèmes du monde, préparent les rapports pour les congrès. Cela donne des connaissances et une aisance qui se retrouve au niveau universitaire. Entre autres activités, la section de la FEANF organise une coupe « anti-impérialiste », des expositions où chacun prête un objet d’art ou artisanat africain et surtout les Nuits de l’Afrique, pour lesquelles Dragoss Ouedraogo a parfois écrit des pièces de théâtre, telle L’insoumise sur la condition féminine. Il participe aussi à la commission des relations avec les travailleurs immigrés qui, conjointement avec le CERAN (comité d’entraide des ressortissants d’Afrique noire, dans lequel se retrouvaient les travailleurs immigrés africains résidant à Bordeaux), organise des cours d’alphabétisation et l’aide aux démarches administratives. Ouedraogo passe ses week-ends dans les familles pour faire l’écrivain public. Il écrit et lit les lettres. Son activisme militant le conduit à prendre la direction de la section FEANF de Bordeaux, qu’il assumera jusqu’à la dissolution, en 1980, de la FEANF et même au-delà puisque les sections les plus actives, telle celle de Bordeaux continueront des activités – malgré des conditions qui ne sont plus guère propices – quelques années après la dissolution.
Dragoss Ouedraogo a continué son cursus universitaire. Il obtient en 1988 une thèse de 3e cycle dont le sujet est : « L’émergence de l’industrie nationale du cinéma en Afrique de l’ouest francophone. Les cas du Burkina Faso et du Mali. ». Après sa licence, il n’a plus de bourse et doit assumer les frais inhérents à la poursuite de ses études en faisant des petits boulots. Dès sa licence d’arts et spectacle cinéma, il est assistant réalisateur. En 1992, il réalise son premier film : « L’amour maternel » et ne cessera plus de tourner. Il a également, à partir de 1992, une charge de cours en anthropologie visuelle à l’université de Bordeaux, discipline qu’il y a d’ailleurs introduite.
Il reconvertit le capital militant acquis au sein de la FEANF dans la défense des droits de l’homme au Burkina. Il est co-fondateur en 1994 de la section de France du Mouvement des droits de l’homme burkinabé. Il participe également à la fondation du Collectif Norbert Zongo, après l’assassinat de ce journaliste qui enquêtait sur la mort du chauffeur de François Compaoré , frère cadet du président Blaise Compaoré.

Dragoss Ouedraogo est resté en France pour des raisons sans doute inhérentes à ce type de trajectoire – études prolongées en France etc -. Il est marié à une Française, travailleuse sociale, avec qui il a deux filles, et vit toujours dans ce Bordeaux qui a été le lieu de ses investissements scolaires et militants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article170663, notice OUEDRAOGO Dragoss par Françoise Blum, version mise en ligne le 15 février 2015, dernière modification le 18 juin 2015.

Par Françoise Blum

OEUVRES : Den Baya (L’Amour maternel) fiction, 28 min, Burkina Faso, 1992 ; L’École de Femberla , Documentaire,13 min, Burkina Faso, 1993 ; Piballes et Sociétés, Documentaire, 13 min, Département des Landes (France), 1994. ; Ils ne peuvent pas nous voler le soleil , Fiction, 26 min, co-réalisation, Martinique, 1996. ;Paroles contre l’oubli, Documentaire, 26 min, Burkina Faso, 2001. ; Plaidoyer pour la mixité professionnelle, Documentaire, 26 min, Département Dordogne (France), ;2003 ;Taïba de Bruges Documentaire, 13 min, Bordeaux, France, 2003 ;Tle Wili (Soleil levant) Documentaire, 80 min, Burkina Faso, 80 min, 2003 ; Martyrs oubliés - Tirailleurs en campagne Documentaire-fiction, 51 min, France, 2005 ; Kebayna des femmes du Burkina Documentaire, 10 min, Burkina Faso, 2009 ;.
Un caillou sur le terrain documentaire 58 mn, 2013 ; L’or du Faso, documentaire co-réalisé avce Lila Chouli, 1H16 mn

SOURCES : Entretien avec Dragoss Ouedraogo, le 4 novembre 2014

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