Né le 27 décembre 1942 à Dionewar (Sénégal) ; Enseignant ; Formateur ; Historien ; Union des Étudiants Sénégalais (UDES) ; Association musulmane des Étudiants de Dakar ; Parti Africain de l’Indépendance (PAI) ; Syndicat des Enseignants du Sénégal (SES) ; Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (SUDES) ; Association des travailleurs sénégalais (France).

Cheikh Faty Faye est né « officiellement » [1] le 27 décembre 1942 à Dionewar, village des îles du Saloum, dans une famille très pauvre. Son père est pêcheur et a eu avec sa mère, morte alors qu’il avait un an, 3 filles et un garçon. Cheikh Faty est le plus jeune de la fratrie. En 1948, il fait partie de la première promotion d’élèves par « cotisation » - terme qui désigne le quota obligatoire que chaque famille devait envoyer à l’école. Il fait donc son cursus primaire au village où l’école a été construite en 1947-1948, pour ensuite, entrer en 6e au collège technique de Saint-Louis, où il est boursier et interne. Dès l’obtention de sa bourse, il commence à aider financièrement sa famille, en assurant par exemple l’achat du ciment pour construire une maison à Dionewar. Il reste à Saint-Louis jusqu’à la classe de 3e malgré une scolarité perturbée par des problèmes oculaires qui le suivront tout-au-long de sa carrière et qui l’obligent alors à passer 6 mois à l’hôpital Le Dantec de Dakar. Après la 3e, il poursuit ses études au lycée professionnel Maurice Delafosse de Dakar, réussit un bac économie et s’inscrit à l’université en histoire, en octobre 1964. Il y a comme enseignants Serge Lonis, Serge Robert, Denise Bouche etc... A l’université, il exerce aussi des responsabilités syndicales et associatives. Il est membre du CA de l’Union Des Étudiants Sénégalais(UDES), le syndicat qui va appeler à la grève générale en mai 1968 et a des responsabilités à l’Association Musulmane des Étudiants de Dakar (AMEA) dont il devient président après en avoir été secrétaire général et vice-président. Il est alors proche du Parti Africain de l’Indépendance (PAI) clandestin. Le PAI, parti marxiste a été fondé à Thiès en 1957 et interdit, après sa contestation des résultats proclamés des élections municipales de juillet 1960. Cheikh Faty Faye en devient membre, à son départ de l’université, en 1969, toujours dans la clandestinité. Il obtient alors un poste d’enseignant au lycée Charles De Gaulle de Saint-Louis mais est bientôt muté au lycée Gaston Berger de Kaolack pour des raisons politiques inavouées. A Kaolack, il anime avec entre autres deux autres collègues une cellule clandestine du PAI. On les appelle le groupe « PDS », alors même que le parti du même nom n’existe pas encore : P pour Peulh comme Amadou Gando Souaré, qui sera plus tard Inspecteur d’académie, D pour Diola comme Youba Sambou qui sera Ministre des forces armées et S pour Sérère comme Cheikh Faty Faye, dont le véhicule est surnommée la « voiture du peuple ». Il exerce aussi des responsabilités au Syndicat des Enseignants Sénégalais (SES). Après la dissolution de celui-ci, il est délégué à la création du Syndicat Unitaire des Enseignants Sénégalais (SUDES) (20 avril 1976) et entre au bureau national de ce syndicat unitaire de l’enseignement, marqué très à gauche. Le PAI est d’ailleurs à l’origine de la création du SUDES, où il a d’abord la responsabilité de l’élaboration des revendications dans l’enseignement secondaire, puis, quand lui-même intègre l’université, des revendications de l’enseignement supérieur. Il reste à Kaolack jusqu’en 1979 pour être encore une fois muté, toujours pour raisons politiques au lycée de jeunes filles J.F Kennedy de Dakar (1979-1981). Il demande alors l’Ecole normale supérieure (ENS), qui deviendra l’actuelle FASTEF (Faculté des sciences et technologies de l’éducation et de la formation). Il y est effectivement recruté, après un premier refus du Ministère de l’éducation nationale, grâce au soutien du directeur d’alors de l’école, Iba Der Thiam. Entre temps (1970), il avait terminé une licence qu’il n’avait pas encore achevée à son départ de l’université puis une maîtrise consacrée à « L’opinion publique dakaroise (1940-1944) ». Il obtient aussi, toujours avec l’aide d’Iba Der Thiam une bourse pour la France. Il y est inscrit à l’université Paris 7 où il fait un DEA puis une thèse, soutenue en 1991, sur « Les enjeux politiques à Dakar (1945-1960) », sous la direction de Catherine Coquery-Vidrovitch. En France, il milite dans les associations de travailleurs immigrés : une association de ressortissants des iles du Saloum et l’Association des travailleurs sénégalais en France, en particulier avec des actions d’alphabétisation.
Rentré au Sénégal, il enseigne toujours à l’ENS, où il dirige le département d’histoire et de géographie et est délégué du personnel, mais aussi à l’université de Dakar, de même qu’à l’Institut mariste d’enseignement supérieur (religieux et privé) et à l’École Nationale d’Administration (ENA). Il dispense pendant plusieurs années des cours et encadre des stages à l’École Nationale des Sous-officiers d’active (ENSOA). Il prend sa retraite en 2008. Entre temps le PAI, sous la conduite de Seydou Cissokho, est devenu le Parti de l’Indépendance et du Travail (PIT), parti légal qui a des représentants à l’Assemblée nationale et au gouvernement. Mais Cheikh Faty Faye, s’il continue à militer au SUDES et à y avoir des responsabilités, reconvertit ses activités politiques dans le domaine social, dans des associations de quartiers et dans des projets éducatifs, comme ceux de la mise en place de trois lycées et quatre collège dans les îles du Saloum, auxquels les populations locales ont été étroitement associées, et dont un système de cotisations a permis la construction. Il préside la coopérative des personnels de l’enseignement supérieur, une Commission universitaire du 3eme âge, est secrétaire général de la commission sénégalaise d’histoire militaire. Secrétaire général du Comité national préparatoire du cinquantenaire du PAI, qui regroupe d’anciens militants, il s’est donné pour objectif de garder la mémoire des objectifs du Manifeste fondateur du part (Thiès, 15 septembre 1957). Il a été aussi vice-président puis président du Comité d’organisation de la journée mondiale des enseignants, célébrée tous les ans par les syndicats enseignants et les associations de parents d’élèves. Récemment, après la remise officielle par François Hollande de documents concernant le massacre Thiaroye, le Président Macky Sall a confié au Professeur Iba der Thiam le soin de mettre en place une commission de travail à laquelle appartiennent entre autres le professeur Ibrahima Thioub, l’archiviste Saliou M’Baye, Fatoumata Cissé Diarra (directrice des archives nationales du Sénégal), le colonel Gueye directeur du Musée des forces armées, et Cheikh Faty Faye, qui s’était depuis longtemps intéressé au massacre et lui avait consacré articles et interventions, et même la publication d’ une pièce de théâtre, Aube de sang, consacré aux évènements de Thiaroye.
Cheikh Faty Faye a six enfants avec Fatou Thior, originaire du même village que lui, et deux enfants avec Bineta Sarr épousée après son divorce avec Fatou Dior.

Bibliographie : Cheikh Faty Faye, Les enjeux politiques à Dakar, 1945-1960 : ville d’espoir, Paris ; Montréal ; Budapest , l’Harmattan, 2000, 395 p. ;
La vie sociale à Dakar (1945-1960), L’Harmattan, 2000, 326 p. ;
Aube de sang, L’Harmattan, 2005, 86 p.

Très nombreux articles

SOURCES : Entretiens avec Cheikh Faty Faye , Dakar, janvier 2015

Françoise Blum

[1En l’absence d’État civil, les dates de naissance sont incertaines

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