BOCQUET Louis, François, Gilbert

Par Loïc Le Bars, Alain Dalançon

Né le 9 juin 1924 à Annemasse (Haute-Savoie) ; professeur de physique ; militant au SNES ; responsable national de l’École émancipée dans la FEN de 1959 à 1963 ; directeur-gérant de L’École émancipée de 1963 à 1972 ; représentant sa tendance à la commission administrative de la FEN de 1959 à 1962 et à la CA du SNES de 1962 à 1970 ; secrétaire départemental de la section FEN des Côtes-du-Nord de 1957 à 1961 ; secrétaire de la section départementale (S2) des Côtes-du-Nord du SNES de 1966 à 1972 ; militant du PSA puis du PSU de 1958 à 1971.

Son père, facteur-receveur des PTT, était de sensibilité radicale-socialiste et sa mère, institutrice syndiquée au SNI, fut déplacée d’office pendant la Deuxième Guerre mondiale par le gouvernement de Vichy. L’une de ses tantes, elle aussi institutrice, était abonnée à L’École émancipée, essentiellement pour sa partie scolaire. Ce fut par son intermédiaire que le jeune Louis Bocquet connut la revue dont il devait devenir plus tard le directeur-gérant pendant près de dix ans. Après avoir poursuivi ses études secondaires au collège de Bonneville et au lycée d’Annecy (Haute-Savoie), il vint à Paris en 1943 pour commencer des études de physique. L’année suivante, il obtint un poste de répétiteur au lycée de Chartres (Eure-et-Loir). Mais, après l’arrestation de quelques élèves-instituteurs avec qui il était en relation, Bocquet retourna en Savoie où il rejoignit, en juin 1944, l’Armée secrète intégrée dans les FFI. Trouvant cette organisation un peu trop « militarisée » à son goût, il participa à la création d’un groupe des FTP qu’il devait quitter après la Libération, en septembre.

Louis Bocquet, tout en reprenant ses études à la Sorbonne, fut nommé maître d’internat successivement au lycée de Blois (Loir-et-Cher), au collège de Provins (Seine-et-Marne) et enfin, en octobre 1945, au lycée Michelet à Vanves. Syndiqué au Syndicat national de l’enseignement secondaire, il rejoignit "les amis de l’École émancipée" au contact de Charles Cordier, maître d’internat dans cet établissement qui le mit en relation avec Marcel Pennetier. En 1947, il participa en tant que secrétaire du S1 du SNES à la grève des enseignants de la Seine. Il organisa avec Cordier des Journées fédérales de la jeunesse au lycée Michelet durant trois jours pendant les vacances de Noël 1948. 250 jeunes participèrent à ces journées qui lui donnèrent l’occasion de dénoncer les tentatives de débauchages des cégétistes. De 1948 à 1950, il fut responsable de la sous-commission des surveillants et des maîtres d’internat de la FEN et de son journal, La Jeunesse syndicaliste. Après avoir obtenu sa licence de physique-chimie en 1949, il devint délégué rectoral préparateur dans ces deux disciplines au collège Turgot à Paris. En 1950, il fut nommé maître auxiliaire à l’École normale d’instituteurs de Savenay (Loire-Atlantique) après avoir refusé un poste à Alger. Il devint l’année suivante stagiaire d’enseignement au lycée Janson de Sailly puis, en octobre 1952, au collège de filles de Laval. Reçu au CAPES de physique en 1953, il fut nommé au lycée de Guingamp, la localité où, le 15 juillet 1950, il avait épousé une jeune institutrice, elle aussi militante de l’École émancipée. Il s’attacha rapidement à cette région du Trégor solidement ancrée à gauche et dont la population avait compris tout le bénéfice qu’elle pouvait tirer d’un développement de la scolarisation de sa jeunesse. Il resta donc dans cet établissement jusqu’en 1983, date à laquelle il prit sa retraite.

Après la création du SNES (classique et moderne) en 1949, Bocquet fut élu à la commission administrative nationale en 1950 sur la liste A. Il fut de nouveau candidat aux élections sur la liste D (École émancipée, conduite par Robert Chéramy et Louis-Paul Letonturier, en 1952 et 1953, puis sur la liste A en 1955 après le nouveau ralliement de sa tendance à la direction autonome. Bocquet devint rapidement l’un des principaux animateurs du groupe de l’École émancipée des Côtes-du-Nord et c’est à ce titre qu’il fut appelé, avec l’appui des autonomes persuadés qu’il saurait tenir tête aux ex-cégétistes, au secrétariat de la section FEN de ce département en 1957. A cette époque, il se lia d’amitié avec Yves Thomas, l’un de ses camarades de l’École émancipée et à cette époque directeur de l’école de Gommenec’h, qui le mit en contact avec Antoine Mazier, député-maire de Saint-Brieuc. Celui-ci parvint à les convaincre en 1958 de rejoindre le Parti socialiste autonome dont il était l’un des membres fondateurs. Bocquet milita dans cette organisation puis dans le Parti socialiste unifié qui lui succéda sans jamais y exercer de responsabilités importantes.

En 1959, Louis Bocquet fut chargé de représenter l’École émancipée la CA nationale de la FEN. pour un mandat de deux ans. La même année, ses camarades lui confièrent la responsabilité nationale de leur tendance qu’il assuma jusqu’en 1963 date à laquelle il devint directeur-gérant de la revue. En 1964, il rejoignit, avec Yves Thomas, le groupe qui allait donner naissance en 1965 à l’Organisation communiste internationaliste et dont de nombreux militants intervenaient dans L’École émancipée. Mais, peu de temps après, il désapprouva la démission des deux élus de sa tendance, Thomas et Julien Desachy, du Bureau national du SNI, démission que le groupe trotskyste avait imposée pour protester contre la présence de représentants de la FEN dans les organismes qui, comme le Conseil économique et social, avaient pour mission « d’intégrer » les organisations syndicales à l’appareil d’État. Comme Thomas, Bocquet prit progressivement ses distances avec l’OCI qu’ils quittèrent définitivement en 1966. Depuis 1962, il représentait sa tendance à la CA nationale du SNES. Son mandat fut prolongé jusqu’en 1970. Sous son impulsion, l’influence de l’École émancipée dans le SNES de son département s’était considérablement renforcée. Dans L’École émancipée, il écrivit de nombreux articles sur les problèmes corporatifs où il défendit en particulier la nécessité d’une augmentation uniforme pour toutes les catégories de fonctionnaires. Secrétaire du S1 de son établissement, Bocquet s’employa aussi à faire de l’École émancipée dans sa région une force de proposition capable d’intervenir sur tous les aspects de la vie professionnelle des enseignants, et, avec le renfort des partis locaux de Rénovation syndicale, elle devint majoritaire dans le S2 du SNES des Côtes-du-Nord en 1966. Il fut alors élu secrétaire départemental du syndicat, responsabilité dont il eut la charge jusqu’en 1971, date à laquelle "Unité et action" avec qui les rapports furent souvent tendus dans ce département, reprit à l’École émancipée la direction du S2.

Les « événements » de mai-juin 1968 ne devaient pas améliorer ses relations avec les responsables départementaux du PCF et de la CGT. Bocquet fut l’un des principaux artisans de la mise en place de ce que certains à l’époque ont appelé le « soviet de Guingamp » qui, plus modestement, était en fait un comité central de grève à l’échelle du canton. Ce comité, dont les dirigeants cégétistes départementaux venus de Saint-Brieuc, avaient vainement tenté d’empêcher la constitution, regroupait des délégués des différents comités de grève de la région ainsi que des représentants de toutes les organisations syndicales. Installé à la mairie, il avait mis en place une cantine pour les grévistes, créé une caisse de solidarité en leur faveur et contrôlait en grande partie ce qui restait de l’activité de la ville.

La grève générale devait aussi être à l’origine du dénouement de la crise que connaissait l’École émancipée depuis plusieurs années. Un certain nombre de ses militants s’inquiétaient de plus en plus ouvertement de l’influence grandissante de l’OCI en son sein. Ils accusaient les dirigeants de cette organisation de vouloir imposer à tout prix leurs analyses et leurs mots d’ordre dans une tendance regroupant des enseignants aux engagements politiques très divers. Bocquet faisait partie de ceux qui désapprouvèrent l’occupation des locaux de la FEN par des militants de l’OCI protestant contre la consigne de reprise du travail donné par la direction fédérale. Cependant, en tant que gérant de L’École émancipée, il s’efforça d’éviter la rupture en continuant pendant un temps d’accueillir les articles de ces militants qui, de son point de vue, avaient beaucoup apporté à leur tendance. Mais il ne put accepter le dépôt par ces derniers d’une liste concurrente à celle de l’École émancipée « officielle » lors d’une élection qui eut lieu dans le SNI de la région parisienne au printemps 1969. Il refusa dès lors de publier leurs contributions dans la revue qu’il dirigeait. Il figura parmi les signataires de la déclaration, à laquelle s’associèrent tous les anciens secrétaires de la Fédération unitaire de l’enseignement encore en vie et les anciens responsables de la tendance, qui, publiée dans L’École émancipée du 28 juin 1969, officialisa la scission de la tendance syndicaliste révolutionnaire de la FEN.

En 1971, Louis Bocquet quitta le PSU qui, localement, n’offrait plus à ses yeux de réelles perspectives d’intervention. Il cessa de représenter l’École émancipée à la CA du SNES en 1970. En 1973, Desachy le remplaça en tant que directeur-gérant de L’École émancipée. L’évolution de l’École émancipée au début de ces années 1970 commença à l’inquiéter : « ouverte à tous les vents », suivant son expression, et subissant l’influence grandissante des militants de la Ligue communiste révolutionnaire qui y étaient entrés en masse après 1968, elle intervenait en tant que telle en dehors de la FEN sur toute une série de problèmes comme le nucléaire ou les comités de soldats, et négligeait l’intervention au sein des instances syndicales. Elle tendait à se transformer en autre chose qu’une tendance syndicale. Bocquet attribua à cette évolution qu’il s’efforçait de combattre la déliquescence progressive du groupe de l’École émancipée de son département et la perte d’influence qui en résultait. En 1977, il estima qu’une modification du règlement intérieur adoptée lors de la traditionnelle « semaine de l’EE » était statutairement du ressort du « collège », l’organe de direction désigné pour une année scolaire, et envoya une lettre de protestation que les responsables de la tendance refusèrent de publier dans son bulletin intérieur. Ce « premier cas de censure » l’incita à rompre avec un courant de pensée dont l’orientation n’avait d’après lui plus grand chose à voir avec celle qu’il avait contribué à impulser autrefois. Il cessa par la même occasion toute activité militante au sein du SNES auquel il continua cependant d’appartenir. Il accepta cependant de devenir responsable départemental des retraités du SNES de son département de 1985 à 1989. Il continua en revanche à militer dans la Ligue des Droits de l’Homme à laquelle il avait adhéré en 1973. Louis Bocquet, après avoir pris sa retraite en 1983 deux ans après avoir été intégré dans le corps des agrégés, resta fidèle à sa région d’adoption. En 1992, il choisit de rester à la FEN alors que ses ex-camarades de l’École émancipée participèrent à la création de la FSU. Mais en 1998, constatant l’absence d’une véritable vie syndicale dans la FEN, il quitta cette organisation.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16998, notice BOCQUET Louis, François, Gilbert par Loïc Le Bars, Alain Dalançon, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 28 novembre 2013.

Par Loïc Le Bars, Alain Dalançon

SOURCES : Arch. Nat., 581AP109. — Archives et documentation de l’IRSHES. — L’École émancipée, L’Enseignement public, L’Université syndicaliste. — Correspondance et entretien avec l’intéressé.

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