BOCQUET Cyprien

Par Alain Dalançon

Né le 22 janvier 1913 et mort en 1993 à Fâches-Thumesnil (Nord) ; professeur agrégé de mathématiques ; militant syndicaliste du SNES, secrétaire du S3 de Lille (Nord) (1961-1973), secrétaire national des retraités (1979-1987) ; maire de Fâches-Thumesnil (1945-1947) puis conseiller municipal (1977-1989).

Cyprien Bocquet
Cyprien Bocquet
congrès SNES 1973 (coll. IRHSES)

Son père, Victor Bocquet, né à Lille, était modeleur aux ateliers d’Hellemmes de la Compagnie des chemins de fer du Nord ; militant de la CGT, il participa à la grève des employés de chemin fer de 1920 et fut plus tard délégué du personnel. Sa mère, Léona Vilain, née en Belgique, était employée de maison avant son mariage. Cyprien Bocquet avait une sœur qui devint employée aux PTT. Il reçut une éducation religieuse catholique et fut enfant de chœur jusqu’à l’âge de quinze ans, comme beaucoup de ses camarades.

Cyprien Bocquet alla à l’école primaire Victor Hugo de sa commune natale de la banlieue sud-lilloise et obtint le certificat d’études primaires à onze ans, réussit le concours des bourses et entra en classe de sixième au lycée Faidherbe de Lille. Il fit toutes ses études secondaires dans cet établissement prestigieux, obtint le baccalauréat en 1931 et continua dans le même lycée en classe de mathématiques spéciales. Il fut admissible au concours de l’École polytechnique puis décida d’aller à la Faculté des Sciences de Lille où il obtint sa licence de mathématiques et fut reçu à l’agrégation en 1938.

Après une année où il fut appelé sous les drapeaux, Cyprien Bocquet fut nommé sur un poste de professeur en classe préparatoire à Saint-Cyr au lycée Poincaré de Nancy (Meurthe-et-Moselle) mais ne put le rejoindre car il dut répondre à l’ordre de mobilisation générale en septembre 1939. Il fut blessé en mai 1940 sur le front dans les Ardennes, fut soigné à l’hôpital de Sedan puis évacué à l’hôpital maritime de Rochefort (Charente-Inférieure), puis à Bordeaux (Gironde), enfin en Corrèze. Là il rencontra Marthe Geneste, fille de paysans propriétaires, électeurs communistes à la Libération, qu’il épousa en 1946 à Rosiers-de-Juillac (Corrèze), premier mariage uniquement civil dans la commune, ce qui fit scandale. Ils eurent trois enfants, deux filles et un garçon, tous baptisés mais qui ne firent pas leur communion. Tous devinrent enseignants.

En octobre 1940, Cyprien Bocquet fut nommé professeur en classe préparatoire à Saint-Cyr au lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand (Puy-de Dôme), puis à nouveau en 1942 sur son premier poste à Nancy. La classe de « corniche » ayant été supprimée au lycée Poincaré, il fut alors nommé à la rentrée scolaire 1943 au lycée Faidherbe de Lille, établissement où il allait ensuite accomplir toute sa carrière, ce qui lui permit de revenir résider dans sa commune natale. Nommé d’abord en classe de mathématiques élémentaires, il fut ensuite chargé en 1946 de la préparation au concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, enseignement qu’il dut interrompre à la suite d’une pleurésie. Rétabli, il fut nommé en classe de mathématiques supérieures, service qu’il conserva jusqu’à la fin de son activité professionnelle en 1974. Membre de la Société des agrégés jusque dans les années 1950, il fut toujours membre de l’association des professeurs de classes préparatoires scientifiques (UPS).

Cyprien Bocquet participa dès la Libération à la fondation du nouveau Syndicat national de l’enseignement secondaire affilié à la FGE-CGT. Il fut élu président de la section académique (S2) de Lille par un référendum (535 voix contre 1 à Godard et 27 abstentions) à la suite du 2e congrès du S2 de mars 1945 mais abandonna cette responsabilité au 3e congrès en juin de la même année, en raison de ses engagements dans la vie politique locale. Raoul Courtoux lui succéda alors.

Durant quarante ans, dans le département du Nord et l’académie de Lille, Cyprien Bocquet resta une figure de ce syndicat après ses mues successives de 1949 (SNES classique et moderne) et de 1966 (SNES classique, moderne, technique). Il fut responsable de la FEN-CGT dans le Nord de 1948 à 1953 - mais ne prit plus sa carte confédérale après le congrès de 1953 - et fut plusieurs fois candidat à la commission administrative nationale du SNES sur la liste « cégétiste » dès 1949, puis sur la liste « B » (qui devint « Unité et Action ») entre 1950 et 1967. Il ne fut élu suppléant qu’en 1966 puis titulaire en 1967 lors des premières élections au collège unique du nouveau SNES (classique, moderne, technique). Il demeura ensuite membre de la CA nationale au titre d’ « Unité et Action » jusqu’en 1987, c’est-à-dire, au-delà de sa prise de retraite professionnelle en 1974. Il représenta en effet les retraités et fut élu secrétaire de la catégorie de 1979 à 1987, en remplacement de Philippe Rabier. Il resta ensuite président d’honneur du Groupement des retraités de l’enseignement secondaire.

Cyprien Bocquet fut aussi et surtout secrétaire de la section départementale (S2) du Nord et secrétaire adjoint (1959) de la section académique (S3) du SNES (classique et moderne). Il fut d’abord chargé de la commission pédagogique, puis fut élu secrétaire général, de 1961 à 1966, à la suite de la démission de Fernand Matton de ce poste pour raisons familiales. Il était alors à la tête d’une équipe rassemblant des militants figurant pourtant sur des listes opposées aux élections à la CA nationale (de la tendance « B » tels André Dubus et René Bacquaert et de la tendance « A » des « autonomes » tels Marie-Joseph Moeglin et Fernand Matton, à une époque où il n’y avait pas d’élections organisées dans les S1 pour désigner les membres de la CA académique.

Après la fusion entre le SNES et le SNET en mars 1966, les nouveaux statuts du SNES (classique, moderne, technique) firent obligation d’élire les membres des CA académiques sur listes soumises aux suffrages des syndiqués. Les responsables du S3 de l’ancien SNES avec la plupart des membres de l’ancienne CA académique et des responsables académiques de l’ancien SNET (René Delvallée, Gilliers, Joseph Hennebelle, Théo Haddad) décidèrent donc de constituer une « Liste d’Union pour la gestion du S3 de Lille », groupant des syndiqués se réclamant des tendances Autonomes, B-UASE du SNES et du SNET et D (École émancipée) du SNES, à laquelle s’opposa une liste « pour l’Autonomie syndicale » formée à l’initiative de militants autonomes de l’ex-SNET, défendant l’orientation définie et mise en œuvre par le nouveau secrétariat général du SNES élu en juin 1966 (Louis Astre et André Mondot).

Le contrat de la liste d’Union reposait sur deux axes :

- la défense de la souveraineté du SNES dans la FEN, conformément aux statuts fédéraux de 1948, et de l’indépendance du S3 de Lille par rapport au S4 du SNES ;

- la défense du second degré (de son unité sans coupure entre premier et second cycle, du latin en 6e, de l’enseignement technique long et du développement des lycées).

Elle l’emporta largement aux élections de janvier 1967 (71,1 % des suffrages exprimés contre 27,9 %, alors que les blancs et nuls ne représentaient que 6,05 % et que le taux de participation était très élevé : 90,27 %). Son succès ne fut jamais être démenti par la suite.

Cyprien Bocquet demeura ensuite secrétaire du S3 de Lille jusqu’en 1973. Il passa alors le témoin du secrétariat général du S3 à André Dubus, qui travaillait à ses côtés depuis de nombreuses années. Il fut longtemps membre du Conseil académique et membre de la commission paritaire académique des agrégés.
Il fut donc un des principaux militants qui construisirent la forte identité du S3 de Lille dans le SNES, pour la défense des enseignements de second degré et contre l’hégémonie du Syndicat national des instituteurs dans la Fédération de l’Education nationale, en particulier dans les deux départements du Nord et Pas-de-Calais. La tradition de la liste d’Union fut d’ailleurs poursuivie jusqu’à nos jours, notamment sous l’impulsion de ses successeurs André Dubus et Liliane Denis. Cette dernière, secrétaire générale du S3 de 1976 à 1993, avait commencé de militer auprès de Cyprien Bocquet au début des années 1960 ; ils siégeaient côte à côte à la CA nationale ; une solide amitié les unit durant près de 40 ans.

Cet attachement à la personnalité du S3 de Lille n’empêcha pas Bocquet de militer en faveur du courant de pensée « Unité et Action », dont le score progressa dans l’académie aux élections à la CA nationale pour devenir de plus en plus majoritaire. En 1967, la liste U-A obtint 54,47% des suffrages exprimés, la liste « autonome » 39% et la liste EE 6,42% ; en 1969, les scores s’établissaient respectivement à 70,31%, 16,89% et 12,89 % pour les 3 listes d’extrême gauche ; en 1973, la dernière année du mandat de Bocquet, la liste U-A progressait encore avec 71,95% des suffrages exprimés, le liste UID tombait à 7,8%, les deux listes EE-RS et FUO représentaient 20,24% : il n’y avait plus beaucoup de différence entre les scores réalisés aux élections à la CA académique par la liste d’Union et à la CA nationale par la liste U-A.

Dans ses éditoriaux du Bulletin du S3, l’homme du Nord qu’était Cyprien Bocquet commençait souvent par parler du temps (les frimas, les pluies et les brouillards...), pour passer ensuite à l’analyse des problèmes touchant aux enseignements de second degré dans l’académie, aux actions unitaires qui lui paraissaient nécessaires. Il attirait toujours l’attention sur la spécificité du rôle de gestion du S3 dans le SNES par rapport à la direction nationale. Cette grande attention aux problèmes quotidiens des collègues expliquait, sans doute pour une part, un taux de syndicalisation plus élevé dans le S3 de Lille que la moyenne nationale. Cependant le S3 affirmait avec ténacité les positions définies dans ses commissions et congrès académiques, lors des congrès nationaux.

Il arrivait aussi à Bocquet de prendre position, avec lucidité, sur des questions de politique intérieure ou internationale qui lui paraissaient nécessiter une expression syndicale (voir par exemple son éditorial au lendemain de la Guerre des Six jours en 1967, ou contre l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie en 1968).

D’un tempérament peu expansif dans les réunions, un éternel mégot aux lèvres, sa silhouette était très connue et ses rares interventions très écoutées. Intransigeant sur les principes, très rigoureux dans sa démarche et sa pensée, fidèle aux engagements pris, il fut une personnalité très respectée, qui marqua très fortement le mouvement syndical enseignant au plan national et dans son académie.

Cyprien Bocquet fut aussi, à sa manière, une personnalité politique locale. Il n’adhéra jamais au Parti communiste mais fut considéré comme un « compagnon de route ». Il avait aidé la Résistance mais sans faire partie d’un groupe armé. Il fut élu à la Libération aux élections municipales dans sa commune natale sur une liste du Front national à majorité communiste et fut élu maire de 1945 à 1947 (aux élections de 1947, la municipalité tomba aux mains du RPF). Il militait également à l’Amicale laïque de Faches-Thumesnil. À partir de 1950, il habita dans la commune voisine de Ronchin et fut candidat à chaque élection municipale sur une liste du PCF. De retour à Faches-Thumesnil en 1975, il fut élu conseiller municipal en 1977 sur une liste d’union de la gauche, mandat qu’il conserva de 1983 à 1989.

Dans sa jeunesse, il était un grand sportif. Dès l’âge de dix-sept ans, il pratiquait le football dans l’équipe de Fives ; il fut international universitaire avant-guerre, joua semi-professionnel au Lille Olympic Sporting Club, ce qui lui permit de financer ses études. Il conserva toujours une grande passion pour ce sport d’équipe.

De plus en plus malade à partir de 1986, Cyprien Bocquet eut des obsèques civiles à Faches-Thumesnil qui furent suivies par une foule recueillie de militants, d’amis et de collègues.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16994, notice BOCQUET Cyprien par Alain Dalançon, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 30 décembre 2018.

Par Alain Dalançon

Cyprien Bocquet
Cyprien Bocquet
congrès SNES 1973 (coll. IRHSES)

SOURCES : Arch. IRHSES (arch. des S2 et S3 de Lille, congrès SNES, secteur retraités, L’Université syndicaliste). — Témoignages oraux, renseignements fournis par Liliane Denis et par la fille de Cyprien Bocquet, Claudine.

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