BOCHER Joseph

Par Gilles Morin

Né le 7 janvier 1898 à Ploubazlanec (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), mort le 29 novembre 1973 à Équeurdreville (Manche) ; officier mécanicien de la marine marchande ; syndicaliste CGT puis Force ouvrière et militant socialiste de la Manche, secrétaire général de l’UD-CGT, secrétaire de la Fédération nationale de la Marine marchande ; président du Comité départemental de Libération ; maire d’Equeurdreville-Hainneville (1959-1971), conseiller général Octeville (1945-1973), conseiller de la République (1946-1948), conseiller de l’Union française (1949-1958).

Joseph Bocher
Joseph Bocher
[Sénat]

Joseph Bocher entreprit une carrière d’officier mécanicien dans la marine marchande (il la termina comme officier mécanicien de première classe) et s’installa à Équeurdreville. Comme marin, il dit avoir « parcouru à peu près toutes les parties du monde et de l’Union française en particulier ». Il fut secrétaire du syndicat des officiers de la Marine marchande de Cherbourg à partir de 1922 et de la Fédération nationale à partir de 1934.

Militant SFIO depuis un an semble-t-il, il fut élu en mai 1925 conseiller municipal d’Equeurdreville, mairie socialiste depuis 1908 dirigée par H. Mars*. Il devait le rester sa vie durant. Sa présence active dans les rangs des organisations ouvrières de la Manche ne date cependant que de la fin de 1934, époque où il débarqua « après avoir parcouru comme marin toutes les parties du monde ». Candidat disponible pour toutes les élections qui se présentaient – cantonales de 1934 à Barneville, municipales de 1935 à Equeurdreville, législatives de 1936 à Valognes, cantonales de 1937 de nouveau à Barneville –, il entra au comité de la Fédération socialiste de la Manche lors du congrès du 6 février 1938. Il se décrira plus tard comme « propagandiste en permanence » et prétendra être « détenteur du record des échecs » dans un département difficile pour le socialisme.

Il prit part au congrès confédéral de la CGT en novembre 1938 à Nantes, au cours duquel il représenta les officiers mécaniciens.

Maire adjoint d’Equeurdreville à partir de mai 1936, Joseph Bocher trouvait en outre le temps d’assurer la présidence de l’Union sportive du Travail, club dépendant de l’Union départementale CGT, et tenta tout au long de 1936 de constituer une Fédération de syndicats d’officiers de marine marchande. Fondateur – et secrétaire – du syndicat des officiers mécaniciens de Cherbourg, il se heurtait à l’opposition des officiers du pont, hostiles à toute fusion avec leurs collègues des machines, opposition qu’il chercha à briser au cours de nombreuses réunions dans divers quartiers, notamment à Dieppe et à Rouen.

Devenu inspecteur départemental de l’enseignement technique en novembre 1937, Joseph Bocher était depuis 1934 secrétaire de l’Union départementale CGT de la Manche, secrétaire adjoint de sa commission exécutive.

Le 23 novembre 1938, dans une réunion publique à Tourlaville, il se déclara partisan des accords de Munich, bien qu’ils ne soient pas à son avis « très reluisants » pour la France. Mais « la paix a été sauvée, dit-il, et cela est l’essentiel » et il reprocha à Daladier de ne pas avoir poursuivi « sans désemparer l’œuvre commencée à Munich en étendant les négociations à un cadre beaucoup plus large » et il n’excluait pas la possibilité de donner des colonies à l’Allemagne comme compensations en échange du désarmement et de la paix.

Mobilisé en 1939, il fut mis en contact en décembre 1940, par l’intermédiaire d’un responsable de la CGT (Pierre Neumeyer, ancien secrétaire du syndicat des douanes, membre du parti socialiste clandestin), avec Henri Ribière, qui lui rendit visite début 1941 à Équeurdreville pour former un réseau de résistance s’appuyant sur les militants syndicaux et socialistes.

Joseph Bocher participa, au milieu de l’année 1941, avec Bernard Poisson, Berthe Gouemy et Jean Renouf (arsenal de Cherbourg), Maxime Lelièvre (secrétaire du syndicat du bâtiment), Georges Thoumine (cheminot), Gaston Lostoriat (employé)... à la reconstitution de la commission administrative de la CGT clandestine.

Sous la direction d’Henri Ribière qui fut en poste un temps à la préfecture de Caen, il fut fondateur de Libération-Nord-Manche, en juillet 1942, avec Gardin et René Schmitt. secrétaire de l’UD clandestine, président du Comité départemental de Libération clandestin, il se consacra, après la guerre à la commune d’Équeurdreville, comme maire adjoint puis, à partir d’octobre 1959, comme maire.

En septembre 1945, le responsable syndical fut le seul socialiste à entrer à l’Assemblée départementale, où il représenta le canton d’Octeville. Il fut élu au premier tour, avec 5 104 voix sur 19 037 inscrits et 10 042 exprimés. Il le demeura pratiquement jusqu’à son décès en 1973, s’efforçant d’appartenir en permanence à la commission départementale.

Joseph Bocher a été candidat à la deuxième Assemblée constituante en juin 1946 et aux législatives de novembre 1946, en deuxième place sur la liste socialiste conduite par René Schmitt. La SFIO obtint à la première élection 39 786 voix sur 258 137 inscrits et 203 652 expr !més, puis, en novembre 1946, 46 782 voix sur 259 519 inscrits et 196 469 exprimés ; Bocher rata alors l’élection de 400 voix. Il fut élu conseiller de la République en décembre 1946 dans le cadre interdépartemental, obtenant 150 voix sur un total de 934 exprimés. Il quitta son poste de secrétaire de l’Union départementale CGT lorsqu’il entra au Palais du Luxembourg. Il fit partie des commissions de la Marine et des Pêches et des moyens de communication. Il appartint aussi à la commission exécutive du groupe socialiste et intervint surtout sur les questions financières et budgétaires. Il a été désigné comme rapporteur pour sa proposition de résolution relative à la réforme de l’administration des postes et téléphones.

Battu au renouvellement de 1948 (il obtint 245 voix sur 1 245 exprimés), Joseph Bocher reprit l’exercice de sa profession dans la compagnie privée où il travaillait autrefois, comme chef mécanicien sur un remorqueur. Choisi par les instances de la SFIO, il fut désigné par le Conseil de la République pour siéger à l’Assemblée de l’Union française le 9 mars 1950. Réélu le 10 juillet 1952, il y siégea jusqu’en 1958,

Joseph Bocher représenta encore la SFIO dans tous les scrutins, comme candidat aux Sénatoriales de 1952, 1955, 1959 et 1965, à la sénatoriales partielles de novembre 1952 et fut encore candidat suppléant de Schmitt aux législatives, qui emporta le siège, en 1958 en 1962 et 1967. Il bénéficiait de voix personnelles en plus de celles de la SFIO notaient les préfets.

Membre de la commission exécutive de la fédération (CEF) socialiste en 1948-1951, Joseph Bocher se démit de cette fonction en 1951 et refusa de sièger à la CEF. Déjà, il ne participait plus aux réunions de cette instance depuis février 1950. S’il réalisait toujours des réunions publiques dans le département, son « inaction » était mise en cause par le Comité fédéral en septembre 1951. Il fut pourtant réélu au congrès fédéral de novembre 1951. Réformiste convaincu, Bocher appartint au comité de soutien du courant animé par André Chandernagor* qui publiait Démocratie socialiste, en mai 1970.

Lors du congrès confédéral d’avril 1946 de la CGT, Joseph Bocher, secrétaire général de l’Union départementale, vota contre le rapport d’activité présenté par la direction sortante.
Il fut remplacé à ce poste par Maxime Lelièvre (secrétaire du syndicat du bâtiment) lorsqu’il devint parlementaire. Lors du congrès de juillet 1947 de l’UD CGT de la Manche, il fut élu ou réélu membre de la commission administrative. Joseph Bocher fut l’un de ceux qui ont fondèrent la CGT-Force ouvrière sur le plan départemental et sur le plan confédéral. Il était encore secrétaire adjoint de la Fédération nationale des Officiers de la marine marchande et membre de la CE de l’UD-FO en 1955.

Un responsable syndical, nommé Bocher, représenta le Syndicat des officiers de la marine marchande de Cherbourg au congrès confédéral de FO en 1969. Il s’agit très probablement de Joseph Bocher.

Ses obsèques eurent lieu le 3 décembre 1973. À partir de 10 heures, des centaines d’habitants rendirent un dernier hommage à leur maire dont le cercueil fut exposé dans le hall de l’hôtel de ville. A 14 h 45, un cortège, de plus de 2 500 personnes, dans lequel figurèrent de nombreuses autorités administratives et politiques, accompagna Joseph Bocher au cimetière où aucun discours ne fut prononcé, respectant ainsi le souhait exprimé par l’intéressé. François Mitterrand, alors Premier secrétaire, se fit représenter par Henri Delisle, secrétaire national du Parti socialiste

Joseph Bocher avait un frère qui fut également marin. S’agit-il de François Bocher, né le 19 février 1901 à Palais (Morbihan), également officier mécanicien et trésorier adjoint, en 1948, du Syndicat FO des officiers de la marine marchande de Cherbourg ?

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16984, notice BOCHER Joseph par Gilles Morin, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 14 mai 2011.

Par Gilles Morin

Joseph Bocher
Joseph Bocher
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SOURCES : Arch. Nat., F/1cII, 247, 294, 318 ; 20010216/94/2723/182-184. — Arch. Dép. Manche, M, sous-préfecture de Cherbourg, 1er bureau, dossiers 39 et 75. — Arch. OURS, dossier personnel et rens. de D. Lefebvre. — Jean Quellien, Les élections dans la Manche, étude de sociologie électorale (1919-1969). — L’Avenir de la Manche. — Cherbourg-Éclair, 1er octobre 1934 et 6 octobre 1939. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 20. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Démocratie socialiste, n° 6, mai 1970. — La Manche syndicaliste. — Dictionnaire des parlementaires français, 1940-1958, op. cit., t. 2. — Notice DBMOF par Y. Le Floch. — Notes d’André Caudron. — Communication du secrétariat de la mairie d’Équeurdreville, 1976. — Notes de Louis Botella et de Yann Perrotte.

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