NORMAND Gustave, Maxime

Par Dominique Tantin, Michel Thébault

Né le 21 octobre 1893 à Bernac (Charente), fusillé comme otage le 2 octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; agriculteur ; résistant au sein du Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France en Charente et Charente-Maritime ; militant communiste.

Stèle commémorative
Stèle commémorative
Crédit : MémorialGenWeb

Né à Bernac au domicile de sa grand-mère, il était le fils d’Armand Normand cultivateur et de Julie Jouinot tous deux domiciliés à Germeville, commune d’Oradour (Charente). Mobilisé le 11 août 1914, incorporé au 107ème RI, il fit toute la guerre comme simple soldat puis comme caporal à partir de janvier 1918 faisant preuve d’une conduite exemplaire. Il fut cité trois fois à l’ordre du régiment, en août 1916, en septembre 1917 « soldat plein d’entrain, s’est distingué au cours du coup de main du 11 septembre 1917 par sa bravoure et son énergie. Est resté pendant vingt minutes dans les lignes ennemies pour y explorer tranchées et abris », et en septembre 1918 « toujours au poste le plus périlleux, a été du 10 au 19 août 1918 un modèle de courage et d’entrain. A pris le commandement de sa section privée de ses chefs ». Il fut d’ailleurs blessé par balle le 19 août 1918 à l’attaque de Plessis-du-Roy (Oise). Il reçut la Croix de guerre avec étoile. Passé au 5ème Régiment de marche des tirailleurs algériens en septembre 1917, il termina sa période militaire en Algérie de janvier 1919 à août 1919. Démobilisé le 30 août 1919, il épousa dès le 9 septembre 1919 à Aigre (Charente) Marie Madeleine Plantevigne. Le couple resta sans enfants. Ils s’installèrent comme cultivateurs à Germeville, sur la commune d’Oradour. Ils adhérèrent au parti communiste, et Gustave Normand y devint rapidement un responsable départemental. En octobre 1937, le Parti communiste le présenta comme candidat aux élections cantonales dans la circonscription d’Aigre.
Après le début de la seconde guerre mondiale Gustave et Madeleine Normand participèrent à la reconstitution du parti communiste clandestin collectant des fonds et des denrées alimentaires pour les clandestins et se chargeant également de leur assurer des "planques". Membres du FN, mouvement de résistance dirigé par le Parti communiste français (PCF), ils hébergèrent des dirigeants du FN et de l’Organisation spéciale (OS) du PCF. Ils participèrent également à la propagande clandestine. A l’été 1941, repérés et craignant une arrestation, ils quittèrent leur exploitation confiée à des amis et louèrent discrètement une maison dans un village près de Saintes (Charente) poursuivant leur action de propagande (diffusion de tracts et journaux clandestins). Au début de mars 1942 à nouveau repérés, ils décidèrent d’entrer totalement dans la clandestinité. Cachés chez un camarade du parti, Jean Poilane ils y attendirent qu’un responsable du parti leur apporte consignes et fausses cartes d’identité. Le 27 mars 1942, Octave Rabaté, alors responsable politique de la région des Charentes et de Loire-Inférieure du Parti communiste clandestin, vint de Paris porteur de fausses cartes d’identité et se rendit chez Alexandre et Marcelle Lemasson. La maison était placée sous surveillance par les services de police français de la police spéciale de Bordeaux aux ordres du commissaire Poinsot (Renseignements Généraux) qui arrêtèrent Octave Rabaté et Marcelle Lemasson, Alexandre ayant réussi à s’enfuir Les policiers saisirent les cartes d’identité portant les photographies de ceux à qui elles étaient destinées. Madeleine Normand attendait dans un jardin public les nouvelles cartes d’identité pour elle et son mari que devait lui apporter Marcelle Lemasson. Celle-ci ne venant pas, Madeleine Normand se rendit chez les Lemasson. Ayant sa photo sous les yeux, les policiers la reconnurent immédiatement. Interrogée, elle donna son adresse. Les policiers se rendirent chez Jean Poilane, et l’arrêtèrent en même temps que Gustave Normand. Après quatre jours d’interrogatoire à Saintes, tout le groupe (les époux Normand, ainsi qu’Octave Rabaté, Marcelle Lemasson, et Jean Poilane qui seront déportés, et reviendront) fut transféré à Paris et incarcéré quelques jours dans les bureaux des Renseignements généraux, puis au dépôt de la préfecture de police de Paris. Le 29 avril 1942, Gustave Normand fut transféré à la prison militaire du Cherche-Midi et Madeleine Normand à la maison d’arrêt de la Santé.
Gustave Normand fut ensuite transféré au fort de Romainville (Seine, Seine-Saint-Denis) et détenu comme otage. Il fut passé par les armes au fort du Mont-Valérien le 2 octobre 1943 en représailles à l’attentat contre le Dr Ritter, colonel SS qui supervisait le Service du travail obligatoire en France et qui avait été abattu par des résistants le 28 septembre 1943 à Paris.
Le 24 août 1942, Madeleine avait été transférée à Romainville où elle avait pu revoir son mari devenu presque aveugle, à la suite des coups reçus lors des interrogatoires. Le 22 janvier 1943, elle fit partie des cent premières femmes otages qui furent transférées en camions du camp de Royallieu à Compiègne (leurs fiches individuelles du Fort de Romainville indiquent « 22.1 Nach Compiègne uberstellt » : « transférée à Compiègne le 22.1 »). Le 24 janvier 1943, Madeleine Normand fut déportée vers Auschwitz par le premier convoi « Nuit et Brouillard » des femmes résistantes françaises. Elle y deviendra le matricule 31678. Madeleine Normand, victime de la dysenterie fut assassinée le 23 février 1943 à Birkenau, battue à mort à coups de bâton infligés par une gardienne du camp.

Gustave Normand fut reconnu « Mort pour la France » par le ministère des Anciens Combattants le 18 septembre 1947. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif du Mont-Valérien. Les deux noms de Gustave Normand et Madeleine Normand figurent ensemble sur le monument aux morts d’Oradour (Charente). Un monument à leur mémoire a été dressé en 1946 sur la commune d’Oradour avec la mention suivante : « Aux vaillants patriotes d’Oradour, Madeleine et Gustave Normand, Victimes de la barbarie fasciste, Inauguré le 26 mai 1946 par Charles TILLON ministre de l’armement, Compagnon de lutte des martyrs d’Oradour ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article169713, notice NORMAND Gustave, Maxime par Dominique Tantin, Michel Thébault, version mise en ligne le 11 janvier 2015, dernière modification le 26 juin 2018.

Par Dominique Tantin, Michel Thébault

Stèle commémorative
Stèle commémorative
Crédit : MémorialGenWeb

SOURCES : Arch. Dep. Charente (État civil, registre matricule) — Dossier DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty) — pays d’Aigresite Mémoire Vive des convois vers Auschwitz – Birkenau — Mémoire des Hommes — Mémorial GenWeb.

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