BLEIBTREU Marcel. Pseudonymes : VIERNY, TANGUY, ANTOINE (à partir de 1940), FAVRE Pierre (à partir de 1947)

Par Claude Pennetier

Né le 26 août 1918 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 25 décembre 2001 à Villejuif (Val-de-Marne) ; docteur en médecine, pédiatre ; militant trotskiste ; secrétaire politique du Parti communiste internationaliste en 1946.

La famille constitua un creuset favorable à la prise de conscience politique de Marcel Bleibtreu. Son père d’origine juive, mais non pratiquant, exerça la profession d’employé de banque puis de négociant en soierie dans la région parisienne. Cet « autodidacte brillant », selon la formule de son fils, était socialisant et dreyfusard : il adhérait à la Ligue des droits de l’Homme. Berthe Dupont, sa mère, était fille d’un artisan ébéniste bourguignon qui aurait soutenu la Commune de Paris. La famille comptait cinq enfants : deux frères de Marcel Bleibtreu trouvèrent la mort à l’armée : l’un, Raymond, l’aîné, en 1929 – il était militant des Jeunesses communistes –, l’autre, Jean-Jacques, en 1936 ; la fille aîné sera connue comme galeriste parisienne d’art abstrait sous le nom de Denise René. Le cadet, René Bleibtreu, très actif dans le mouvement des Auberges de jeunesse.

L’adhésion précoce de Marcel Bleibtreu au mouvement trotskiste fut le fruit de la lecture de Ma vie, ouvrage autobiographique de Trotsky. Le jeune garçon de quinze ans et demi y découvrit outre une personnalité qu’il ne cessa jamais d’admirer, une vision du monde, des rapports entre vie personnelle et combat social qui l’enthousiasmèrent. Pendant cette année 1934, il forgea les bases de ses conceptions politiques qui expliquent la continuité de sa vie militante. Il chercha à rencontrer des militants trotskistes et adhéra au groupe Bolchevik-léniniste qui, sur les conseils de Trotsky, était entré au Parti socialiste. Il rejoignit donc les étudiants socialistes et la section socialiste d’Asnières où il milita aux côtés de Rigal et de David Rousset. Il créa un groupe BL au lycée Condorcet et y fit adhérer un militant des Jeunesses communistes Paul Parisot. À Pâques 1935, le 9e sous-groupe des Étudiant socialistes (Paris rive droite) le délégua au congrès national de Moulins (Allier) et il devint secrétaire de ce 9e sous-groupe en septembre 1935. Douze mois plus tard, son sous-groupe rompit avec la SFIO pour donner naissance aux Étudiant socialistes révolutionnaires (ESR) dont il assura le secrétariat national. Dans le débat qui divisait le mouvement trotskiste, Bleibtreu s’opposa aux thèses de Raymond Molinier. Il milita à la section Asnières-Colombes du Parti ouvrier internationaliste (POI) puis à celle de Levallois-Perret. Le comité central des Jeunesses socialistes révolutionnaires (JSR) le blâma au début de l’année 1937, pour avoir, sans l’accord de son organisation, édité une affiche appelant à la constitution d’un syndicat étudiant rattaché à la CGT. En 1938, il participa avec Marcel Hic aux pourparlers d’unification avec la Jeunesse socialiste autonome exclue des Jeunesses socialistes. La majorité du POI se prononça pour l’entrée dans le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) de Marceau Pivert, au début de l’année 1939. Marcel Bleibtreu refusa, pensant que, devant la guerre imminente, il fallait au contraire resserrer les rangs, élever le niveau de formation théorique et préparer l’illégalité. Il resta donc inorganisé en 1939, malgré un contact sans suite, en septembre, avec le Comité pour la IVe Internationale d’Yvan Craipeau et Paul Parisot.

Démobilisé en septembre 1940, il rejoignit Marseille avec son frère René, et, avec Élio Gabaï, Georgette Gabaï et Sylvain Itkine* créa une coopérative ouvrière de production, le « Fruit mordoré » (entreprise qui fabriquait notamment « le Croquefruit »), sise 3 rue des Treize-Escaliers, qui eut son heure de célébrité. Elle servit de couverture à l’action clandestine révolutionnaire jusqu’à l’entrée des troupes allemandes en zone sud (voir Jean Malaquais*, Planète sans visa). Les camarades rassemblés au « Croque fruit » combattirent dans les Auberges de Jeunesse de zone sud le courant « gioniste » (de Giono) qui acceptait la tutelle du gouvernement de Vichy. De retour à Paris, il participa à la manifestation contre le nazisme du 11 novembre 1940, aux Champs-Élysées. Son seul contact avec le POI fut, de 1941 à 1943, son ami Paul Parisot, favorable aux thèses nationales de Marcel Hic. Bleibtreu en désaccord avec la politique du POI se limita à diffuser clandestinement La Vérité et à organiser un petit groupe trotskiste non affilié, à la Faculté de Médecine où il était étudiant. Ayant connu et approuvé, en décembre 1943, les thèses adoptées par le secrétariat européen de la IVe Internationale, il demanda son adhésion au POI alors durement touché par la répression et en partie désorganisé. Il fut intégré au comité de rédaction de La Vérité après le congrès d’unification du POI, du CCI et d’Octobre, donnant naissance au Parti communiste internationaliste (PCI). La direction l’affecta au rayon de Puteaux-Suresnes en mai 1944. Dès le congrès d’octobre-novembre 1944, il accéda au comité central et au secrétariat parisien. Délaissant à regret l’achèvement de ses études de médecine, Bleibtreu se consacra intensément à l’organisation du travail ouvrier dans la banlieue Ouest. Il s’affirma, dans la direction de l’organisation, comme un adversaire résolu des thèses « nationales ». Le congrès de janvier 1946 l’élut secrétaire politique (la presse trotskiste le présentait parfois comme secrétaire général, parfois comme secrétaire national), fonction qu’il conserva jusqu’en 1952.

En juillet 1952, le PCI éclata en deux groupes : l’un dirigé par Pierre Frank et reconnu par la IVe Internationale, l’autre animé par Bleibtreu et Pierre Lambert. Bleibtreu se sépara de ce dernier au début de la guerre d’Algérie. Lambert et la majorité du comité central apportant son soutien au MTLD de Messali Hadj, tandis que Bleibtreu appuyait le CRUA (qui devint le FLN). La minorité exclue le 20 mars 1955 prit le nom de Groupe Bolchevik-léniniste. Il s’agissait non d’un parti, mais d’un cercle de réflexion théorique doté d’une revue Trotskisme (directeur : Bleibtreu). Les membres du GBL étaient libres d’appartenir à d’autres organisations comme le Rassemblement de la gauche étudiante et la Nouvelle gauche. À l’automne 1956, le GBL décida son adhésion collective à la Nouvelle gauche qui devint en 1957, l’UGS, laquelle donna naissance en 1960 au PSU. Parallèlement, Bleibtreu dirigeait la Tribune marxiste (1957-1960), La Nouvelle revue marxiste (1961) et L’Action (1963). Il siégea plusieurs années au comité politique national du PSU et, en 1963, au bureau politique comme représentant de la tendance « socialiste révolutionnaire » (SR). Bleibtreu quitta le PSU en 1964 et n’adhéra plus à aucune organisation, mais, il fut parti prenante de nombreuses initiatives de l’extrême gauche : Comité Vietnam national, Comité Bertrand Russel. Sensible depuis plusieurs années aux mutations politiques du milieu étudiant, il participa activement au mouvement de mai 1968, fréquentant assidûment la Sorbonne et les Comités d’action.

Marcel Bleibtreu avait épousé en janvier 1946, Amélie Jeanne Bunle, dite Lily Bleibtreu, la belle-fille de Jean Zyromski*, militante syndicaliste de l’enseignement. L’ancien dirigeant de la Bataille socialiste, rallié au Parti communiste depuis 1945, passa les dernières années de sa vie aux côtés de la famille Bleibtreu. Les repas de mai 1968 réunissaient ainsi Marcel et Lily Bleibtreu, leurs trois enfants - dont l’aîné, Jacques était un dirigeant de l’UNEF - et « Zyrom », autour de discussions politiques animées. Marcel Bleibtreu avait cessé d’être « permanent » en septembre 1947. Il s’était installé alors comme pédiatre, médecin-conseil pour la protection maternelle et infantile.

Bleibtreu employa de nombreux pseudonymes, citons parmi les principaux : Vierny (1936-1937), Tanguy (1937-1939), Antoine (1940-1945), Pierre Favre (1944-1947) et à partir de 1947 il signa Favre-Bleibtreu.

Sa soeur aînée Denise, connue comme galeriste sous le nom de Denise René, mourut le 9 juillet 2012 à Paris. Elle était née le 25 juin 1913 à Paris. Les articles élogieux qui saluèrent cette grande personnalité de l’art abtrait, signalent sa rencontre avec la Résistance mais négligent ses origines militantes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16902, notice BLEIBTREU Marcel. Pseudonymes : VIERNY, TANGUY, ANTOINE (à partir de 1940), FAVRE Pierre (à partir de 1947) par Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 27 mai 2017.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : Journaux cités dans la biographie. — Fapian, Le procès de Paris, pièce de théâtre inspirée du procès Rajk. — Quatrième internationale, 1948, n° 10 et 11, p. 8, 1950, n° 2 à 4, p. 31.

SOURCES : La lutte ouvrière, 8 juillet et 21 octobre 1937. — Révolution, 15 juillet 1937. — La Vérité, 24 mai 1946. — Jacqueline Pluet-Despatin, La presse trotskyste en France de 1926 à 1968, op. cit. — Archives d’espoir, 20 ans de PSU, 1960-1980, Paris, 1980. — Yvan Craipeau, Le Mouvement trotskyste en France, Paris 1971. — J.-M. Freyssat, M. Dupré, F. Ollivier, Ce qu’est l’OCI, « débats », éditions de la Taupe rouge 10, Paris, 1977. — Témoignage écrit, 28 p. — Michel Lequenne, Le Trotskysme, une histoire sans fard, Syllepse, 2005. — Interview par Claude Pennetier en 1979. — Le Monde, 11 juillet 2012, « Denise René, galeriste d’art, pionnière de l’abstraction », Harry Bellet. — Les archives de Marcel Bleibtreu ont été versées à la BDIC.

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