GOLDBERGER Étienne

Par Jean-Sébastien Chorin

Né le 5 janvier 1918 à Sighet (Roumanie, Hongrie), fusillé le 27 mars 1944 au fort de la Duchère (Lyon, Rhône) ; de nationalité hongroise ; étudiant à l’IEG (Grenoble, Isère) ; résistant au sein des Francs-tireurs et partisans-Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI) dans le bataillon Liberté à Grenoble (Isère) puis dans le bataillon Carmagnole à Lyon.

Étienne Goldberger naquit à Sighet, en Transylvanie hongroise annexée à la Roumanie en 1918 puis redevenue hongroise en 1940. Il était juif, de culture et de langue hongroises, issu d’une famille bourgeoise et benjamin d’une fratrie de cinq fils. Son père était un dirigeant socialiste. Sa famille s’installa à Oradea (Roumanie, Hongrie) alors qu’il avait quatre ans. Il fut élève au lycée juif de cette ville. Il partit ensuite à Paris et s’inscrivit à la Sorbonne pour suivre des études en science (aéronautique). En 1940, suite à l’invasion allemande, il alla à Toulouse (Haute-Garonne) puis s’installa à Grenoble (Isère) pour poursuivre ses études d’ingénieur à l’Institut électrotechnique de Grenoble (IEG).
Il devint résistant FTP-MOI du bataillon Liberté à Grenoble sous le pseudonyme de Jacques. Il fit partie d’un groupe de huit hommes dont il fut le responsable politique. Nathan Saks (dit Raymond) en était le responsable militaire et Herbert Herz (Raoul), le responsable technique. Tibor Weisz faisait également partie de ce groupe. À la faculté de droit de Grenoble, Goldberger exécuta le professeur Gallet, chef du Parti populaire français de Grenoble et rédacteur du journal collaborationniste L’Émancipation. Le 22 février, il prit part au sabotage de deux pelles mécaniques en partance pour le Mur de l’Atlantique. La mission achevée, Étienne Goldberger repartit avec l’une des bicyclettes volées pour mener à bien l’opération. Il croisa par hasard le propriétaire qui le fit arrêter. Le 3 mars 1944, Étienne Goldberger fut jugé par le tribunal correctionnel pour vol de bicyclette. Sa détention provisoire couvrant la condamnation, il fut libéré. Pour des raisons de sécurité, ses chefs décidèrent de l’envoyer à Lyon (Rhône) où il fut incorporé dans le bataillon Carmagnole.
Le 9 mars 1944, lors d’une opération de récupération d’armes (à cette occasion dix-huit gardiens de la paix et un membre des Groupes mobiles de réserve [GMR] furent désarmés ou subirent des tentatives de désarmement par les résistants), le FTP-MOI Nathan Saks fut arrêté. Le lendemain, les policiers français surveillèrent sa « planque » (située au 48 bis cours Eugénie à Lyon) et appréhendèrent Gajewski* (dit Simon Tokar) et Fischel Pfeffer. Gajewski* ne put résister à la torture. Il donna des informations qui firent tomber Tibor Weisz. Il indiqua également l’adresse d’une chambre, située au 216 rue Paul-Bert (Lyon, IIIe arr.), que la police mit sous surveillance. Étienne Goldberger, « surpris alors qu’il écoutait à la porte de la chambre surveillée » (il devait « nettoyer » le lieu après l’arrestation de ses camarades), fut arrêté sous la fausse identité d’Henri Daloz. D’après le rapport de la police, les inspecteurs « s’apprêtaient à lui passer les menottes après l’avoir fouillé et le tenaient en respect [...] avec une mitraillette [et un] pistolet, lorsque [Goldberger] se jeta brusquement sur l’inspecteur [R.] et tenta de lui arracher la mitraillette [...]. L’inspecteur [P.] ne put faire usage de son arme [...], ce que voyant, [Goldberger] tenta également de s’emparer du pistolet. Au cours du corps à corps qui s’ensuivit, un coup de feu partit et blessa » l’un des inspecteurs. Étienne Goldberger fut maîtrisé et conduit au service de police. Lors de l’interrogatoire, Gajewski* affirma : « Dalloz Henri faisait partie depuis trois jours de notre organisation [...] sous le prénom de Jacques. Cet individu n’a pas pris part [...] à aucun attentat ou agression. » Comme en témoigne sa photographie prise par l’identité judiciaire, Étienne Goldberger fut torturé. Il réussit à tenir secrète sa vraie identité, et dans la mesure où Gajewski* ne put témoigner de rien à son sujet, il ne fut retenu contre lui que le « délit de rébellion et d’association de malfaiteurs ».
Étienne Goldberger, Gajewski*, Tibor Weisz et Fischel Pfeffer furent transférés le 14 mars à la prison Saint-Paul (Lyon). Le 27 mars 1944, ils comparurent devant la cour martiale du secrétariat général au Maintien de l’ordre, siégeant à la prison Saint-Paul. Ils furent condamnés à mort et conduits immédiatement après dans les fossés du fort de la Duchère (Lyon, IXe arr.) où des Français (vraisemblablement des GMR) les fusillèrent.
Le corps d’Étienne Goldberger est inhumé dans un caveau familial au cimetière Terre-Cabade de Toulouse.

Lyon, fort de la Duchère (19 février - 4 août 1944)

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article168577, notice GOLDBERGER Étienne par Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 17 décembre 2014, dernière modification le 17 janvier 2019.

Par Jean-Sébastien Chorin

SOURCES : CHRD, Lyon, Art. 1167 (dossiers de Tibor Weisz et d’Étienne Goldberger). – Claude Collin, Carmagnole et Liberté, les étrangers dans la Résistance en Rhône-Alpes, 2000. – Virginie Sansico, La justice du pire, les cours martiales sous Vichy, 2002. – Annette Wieviorka, Ils étaient juifs, résistants, communistes, 1986.

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