DUREY François, Louis, Léonce [dit Paul François, dit Louis] [Dictionnaire des anarchistes

Par Dominique Petit

Né le 25 janvier 1851 à Lyon (Rhône), mort à Paris le 24 avril 1896, dessinateur, architecte, conférencier, gérant du Père Peinard.

Louis Durey s’était engagé à 19 ans dans un bataillon de francs-tireurs. Il avait été blessé en allant ramasser son capitaine gravement blessé qu’on avait caché dans un bois. En 1871, il était venu avec les pompiers volontaires, pour éteindre les premiers incendies de la Commune. En arrivant, il avait rencontré un parent qui avait pris une part active à l’insurrection, il s’était promené avec lui et quatre ans plus tard, il était arrêté et fut condamné, le 25 novembre 1874, à 4 ans de prison par la cour d’assises de la Seine mais selon la Préfecture de police, cette condamnation résultait d’un détournement d’argent au préjudice de son patron.
Le 15 janvier 1882, plus de 200 personnes avaient répondu à l’appel de la Fédération socialiste ouvrière de la Côte d’Or. Louis Durey engagea les chambres syndicales à se fédérer entre elles.
Dans le journal la Tenaille du 10 novembre 1882, il fit paraître, pour le Groupe d’études sociales de Dijon, un communiqué de solidarité avec les militants arrêtés lors des troubles de Montceau les Mines (Saône et Loire), réclamant leur mise en liberté immédiate.
Le 26 novembre 1882, il participa avec sa mère, comme assesseurs à une conférence privée de la Fraternité Société d’ouvriers réunis, Monod y était également présent.
Durey fut condamné le 6 avril 1883 à Dijon à 15 jours de prison et 50 francs d’amende pour s’être fait inscrire sur les listes électorales, alors qu’il était déchu de ses droits politiques à la suite de sa condamnation encourue à Paris.
En février 1887, Durey demeurait 10 rue Quentin, avec sa mère, il se trouvait sans occupation. Il était fréquemment absent de 6 ou 8 jours, sans que l’on en connaisse le motif.
Durey qui résidait 3 boulevard Sévigné, chez sa mère à Dijon, aurait fait partie du groupe anarchiste « Les Résolus ».
Il serait venu à Paris vers le 14 juillet 1889.
A l’occasion du procès devant la cour d’assises de la Loire des complices de Ravachol, Sébastien Faure fit une tournée de conférences dans la région. Il se développa alors un débat sur la question du « droit au vol et à l’assassinat ». Les anarchistes locaux, emmenés par Dumas, soutenaient ce droit, sans la moindre distance, Sébastien Faure, lui, soulignait les effets néfastes du crime de l’ermite de Chambles pour les anarchistes, Louis Durey prenait une position intermédiaire.
Il avait remplacé Sébastien Faure, malade, à la conférence du 24 novembre 1891 au Prado de Saint-Etienne : « Sous le régime bourgeois dans lequel nous vivons, alors que les lois assurent la sécurité de la propriété individuelle qui n’est autre chose que le vol légalisé, il est impossible de ne pas reconnaître que le malheureux qui, poussé par le besoin et pénétré de cette vérité que tout n’est pas à quelques-uns, mais bien à tous, dérobe ce qui est nécessaire à son existence et à celle de ses enfants, ne commet aucun acte répréhensible. Il ne fait que reprendre par la force une partie de ce qu’on lui a arraché par la force. Et dans ce cas, entre celui qui vole et celui qui tend la main, toutes les sympathies anarchistes vont au voleur qui est énergique, tout son mépris au mendiant. »
Concernant l’assassinat, le compagnon Paul François, déclara que ses amis et lui, sans préconiser les actes de cette nature, étaient toujours portés à penser « qu’ils ont dans l’esprit de celui qui les commet, une cause utile au triomphe des idées anarchistes ». Dans ces conditions, il s’abstenait de juger.
Le 30 novembre 1891, Durey était à Roanne, à une réunion publique organisée par la Chambre syndicale des tisseurs à la Bourse du travail. Paul Lafargue député du Nord prononça un discours, interrompu par de violentes exclamations d’anarchistes. A un moment François Durey ayant escaladé la tribune, voulut prendre la parole. Un tapage indescriptible s’ensuivit. Le tumulte se termina par l’expulsion des interrupteurs, avec force coups de poing. Mais Paul François s’efforça de regagner la tribune, au milieu d’applaudissements émanants des compagnons disséminés dans la salle et d’une bordée de sifflets. Il fut de nouveau expulsé.
Le 24 décembre 1891, Sébastien Faure tenait une réunion publique salle Rivoire. Durey assistait à cette réunion où selon un rapport de police, « il était la coqueluche d’une dizaine de femmes ou filles anarchistes amenées par la concubine du compagnon Poyet et par le compagnon Dumont. »
Le 3 janvier 1892, la Jeunesse anarchiste tenait une réunion au café Marcelllin, Durey y assistait, il fut décidé de faire un timbre au nom du « Groupe anarchiste de la Jeunesse de Lyon ».
Le 11 janvier Durey participa à une réunion à laquelle assistaient Sébastien Faure et des militants lyonnais. L’objectif était l’organisation d’un groupe spécial destiné à former des orateurs. Dans ce but, ils s’exerçaient entre eux de façon à s’habituer à prendre la parole en public et surtout à faire la contradiction avec les orateurs du parti socialiste.
Durey signa des affichettes appelant à un congrès régional anarchiste le 17 janvier 1892 à 9h du matin, salle des Folies-Gauloises suivi en soirée d’une fête familiale petite salle de la brasserie Corompt, 33 cours Gambetta.
Le congrès régional avait réuni 100 compagnons venus de Saint-Étienne, Saint-Chamond, Terrenoire, Chambon, Vienne, Villefranche, l’Arbresle, Mâcon et Dijon.
Paul François pris le premier la parole sur la manifestation du 1er mai, pour essayer de détourner les anarchistes d’y prendre part, parce qu’elle était organisée par les socialistes.
Lors de la soiré familiale, il se tenait à l’entrée et il était chargé de percevoir le droit d’entrée de 30 centimes.
Le 23 janvier 1892, Durey confia à ses compagnons qu’il avait l’intention d’entreprendre un jeune plus ou moins prolongé comme jadis Succi et Merlatti (qui s’exhibaient en jeûnant de 30 à 50 jours, pour gagner de l’argent). Il ferait paraître dans les journaux une note invitant les parieurs à se présenter, l’argent ainsi gagné serait affecté à la propagande. Mais il ne semble pas que ce projet ai abouti.
Le 26 janvier, le groupe de la Jeunesse antipatriote tenait une réunion au café Marcellin, pour prendre les dernières mesures au sujet de la manifestation projetée à St Genis Laval, à l’occasion du tirage au sort du jeune Odin, Durey et Fortuné Henry étaient présents. Le 27, les jeunes compagnons passèrent à l’action, les frères Condom tenaient le drapeau rouge.
Desgranges, cordonnier à Villefranche écrit à Durey et Ramé, pour les inviter à venir prendre la parole dans une réunion organisée le 29 janvier soir même, salle des Conférences, par le groupe de la Libre Pensée. Durey accepte par télégramme.
Le 6 février Paul François et Fortuné Henry tenaient une conférence à la salle du Théâtre de Givors. Les deux conférenciers étaient logés depuis trois jours chez Serindas, ouvrier verrier gréviste. Quatre vingt personnes assistaient à la conférence dont le sujet était « La crise économique et ses conséquences ». Pour eux la propriété individuelle avait fait son temps, il fallait la transformer en propriété sociale. Il fallait aussi supprimer l’autorité et le gouvernement qui n’avaient été établis que pour défendre la propriété bourgeoise : « On parle de liberté, mais tant que l’autorité existera, nous ne serons pas libre, il y aura toujours deux classes de citoyens : les exploités et les exploiteurs ». Le soir eut lieu une deuxième conférence mais 24 personnes seulement y assistaient.
Pour couvrir les frais de la conférence, l’entrée était fixée à 25 centimes mais au vu du petit nombre de spectateurs Fortuné Henry. et Duray, à bout de ressources durent faire une quête pour se procurer les moyens nécessaires afin de pouvoir se rendre à Rive de Giers.
Le 17 février 1892, Durey informa les 400 personnes rassemblées salle Rivoire que Sébastien Faure était parti la nuit précédente pour Paris et que ce départ était motivé par la condamnation qui l’avait frappé la veille en cours d’assises (18 mois de prison et 1.000 francs d’amende) dont il avait fait opposition. Durey remplaça donc S. Faure au pied levé sur le sujet prévu : « Le socialisme chrétien ». « Il est assez bizarre de voir l’église catholique défendre les intérêts de la classe prolétarienne. Elle a eu dix-huit cents ans pour s’en occuper et elle n’a rien fait ; aujourd’hui qu’elle n’a presque plus de prestige, elle prétend venir au secours des ouvriers. Au Moyen Âge l’esclavage existait et elle ne l’a pas empêché. Jusqu’en 1789, il y a eu des serfs dans les abbayes et ils étaient aussi malmenés que les serfs seigneuriaux.
Tant que l’église catholique a eu le pouvoir en main, elle ne s’est jamais occupé des travailleurs. Aux forts, elle prêchait la douceur et aux faibles la résignation, leur faisant croire qu’une vie meilleure les attendait dans l’autre monde ». Durey fit savoir que pour le 1er mai, tout comme Sébastien Faure, il n’était pas partisan de la manifestation : « c’est un jour mal choisi ; car le gouvernement a pris toutes ses mesures pour réprimer le moindre mouvement révolutionnaire qui pourrait se produire... La manifestation du 1er mai est suspecte, elle a été votée dans un Congrès par des gens qui sont suspects ».
A propos des attentats de Ravachol à Paris, Durey déclara que « les coups portaient mal, qu’on aurait du viser les personnages de marque, hauts fonctionnaires, etc... ».
Lors de la parution du journal L’Agitateur à Marseille, Durey se chargea de prévenir Sébastien Faure qu’à Paris la vente du journal était négligée. A la même époque Durey envoya 30 francs à Dumas de Saint-Etienne pour faire commencer l’impression d’un manifeste abstentionniste.
Le 3 avril Durey quitta Lyon.
Le 25 avril 1892, Durey se trouvait inclus dans une liste d’anarchistes lyonnais poursuivis pour association de malfaiteurs.
Louis Durey fut à partir du 13 mars 1892 et jusqu’au 24 avril, le gérant du Père Peinard.
Il fut condamné en cette qualité le 28 juillet 1892 à un an d’emprisonnement et 1.000 francs d’amende, par la cour d’assises de la Seine, pour provocation au meurtre, non suivie d’effet à la suite de la publication de deux articles intitulés : « Le 1er mai » et « Les crimes des proprios ». Il accepta toute la responsabilité des articles et déclara qu’il lui était indifférent d’être condamné ou acquitté et qu’il ne cherchait dans sa plaidoirie qu’une seule chose : à faire comprendre aux jurés les beautés de l’anarchie.
Il s’était pourvu en cassation, son pourvoi fut rejeté le 25 août.
Durey fut arrêté à Dijon le 8 septembre 1892 et écroué à la maison d’arrêt.
Le 28 septembre 1892, il écrivit au directeur de la prison afin d’être transféré au quartier des détenus politiques de Sainte-Pélagie à Paris. Le 1er octobre, la Direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la justice accédait à sa demande.
Le 9 mars 1893, de Sainte Pélagie, il envoya une lettre à Sébastien Faure emprisonné à Clairvaux : "crois bien que tous ici, d’Axa, Habert, Zevaco, Martinet, Pemjean même et ton tout dévoué copain surtout, nous serions heureux d’avoir de tes nouvelles".
En avril 1893, à Ste Pélagie une épidémie d’influenza frappa plusieurs détenus dont Durey, ils furent atteint de fièvre.
Remis en liberté le 13 mai 1893, ayant purgé plus de la moitié de sa peine, il bénéficia d’une libération conditionnelle. Il demeura 30 rue des Paquerettes à Alfortville chez Léon Goupy géomètre-expert qu’il avait connu à Sainte-Pélagie.
Durey était lié à Pol Martinet.
Il fut arrêté le 2 juillet 1894, dans le cadre de la rafle pour association de malfaiteurs.
Il construisit des maisons et allait arriver à l’aisance financière.
Louis Durey mourut après une longue maladie, le 24 avril 1896 à l’hôpital Saint Antoine à Paris.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article167880, notice DUREY François, Louis, Léonce [dit Paul François, dit Louis] [Dictionnaire des anarchistes par Dominique Petit, version mise en ligne le 22 novembre 2014, dernière modification le 19 février 2019.

Par Dominique Petit

SOURCES : Arch. Dép. de la Loire 1 M 528 — Arch. Dép. de l’Aube, 1 M 640 — Archives nationales, F7 12506 — Le Salut public 1er décembre 1891 — Arch. Dép. du Rhône 4 M 311, 312 — Arch. Dép. De la Côte d’Or 20 M 242 — Notes Rolf Dupuy. — Le Petit Parisien 29 juillet 1892 — La Libre Parole 10 novembre 1892, 26 avril 1896 — L’Intransigeant 20 avril 1893 — Gil Blas 3 mai 1893 — La Cocarde 12 mai 1893.

ICONOGRAPHIE : Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

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