LACHASTRE (Baron de) Claude, Maurice, ou LACHATRE Maurice, dit Maurice La Châtre et Marius Lebrenn ou Marius Lebrein.

Né le 14 octobre 1814 à Issoudun (Indre), mort le 9 mars 1900. Homme de lettres et éditeur-libraire, marié, père d’un enfant. Participant à la révolution de 1848, puis à la Commune de Paris. Premier éditeur français du Capital.

Il était le fils d’un colonel baron d’Empire et fut élève officier. Parti dans l’intention de gagner l’Orient, il s’arrêta dans le Var, la frontière sarde étant fermée à cause du choléra, en 1835. Il était saint-simonien, et peut-être son voyage en Orient était-il lié aux théories d’Enfantin sur l’Orient. Toujours est-il qu’il s’établit au Muy, qu’il y travailla chez un menuisier, faisant de la propagande saint-simonienne, le soir, avec succès. Le tribunal de Draguignan le condamna pour ouverture d’école sans autorisation. (Le Toulonnais, n° du 17 avril 1835.) Voir Jourdan L.

En 1842, il publia une Histoire des Papes, « mystères d’iniquités de la cour de Rome ». En 1848, il semble avoir joué un rôle actif à Paris. En effet un certain de La Châtre, se présentant comme « directeur de l’administration et de librairie », domicilié 55, rue de la Chaussée d’Antin, figurait début mars parmi les fondateurs de la Société républicaine démocratique du premier arrondissement (avec F. Cantagrel). Il fit ultérieurement partie de la Société démocratique centrale fondée en mai (avec L. Blanc, F. Pyat, F. Cantagrel, Guinard, etc.), et signa à ce titre une affiche placardée sur les murs de Paris qui explicitait les buts de la société. En outre, un exemplaire avec envoi consulté dans une collection privée désigne Maurice Lachâtre comme l’auteur de l’ouvrage anonyme La République démocratique et sociale. Exposition des principes socialistes et de leur application immédiate en France, 2e éd. Paris, 1849, impr. Dondey-Dupré, grand in-8°, 160 p.

À partir de 1853, il fit paraître un Dictionnaire universel, Panthéon historique, littéraire et encyclopédie illustrée.

Devenu phalanstérien, La Châtre avait édifié à Beautiran (Gironde), où il possédait un château, une « commune modèle » où fonctionnaient une banque communale de crédit mutuel et une caisse mutuelle pour la protection du bétail. (Voir Chassac J.) En novembre 1858, il dut se réfugier à Barcelone. Il venait d’être condamné à cinq mois de prison et à 5 000 F d’amende pour son Dictionnaire. Le jugement ordonnait, en outre, « la suppression de l’ouvrage et la destruction des exemplaires saisis ou à saisir ». À cette époque, la police bordelaise voyait en lui le « chef des socialistes icariens ».

En décembre 1864, il revint à Paris et se remit à la librairie et à l’édition. Il fonda, en 1869, les Annales des Tribunaux illustrés.

Pendant le Siège de 1870-1871, il collabora au journal Le Combat, fondé par Félix Pyat, auquel il donna plusieurs articles retentissants parmi lesquels « Les gras et les maigres » (12 novembre 1870), « Le prix du sang » (9 décembre). En mars 1871, il se trouvait à Beautiran et revint à Paris pour participer à la Commune comme capitaine du 4e bataillon fédéré. Il collabora au Vengeur (deux séries : 3 février-11 mars et 30 mars-24 mai 1871) dont F. Pyat était directeur politique. Il était, en outre, membre de la Ligue d’Union républicaine des Droits de Paris, dont il signa la proclamation du 6 avril 1871. À trois reprises, des soldats versaillais se présentèrent à son domicile, le 24 mai 1871, mais La Châtre demeurait introuvable. Les soldats fusillèrent alors son caissier, Eugène Profilet.

Par contumace, le 3e conseil de guerre le condamna, le 19 décembre 1873, à la déportation dans une enceinte fortifiée, pour avoir, en 1871, « pratiqué des intelligences avec les directeurs et commandants de bandes armées » et « participé à un attentat dans le but de détruire et de changer le gouvernement ». Il appartenait alors à la loge des Amis de la Tolérance — voir Thirifocq Eugène — et habitait, 38, boulevard de Sébastopol. Il est curieux de noter qu’à l’occasion de la mort de l’empereur un drapeau tricolore fut arboré, le 10 janvier 1873, à la boutique de La Châtre, alors en fuite (il serait resté caché à Paris pendant 82 jours, d’après une lettre de La Châtre au général Valentin, lettre sans date, mais postérieure au retour de La Châtre à Paris) et réfugié à Saint-Sébastien (Espagne).

La Châtre se rendit par la suite en Belgique où il arriva le 5 mars 1874. Un an plus tard, il quittait Bruxelles pour la Suisse (le 3 avril 1875). Il était alors poursuivi pour la publication du Manuel des Confesseurs, « ouvrage contraire aux bonnes moeurs et à la morale publique ».

Il se rendit à Vevey, puis s’établit, en juin ou juillet 1876, à San-Remo (Italie) où il dirigea la Librairie du Progrès. Le vice-consul de France à San-Remo écrivait à son sujet, le 23 mars 1879 : « Pendant son séjour dans cette ville [depuis trois ans environ], il a vécu très retiré, ne se livrant à aucune propagande et ne donnant par sa conduite aucun sujet de plainte. J’ajouterai que si les sentiments exprimés par M. Delachâtre, dans les entretiens que j’ai eus avec lui, sont l’expression de ses pensées, celui-ci me paraît réellement digne de la bienveillance de M. le président de la République. » Il fut gracié le 17 mai 1879.

La Châtre fut le premier éditeur qui proposa à Karl Marx une édition française du Capital, traduit par Joseph Roy, bien que sa librairie eût été mise sous séquestre versaillaise à la suite de sa condamnation par contumace pour sa participation à la Commune. Elle parut en 44 livraisons à bon marché, d’août 1872 à mai 1875.
Il donna, en 1874, une Histoire du Consulat et de l’Empire. Il publia, en 1880, une Histoire de l’Inquisition.

En 1885, son gendre Henri Oriol, avec lequel il était brouillé, connut des difficultés financières comme éditeur et La Châtre reprit l’affaire.

On trouvera ci-dessous un tableau (d’après Arch. Nat. BB 24 et Arch. PPo.) des différentes condamnations encourues par Maurice La Châtre :

11 avril 1835, Draguignan, 50 fr. d’amende, tenue d’école sans brevet ni autorisation.

25 septembre 1846, Angers, un mois de prison (d’après Arch. PPo., uniquement).

29 août 1851, Paris, 1.000 fr d’amende (50 fr seulement d’après Arch. PPo) : publication de gravures sans nom d’imprimeur.

21 septembre 1857 (jugement confirmé le 12 décembre), Paris, un an de prison, 6.000 fr d’amende : publication et vente des Mystères du Peuple d’Eugène Sue.

14 juillet 1858, Paris, cinq ans de prison, 6.000 fr d’amende : publication du Dictionnaire universel.

6 avril 1859, Paris, cinq ans de prison, 6.000 fr d’amende (par défaut) publication du Dictionnaire universel (peine confondue avec la précédente). D’après Arch. PPo, il s’agit de la publication du Petit Dictionnaire français illustré.

4 février 1870, Paris, 100 fr d’amende : publication d’un dessin non autorisé.

19 décembre 1873, Paris, 3e conseil de guerre, déportation dans une enceinte fortifiée (par contumace) : participation à la Commune.

11 juin 1875, (par contumace), Liège, six mois de prison et 500 fr d’amende pour outrages aux bonnes moeurs et un an de prison pour provocation à la désobéissance aux lois (en raison de la publication du Manuel des Confesseurs).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article167846, notice LACHASTRE (Baron de) Claude, Maurice, ou LACHATRE Maurice, dit Maurice La Châtre et Marius Lebrenn ou Marius Lebrein., version mise en ligne le 21 novembre 2014, dernière modification le 30 octobre 2019.

OEUVRE : Histoire des Papes... plusieurs éditions. Celle de 1865 est en 10 volumes in-8°, Bibl. Nat., H/5576-5585. — Dictionnaire universel, panthéon littéraire et encyclopédie illustrée, en 2 volumes, Paris, 1853-1854, in-4°, Bibl. Nat., Z/1744-1745. — Nouveau Dictionnaire universel, Paris, plusieurs éditions. Celle de 1865-1870, 2 tomes en 4 volumes, in-4°, Bibl. Nat., X 5032-5035. — Histoire du Consulat et de l’Empire..., s. d., Paris, in-8° Bibl. Nat., 4° La 32/539 A.
Ni dieux, ni prêtres..., textes choisis, introduits et annotés par François Gaudin, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2019.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/855 n° 2031. — Arch. Nat., BB 30/374 et 389 (Bordeaux). — Arch. PPo., A a/1134 : elles comprennent notamment une quinzaine de lettres de La Châtre écrites de Vevey (4 janvier-13 juin 1876) et de San Remo (17 juillet 1876-6 novembre 1878). — Arch. Dép. Seine D1 U5 1184, n° 2819, D1 U5 303, 6 août 1875. — Arch. Dép. Gironde, M 1206. — Arch. Gén. Roy. Belgique, dossier de Sûreté n° 274 940 (en 1880). — Internationaal Instituut voor Sociale Geschiedenis, Amsterdam (correspondance avec Marx). — Lucas, Les Clubs et les clubistes, Paris, Dentu, 1851. — Les Murailles révolutionnaires de 1848, Paris, 1852, p. 19, 43, 698. — Unbekanntes von Friedrich Engels und Karl Marx. I, 1840-1874, Trier, 1986, p. 144-148. — Notes de M. Cordillot et J. Grandjonc. — François Gaudin, Maurice Lachâtre, éditeur socialiste (1814-1900), Lambert-Lucas, 2014.

ICONOGRAPHIE : Une photographie parue dans un ouvrage de Romain Guignard : Personnages et monuments d’Issoudun, Gaignault, éditeur à Issoudun, 1946. (L’original appartient à M. Edme Richard, 28, rue des Minimes, Issoudun, Indre.)

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