ROBERT Pierre, Octave

Par Jacques Girault

Né le 3 mars 1904 à Vernon (Eure), mort le 24 août 1973 à Créteil (Val-de-Marne) ; professeur ; militant du SNES.

Fils d’un ingénieur dans les industries électriques, Octave Robert effectua ses études secondaires et supérieures à Marseille (Bouches-du-Rhône). Il obtint une bourse d’agrégation de sciences physiques, fut admissible en 1925 et reçu en 1926 alors qu’il était préparateur à la faculté des Sciences de Marseille. Il effectua son service militaire et le termina en 1927 avec le grade de sous-lieutenant.

Octave Robert effectua une rapide carrière dans les lycées province, souhaitant dès le début être nommé à Paris. Il commença sa carrière à Carcassonne (Aude) en 1927-1928, à Béziers (Hérault) en 1929-1930, à Toulon (Var) de 1930 à 1932, enfin à Marseille (Bouches-du-Rhône) de 1932 à 1934. Obtenant une chaire au lycée Buffon à Paris en 1934, il effectua un remplacement en classe de mathématiques supérieures au lycée Saint-Louis. Il n’eut alors de cesse d’émettre le vœu d’obtenir une classe de mathématiques supérieures. Il fut nommé au lycée Louis le Grand en 1938 dans les classes du secondaire.

Octave Robert, célibataire, avait reconnu être le père d’une fille née en 1937. Mobilisé dans le Train en septembre 1939 comme capitaine, il fut libéré par les Allemands le 1er novembre 1940. Plus tard, il indiqua s’être évadé.

Octave Robert reprit son service au lycée Louis le Grand. La classe de mathématiques supérieures lui étant régulièrement refusée, son attitude générale se modifia. Peu ponctuel, ne s’intéressant qu’à certains élèves, vaniteux, ne finissant pas les programmes, n’ayant pas de bons rapports avec de nombreux collègues, il était malgré tout reconnu comme un bon enseignant.
Une première sanction arriva en 1946. Bien que rédacteur scientifique à Science et vie et à Vie et électricité, Il fut reconnu comme artiste-fantaisiste dans des cabarets parisiens, participant aussi à des galas organisés au profit des déportés ou des enfants juifs. Mis à pied en janvier 1947 par le conseil supérieur de l’Éducation nationale, cette condamnation fut modifiée et il fut muté en octobre 1948 au lycée Corneille à Rouen (Seine-Inférieure) où il fut chargé aussi du cours de MPC à la faculté.

Sa pédagogie active fut souvent citée comme exemple, notamment il effectuait avec ses élèves des visites d’usines locales. Il excellait dans l’enseignement de la physique atomique et de l’aérodynamique, domaine où il avait publié plusieurs articles dans des revues scientifiques.

Militant du Syndicat national de l’enseignement secondaire, il était le secrétaire de la section de son lycée (S1) et de la section départementale (S2). Actif, par exemple, en juin 1950, par lettre au Ministère, appuyée par une pétition des élèves, il protestait à propos d’une fuite de gaz dans les classes de sciences. L’inspecteur d’Académie, après l’avoir reçu en août 1950, certifia qu’il s’agissait d’une ancienne querelle avec le proviseur qui avait demandé son déplacement d’office.

Bien qu’exprimant le vœu d’obtenir une classe de mathématiques supérieures dans un lycée parisien, il accepta en 1952 le poste de professeur en classe de préparation au concours de Saint-Cyr au lycée Hoche à Versailles (Seine-et-Oise) qui fut complétée en 1955 par le poste en classe de préparation à l’école des Hautes études commerciales.

Membre du bureau de la section locale du SNES, Octave Robert, à la fin des années 1950, se trouva face à des élèves hostiles à la Quatrième République et à des professeurs partageant cette opposition. Il n’accepta pas que le proviseur ne sanctionne pas l’absentéisme de nombreux élèves politisés. La pétition qu’il proposa se heurta à l’opposition de quelques syndiqués et de la majorité de membres de l’amicale. Rédacteur à la Revue générale de Mécanique et d’électricité et à la Revue générale d’électricité, il tendait à mépriser ses collègues et ses élèves les plus faibles. Ses propos étaient souvent excessifs. A partir du milieu des années 1960, certains de ses élèves engagés dans des mouvements d’extrême-droite ou d’extrême-gauches subirent des sanctions de sa part. L’association de parents d’élèves, d’opinion conservatrice, multiplia les démarches pour l’écarter et finalement obtint de la part du ministère la suppression de la classe de Saint-Cyr. Appuyé par le SNES, il engagea un recours auprès du Tribunal administratif qu’il perdit en 1965.

Tout en restant membre du SNES, Octave Robert évolua politiquement vers la droite, refusa de faire grève en mai-juin 1968, fut particulièrement sévère avec les élèves grévistes. Il demanda sa mutation pour le lycée Berthelot à Saint-Maur afin de se rapprocher de son domicile à Sucy-en-Brie (Val-de-Marne) où il présidait l’association des anciens combattants. Le ministère décida alors sa mutation dans l’intérêt du service au lycée de Sarreguemines (Moselle). Le S1 de ce lycée protesta car cette arrivée perturbait la situation locale et le SNES sur le plan national refusa cette procédure sans consultation des élus alors qu’il n’y avait pas de poste budgétaire disponible. Octave Robert entama un nouveau recours devant le Tribunal administratif. Invité par le Ministère à demander sa retraite en mars 1969, il demanda à être maintenu en poste jusqu’à la fin de l’année scolaire ce qui lui fut refusé malgré l’intervention du secrétaire général du SNES.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article167090, notice ROBERT Pierre, Octave par Jacques Girault, version mise en ligne le 2 novembre 2014, dernière modification le 17 octobre 2015.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. : F17/17776, 29264.

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