PERRACHON Blaise [PERRACHON Joseph, Étienne, dit Blaise]

Par Jean Maitron

Né à Lyon le 24 mai 1829, mort le 27 août 1878 à Paris, à la maison municipale de Santé du Xe arr. ; deux fois veuf ; monteur en bronze ; membre de l’Internationale.

Blaise Perrachon était lié avec Armand Lévy, directeur de L’Espérance, familier du prince Napoléon, et qui propagea dans son journal les idées du groupe du Palais-Royal. À ce titre il fut un des signataires des premières brochures ouvrières. En juin 1861, il se trouvait aux côtés d’Engelmann, de Davaud et de Kin à la réunion qui rassembla les délégués des sociétés parisiennes de crédit mutuel, lesquels établirent un projet de statuts type de « Société de crédit mutuel et de solidarité commerciale ». Ces délégués reprenaient ainsi, secrètement, la tradition de l’Union des Associations de travailleurs interrompue par dix ans de silence. Perrachon signa l’appel publié par L’Opinion nationale du 20 janvier 1863, demandant à tous les travailleurs de verser 10 centimes par semaine en faveur des ouvriers de l’industrie cotonnière réduits au chômage par la guerre de Sécession.

En 1864, il fut un des signataires du « Manifeste des Soixante » (Voir Henri Lefort*). Au cours des années 1863 et 1864, il se rendit en Angleterre : le 22 juillet 1863, il assista, à Londres, avec cinq autres ouvriers parisiens, à un meeting en faveur de la Pologne et, le 28 septembre 1864, en compagnie de Tolain et de A. Limousin, il prit part au meeting de Saint Martin’s Hall qui marqua la fondation de la Première Internationale ; il signa alors une déclaration « ouvriériste » (voir Aubert Jean*). Il figure parmi les membres de l’Internationale, signataires d’une lettre rédigée par Fribourg et Ch. Limousin dans le courant de 1865, et adressée aux membres de l’AIT en vue de préparer le premier congrès de l’association. Cette lettre est donnée dans la brochure Congrès ouvrier. Association Internationale des Travailleurs, reproduite pp. 16-24 du t. I de La Première Internationale (J. Freymond) op. cit.

Blaise Perrachon fit partie du premier bureau de Paris installé, 44, rue des Gravilliers, le 8 février 1865, et de la délégation parisienne au congrès de Genève, 3-8 septembre 1866. Au cours de la discussion pour savoir si les travailleurs de la pensée pouvaient être admis dans l’Internationale au même titre que les travailleurs manuels, il se montra de nouveau « ouvriériste » comme la plupart des Français, contre les Anglais, les Suisses et les Belges, et soutint que ce serait vouloir la perte de l’Association Internationale des Travailleurs que d’admettre dans un de ses congrès un citoyen qui ne serait pas ouvrier. Un amendement Tolain en faveur de cette thèse fut repoussé par 25 voix contre 20 et finalement chaque section demeura libre d’interpréter le terme « travailleur » comme elle l’entendrait.

Poursuivi pour avoir fait partie de la Première Commission de l’Internationale — il en démissionna comme tous ses collègues le 19 février 1868 et une nouvelle Commission fut élue le 8 mars — il fut condamné, le 20 mars, ainsi que ses camarades, à 100 F d’amende pour avoir fait partie d’une association non autorisée de plus de vingt personnes, peine confirmée en appel le 29 avril et en cassation le 12 novembre.

En 1870, il demeurait, depuis cinq ans, 35, rue Oberkampf. Le jour de la proclamation de la République, le 4 septembre 1870, il fut de ceux qui adressèrent un appel au peuple allemand, lui faisant savoir que « le peuple français ne fait point la paix avec un ennemi qui occupe son territoire », mais lui demandant aussi alliance pour fonder « les États-Unis d’Europe ».

Pendant le Siège, il fut employé au bureau des subsistances du XIe arr. Sous la Commune, Perrachon fut « commissaire général » à la Monnaie où il avait été appelé par son ami Camélinat (cf. la lettre de ce dernier à M. Vuillaume, 15 septembre 1909, reproduite dans Mes cahiers rouges au temps de la Commune).

Dans L’Insurgé, Jules Vallès a présenté, en l’opposant à Tolain, Perrachon qui « lui, n’a pas quitté l’établi » et « représente le labeur manuel dans ce ménage d’opinions ». Cependant, Perrachon vénérait Tolain « à l’égal d’un Dieu ». « Et il le copie et il le singe, taillant sa barbe et ses cheveux tout pareil, boutonnant son paletot de même, et plantant son chapeau à semblable inclinaison sur le front ou l’oreille ». Mais, dit Vallès, « avec les bretelles de son tablier de travail, Perrachon lie à son patron d’idées le peuple, qui, sans cela, se défierait peut-être de cette veste qui s’allonge en redingote ».

Par contumace, le 19e conseil de guerre le condamna, le 25 juin 1872, à vingt ans de travaux forcés. En juillet 1878, Perrachon demanda à rentrer en France pour y rétablir sa santé. Il résidait alors à Laeken, 8, rue Frère-Orban, et sa requête fut appuyée par Tolain. Le 23 juillet, cette faveur lui fut accordée, mais « pour un mois seulement, et à titre tout à fait exceptionnel ». Il mourut à Paris le 27 août suivant. Voir Carrat ou Davezac (pour l’appel du 20 janvier 1863). Voir aussi Deroin Jeanne.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article166552, notice PERRACHON Blaise [PERRACHON Joseph, Étienne, dit Blaise] par Jean Maitron, version mise en ligne le 13 octobre 2014, dernière modification le 27 septembre 2017.

Par Jean Maitron

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/823, n° 5205 ; BB 24/851, n° 8066. — Arch. PPo., B a/439, et listes de contumaces. — Arch. Min. Guerre, 19e conseil, dossier 528. — J. Gaumont, Histoire générale de la coopération en France. — Arch. Gén. Roy. Belgique, dossier de la Sûreté, n° 251542 (en 1880). — F. Sartorius, J.-L. De Paepe, Les Communards en exil. État de la proscription communaliste à Bruxelles et dans les faubourgs, Bruxelles, 1971.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément