GOIS Émile, Charles, dit Degrin

Né le 16 juin 1829 à Chablis (Yonne), mort à Paris le 12 octobre 1888 ; employé ; déporté sous le Second Empire ; colonel sous la Commune de Paris.

Commis aux écritures, il fut déporté à Lambessa (Algérie) de 1852 à 1856. Ami d’Eudes et de Tridon, il appartenait, en 1868, au groupe blanquiste de Montmartre. Compromis, en 1866, dans l’affaire dite de la Renaissance, et en 1870, dans l’affaire Victor Noir, il fut condamné, à Blois, aux travaux forcés à perpétuité et trouva préférable d’abandonner son travail d’expéditionnaire chez un ingénieur-mécanicien pour gagner la Belgique. Il nia pourtant être l’un des chefs de la tendance blanquiste : « J’ai été flatté et surpris d’apprendre que je représentais Blanqui, que j’étais un de ses agents. Je n’ai jamais vu Blanqui, je ne le connais que par l’histoire qui me l’a montré comme un homme politique simple et honnête, chose assez rare par les temps qui courent » (La Cloche, 11 mai 1870). Il fut encore une fois condamné, par défaut sans doute, avec R. Rigault, le 13 juillet 1870, à quatre mois de prison, pour la publication du Grand complot, mélodrame plébiscitaire à grand spectacle en plusieurs actes et une foule de tableaux (Bibl. Nat., Lb 56/2952).

Gois rentra à Paris au lendemain du 4 septembre 1870 et, durant le Siège, travailla comme employé dans la police du XIe arrondissement ; il aurait fait aussi le commerce de l’ail. Il écrivit dans La Patrie en danger et dit par exemple, le 5 novembre : « Les clubs, les journaux, la Commune sont les seules forces qui peuvent organiser la défense et décréter la victoire. »

Nommé colonel d’état-major, aide de camp du général Eudes sous la Commune, il fut membre de la première cour martiale supprimée le 24 avril 1871 et présida la deuxième constituée le 12 mai. Il prit sa tâche très au sérieux : une lettre de lui à Delescluze, du 15 mai, signalait que le Cherche-Midi était encombré de détenus qui encouraient de simples peines disciplinaires, voire de suspects dont la démission des juges, de Rossel par exemple, retardait la comparution. Pour simplifier la justice, il préconisa un partage des causes entre deux séries de tribunaux : un conseil de guerre dans chaque arrondissement jugerait les faits mineurs, la cour martiale se voyant réserver les affaires d’espionnage, de subversion, d’attaques de presse graves.

Installé le 21 avril au palais de la Légion d’honneur, sans doute comme assistant du général Eudes, il garda ses fonctions de juge militaire. On lui reprocha d’avoir abandonné l’hôtel de Salm, le 23 mai, en donnant l’ordre de l’incendier, et surtout, le 26 mai, d’avoir exigé à la Roquette la livraison de cinquante otages qu’il emmena rue Haxo et dont il surveilla ou commanda l’exécution.

Il se réfugia en terre anglaise ; à Jersey d’abord, puis à Londres ; avec les membres du groupe blanquiste « La Commune révolutionnaire », il signa, en juin 1874, la brochure Aux Communeux, déclaration athée, communiste, révolutionnaire ; en 1876 il loua une petite maison à Hammersmith, sur les rives de la Tamise.
Le 6e conseil de guerre l’avait condamné à la peine de mort, le 30 novembre 1872, et il ne rentra en France, après l’amnistie, que pour y mener une vie assez pénible ; il obtint une indemnité annuelle de 1 200 F pour les dommages subis en 1851, mais il était malade, l’intelligence éteinte. Sur sa tombe, en octobre 1888, au cimetière de Pantin, Édouard Vaillant prononça un discours où il célébrait en lui un militant de la Commune.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article166551, notice GOIS Émile, Charles, dit Degrin, version mise en ligne le 13 octobre 2014, dernière modification le 1er août 2019.

SOURCES : Arch. Min. Guerre, 6e conseil. — Arch. PPo., B a/1098. — J.O. Commune, op. cit., 13 mai. — M. Vuillaume, Mes cahiers rouges au temps de la Commune. — M. Dommanget, Blanqui et l’opposition révolutionnaire, révolutionnaire à la fin du Second Empire, Paris, Armand Colin, 1960.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 326.

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