BEYER Georges. Pseudonyme dans la Résistance : Colonel Bernard. Dit Nardin

Par Claude Pennetier

Né le 11 septembre 1905 à Paris (XVIIe arr.), mort en octobre 1976 ; ingénieur chimiste ; dirigeant communiste ; responsable du service de renseignement des FTP, le Service B ; membre du comité central du PCF (1945-1950) ; chargé des dossiers sensibles à la commission des cadres ; beau-frère de Charles Tillon qu’il contribua à compromettre lors de l’Affaire Marty-Tillon.

Arch. FNIC-CGT, communiqué par Emeric Tellier

Georges Beyer était le fils d’un père ébéniste et d’une mère lingère-couturière à domicile. Une sœur, qui exerçait cette même profession, résida au Luxembourg. Ces derniers, sans appartenir au Parti communiste (PCF), lisent L’Humanité et votent pour le parti. Après des études au lycée Arago, il fit ses études d’ingénieur chimiste à l’École de physique et de chimie industrielle de Paris (EPCI) comme Roger Pascré, Andréjean, René Jugeau* ou Roger Houët*. Il fut membre du bureau et secrétaire de l’Union Fédérale des étudiants. Il obtint en 1923 une bourse d’études en Allemagne.
Il adhéra en 1924 aux Jeunesses communistes et au Parti communiste en 1925. Alors qu’il doit conserver secret son engagement politique, il milite ouvertement, avec René Jugeau* et Roger Houët*, à l’Union Fédérale des Étudiants (UFE) où il rencontre Juliette Ténine, puis plus tard Roger Pascré.

_. Il déclarait, dans son autobiographie, avoir fait son service militaire pendant dix-huit mois en 1929-1931 et, en même temps, indiquait pour ces dates un emploi d’ingénieur aux Phosphates tunisiens. En 1931, il devint ingénieur dans une savonnerie, La Saponite, jusqu’en 1934, puis à la raffinerie de pétrole Jupiter, ancien nom de la Shell à Petit-Couronne, en 1934-1935 où il rentra grâce à son ami René Jugeau*. Il fut renvoyé assez rapidement pour ses activités syndicales.
Il ne semblait pas avoir alors d’activité politique publique mais il avait rejoint le mouvement syndical en 1930 et siégeait en 1930-1932 au bureau du syndicat unitaire de la Fédération de l’industrie chimique CGT. Il séjourna alors au BIT à Genève. Il épousa en 1932 Germaine Camaillat qui était secrétaire dactylo à la Fédération des produits chimiques. Elle était la sœur de Marie-Louise Camaillat, dite Colette, compagne depuis 1930 (puis épouse en 1947, année de son décès) de Charles Tillon qui était alors à la tête de la Fédération CGTU de la Céramique et des produits chimiques.
Conseiller technique de la Fédération en 1937, secrétaire fédéral et membre de la commission exécutive fédérale de la Fédération en 1938, il était plus particulièrement chargé des relations internationales. Il représenta ainsi la fédération au Bureau International du Travail (BIT) à Genève, participa à la délégation française composée de Letellier*, Émile Vandenbossche et Désiré Granet (fédération du papier-carton) au VIe congrès de l’Internationale des ouvriers d’usines chimiques, verriers, papier-carton (31 mai - 3 juin 1938), organisation de la Fédération syndicale internationale (FSI), durant lequel il intervient pour réclamer des sièges de titulaires et de suppléants à la direction exécutive pour la délégation française. C’est peut-être au cours de ces rencontres internationales qu’il fut contacté par les services de renseignements soviétiques.
Il fut membre du Conseil national économique à partir du 22 décembre 1938 jusqu’en 1940, au titre de la Fédération nationale des industries chimiques.
Il participa à la commission chargée, en 1938, de rédiger une résolution à adresser à la CGT avec Henau*, Georges Vanhaute, Baugy* et Jourdin*.
Il est domicilié, à cette date, au 10, avenue de la République à Aubervilliers (Seine). La même année, il est membre du bureau du comité national des pétroles désigné lors de la seconde conférence des pétroles de juin à Clichy. En 1939, il est désigné arbitre par la Fédération pour la commission nationale de conciliation du pétrole et il représente la fédération des industries chimiques au congrès de la fédération polonaise des ouvriers d’usine à Cracovie.
La guerre déclarée, Georges Beyer est mobilisé comme lieutenant de réserve à Vincennes où il est affecté à une unité du parc automobile.

Georges Beyer garda la liaison avec le PC par sa femme et les responsables de la Fédération des produits chimiques. En août 1940, il rejoignit la région bordelaise, où Charles Tillon était instructeur interrégional, et fut responsable du parti pour la Charente et la Charente-Maritime. Benoît Frachon ayant rappelé Tillon pour faire partie du secrétariat du parti, Beyer devait lui succéder en décembre 1940. Sous le nom de Colonel Bernard, il joua un rôle de premier plan comme FTP. Agent de liaison habile, jouissant de la confiance de Tillon et de Jacques Duclos (qui le chargea par exemple, en 1942, de faire passer en zone sud Maurice Tréand mis à l’écart. Beyer prit en main la région de l’Atlantique dès décembre 1940. Tillon le rappela à Paris en février 1942, pour constituer un service de renseignement, le FANA, qui rendit des services à la Résistance intérieure aussi bien qu’aux services de Londres et aux Alliés. En 1943-1944, il était membre de la Commission militaire nationale des FTP.
En novembre 1944, il devient sous-directeur des Forces Françaises de l’Intérieur et travaille au ministère de la Guerre.
Après la Libération, il occupe le poste de secrétaire général adjoint du bureau fédéral provisoire. Il prit ensuite la profession de représentant en encyclopédies médico-chirurgicales chez Quillet et milita au syndicat des voyageurs-représentants. Roger Houët lui offre par la suite un poste à la CIFAL, entreprise d’import-export qu’il a créée, et l’une des rares à travailler régulièrement avec les pays de l’Union soviétique.
Il siégea quelques mois au comité central du PC, élu suppléant en 1945. Il devint titulaire de 1947 à 1950 et fut chargé de la Section des Cadres Militaires et plus généralement des problèmes de sécurité touchant le Parti. Georges Beyer publia des articles dans Servir la France, « L’Offensive contre les nationalisations », (octobre 1947), « Les Nationalisations sont à reconquérir » (mars 1948) et dans France d’Abord, « Où sont passés les milliards du BCRA ? » (25 février 1949).

Il siégea quelques années au comité central du PC, élu suppléant en 1945 il devint titulaire de 1947 à 1950. Georges Beyer publia des articles dans Servir la France, « L’Offensive contre les nationalisations », (octobre 1947), « Les Nationalisations sont à reconquérir » (mars 1948).Il participa à la création du Mouvement de la Paix en 1947. Le nom de Beyer fut évoqué lors de l’affaire Marty-Tillon : en juillet 1951 (ou en juin) Marty donna rendez-vous à Tillon chez Beyer « employé dans ses services » précise Tillon, ajoutant en note : « Beyer savait qui était chargé de liquider Georges Guingoin en zone sud ». La rencontre aurait eu pour objet l’organisation d’un meeting dans le XIIIe arr., mais Beyer dans une lettre jamais rendue publique, avertit le secrétariat que les deux dirigeants historiques du PCF auraient projeté l’organisation d’un travail fractionnel, et en particulier la publication d’un bulletin. Charles Tillon se défendit sans mettre en cause publiquement son beau-frère et sans expliquer les raisons de cette dénonciation. Des militants communistes rappelèrent par la suite que Beyer avait été accusé d’avoir introduit Iltis, agent de la Gestapo dans la commission militaire de la zone sud provoquant la liquidation du Comité directeur (P. Mania, art. cit.) ou d’avoir déjà facilité par son témoignage l’éviction d’Arthur Ramette du bureau politique.

Une lettre envoyée à Maurice Thorez le 27 juillet 1953 témoigne de sa mise en cause dans le parti : « Il y a longtemps déjà que je voulais renouveler auprès de toi la demande plusieurs fois faite auprès de la commission d’enquête et du secrétariat, de rechercher la vérité sur les attitudes qui m’ont été prêtées, notamment relativement à ma position à l’égard de l’URSS. Des déformations, des contre-vérités, des calomnies même ont été dites ou écrites. Si faible que soit devenue mon activité militante, cette situation ne la facilite pas. Le Parti est évidemment le meilleur et le seul juge de l’opportunité d’une telle enquête, mais je ne doute pas qu’il l’a décide un jour et que la vérité se rétablisse. » Il demandait, dans le même courrier, l’autorisation de rendre visite à Charles Tillon et à sa famille. Un rapport établi par un de ses neveux pour Fernande Valignat, détaille ses propos dans les réunion familiale et guettant la moindre divergence politique : « Le camarade Beyer indiqua que le Parti n’aurait pas du abandonner la bataille de dénonciation de de Gaulle et de son RPF. [...] la camarade Beyer, elle défendit une opinion analogue ; cependant elle ajouta qu’il était nécessaire de remplacer certains camarades à la direction du Parti. N’approuvant pas ces remarques, une discussion s’engagea qui ne réussit à convaincre personne. Je souligne toutefois le fait que le camarade Beyer désapprouva sa femme, lorsqu’elle préconisa la modification de la direction du Parti. »

Ce spécialiste du renseignement et du double jeu mourut en octobre 1976, emportant vraisemblablement avec lui quelques « secrets de parti ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16642, notice BEYER Georges. Pseudonyme dans la Résistance : Colonel Bernard. Dit Nardin par Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 29 juillet 2017.

Par Claude Pennetier

Arch. FNIC-CGT, communiqué par Emeric Tellier
Arch. FNIC-CGT

SOURCES : Arch. A. Vassart. — Archives Thorez, 626AP284 (Paul Boulland). — Arch. FNIC-CGT. — La Voix des industries chimiques, 1937-1939, 1945. — L’Écho des industries chimiques, 1939. — L’Humanité, 1938, 1939, 1944. – Le Monde, 29 octobre 1976. — A. Lecœur, L’Autocritique attendue, 1955, p. 20. — Charles Tillon, On chantait rouge, Paris, 1977. — - Charles Tillon, Un "Procès de Moscou" à Paris, Paris, Seuil, 1971. — Unir-Débat, n° 43-44, juillet-août 1970, article de P. Mania. — Notes d’André Caudron, René Lemarquis et surtout d’Emeric Tellier.

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