BEUNEUX Auguste

Par Jacques Omnès

Né le 5 janvier 1900 à La Baconnière (Mayenne), mort le 2 avril 1964 à Laval (Mayenne) ; instituteur syndicaliste ; secrétaire de l’UD-CGT de la Mayenne à la Libération, puis de l’UD « Force Ouvrière » ; militant de la SFIO.

Auguste Beuneux vers 1950.
Auguste Beuneux vers 1950.
Cliché fourni par sa famille.

Le père d’Auguste Beuneux était entrepreneur en maçonnerie ; sa mère était couturière.

Après avoir fréquenté l’école publique de La Baconnière, Auguste Beuneux entra en 1912 à l’école primaire supérieure d’Ernée (Mayenne). Trois ans plus tard, il était admis à l’École normale de Laval (Mayenne). En 1918, il aurait pu envisager la préparation au professorat des EN avec une bourse de quatrième année. La guerre et sa situation familiale le lui interdirent. Faute de mieux, il resta donc une année supplémentaire à l’EN comme surveillant et tenta de préparer le concours d’entrée à l’École normale supérieure de Saint-Cloud en travaillant le soir. Les contraintes de l’enseignement - en octobre 1919, il avait dû prendre un poste d’instituteur à Mayenne - et le service militaire vinrent contrarier ses projets.

En avril 1922, libéré de ses obligations militaires, il fut nommé à Pré-en-Pail (Mayenne). Pendant son service, l’association amicale des institutrices et instituteurs de la Mayenne, dont il était membre, avait décidé, à la fin de 1921, d’adhérer au Syndicat national des instituteurs et de prendre le titre de « section départementale de la Mayenne du Syndicat national ».

En 1926, il fut nommé à Villaines-la-Juhel et commença à militer au SNI.

En 1934, il prit nettement position pour l’unité d’action contre le fascisme. Au cours d’une réunion commune du SNI et du « syndicat des membres de l’enseignement laïque de la Mayenne » affilié à la CGTU, tenue à la Maison du Peuple de Laval le 22 février, il fit une intervention ainsi résumée par L’Effort Social, hebdomadaire de la Fédération socialiste SFIO de la Mayenne :

« Beuneux, conseiller départemental, fit le procès du régime capitaliste croulant, montra que les convulsions récentes sont les derniers sursauts d’un régime qui est incapable d’accomplir sa tâche et que nous devons travailler à l’avènement d’un régime nouveau.

Nous devons faire confiance à la classe ouvrière, nous joindre à elle pour mener à bien l’œuvre indispensable. Mais avant tout, nous devons grouper toutes les énergies pour former le faisceau prolétarien capable de s’opposer aux coalitions de toutes les forces de réaction. Il est impossible, dans cette réunion, de décider pour ou contre l’unité syndicale, mais nous devons préparer cette unité. Commençons par nous unir pour être prêts à répondre aux fomentateurs de troubles comme ceux du 6 février et montrer que le peuple ne se laissera pas priver de ses libertés les plus essentielles, les plus chèrement acquises sans se défendre jusqu’à l’extrême limite de ses forces. »

A l’issue de la réunion, une commission formée d’un nombre égal de militants de chaque syndicat fut chargée de se mettre en relation avec les organisations syndicales et les partis politiques désireux de former un comité de vigilance et de lutte contre le fascisme.

Le 16 décembre 1934, les deux syndicats mayennais de l’enseignement se trouvaient à nouveau unis pour un meeting commun contre la réaction, le cléricalisme et pour la défense de l’école laïque. Il fut présidé par un bureau comprenant notamment Camille Lhuissier* président, pour le syndicat unitaire (CGTU), et Auguste Beuneux, secrétaire, pour le SNI.

En 1935, Auguste Beuneux adhéra au Parti socialiste. Le 5 décembre de la même année, eut lieu l’assemblée générale de fusion des deux syndicats mayennais de l’enseignement. Après l’adoption des statuts du syndicat unifié, Auguste Beuneux fut désigné comme délégué au congrès national de fusion avec Laure Voyant*. Il ne fit pas partie de la commission administrative élue le même jour. Par contre, le 12 décembre, il fut élu à la commission « propagande » du syndicat.

En novembre 1936, Auguste Beuneux quitta Villaines-la-Juhel pour le cours complémentaire de Laval. Quelque temps après, il remplaça Charles Gresser* comme délégué du syndicat à l’Union départementale CGT. À ce titre, il participa au congrès de l’UD tenu le 6 juin 1937. Toujours membre de la commission « propagande », il entra également à la commission corporative du SNI au début de l’année.

Le 29 avril 1937, il fit à Mayenne une réunion d’information du syndicat. Au cours de son exposé, il déclara notamment : « La CGT est un grand élément de l’ordre ». Examinant la situation en Mayenne, il affirma que dans le département « le plus grand danger » était « le péril clérical ». Il exposa également sa conception du syndicalisme :

« Tant qu’il se maintient sur le terrain corporatif, le syndicat est indépendant de toute politique. Mais tout syndicat a un idéal de liberté à défendre. Le 12 février 1934 fut une grève de défense de la liberté. La CGT doit exercer une surveillance sur le gouvernement, c’est une mission. Elle ne peut rester neutre sur le terrain financier, par exemple. Elle doit épauler le gouvernement dans ses réalisations. »

Le 10 octobre 1937, Auguste Beuneux fut candidat de la SFIO pour les élections au conseil général dans le canton de Laval-Ouest. Il obtint 1 035 voix contre 2 559 au républicain URD et 184 au communiste Marcel Thibault*. Tirant les conclusions du scrutin, lui-même et Camille Lhuissier écrivirent dans Les Nouvelles Mayennaises du 17 octobre :

« Rien ne nous faisait prévoir un progrès aussi net. [...] Nous sommes très heureux de constater ici l’éveil de l’idée socialiste dans les milieux ruraux et urbains. [...] Dès aujourd’hui on voit clairement qu’il est possible de dégager une majorité de gauche à Laval. »

Il avait lui-même, la même année, contribué à la création de ce journal départemental du Rassemblement populaire, dont il assura le secrétariat de rédaction jusqu’en 1939. Il avait également participé à des meetings antifascistes.

En 1938, Auguste Beuneux, qui n’était toujours pas membre de la CA du SNI, conserva son mandat de délégué à l’UD et fit toujours partie des commissions corporatives et « propagande ». La section syndicale était alors dirigée par des militants ou des sympathisants du courant « École Emancipée », minoritaire au niveau national. Mais, à l’assemblée générale du 30 juin 1938, à laquelle participait le secrétaire national du SNI en personne, un renversement de majorité s’opéra en faveur des partisans de la direction nationale. S’estimant désavoués et très choqués par la publication dans La Voix Syndicale d’un article d’Henri Micard (voir Micard Lucien*, Henri*) très critique à leur égard, les membres minoritaires du bureau remirent leur démission à l’assemblée générale du 6 octobre 1938. Au cours de cette réunion, Auguste Beuneux revendiqua la direction du syndicat pour les majoritaires, mais estima que le bureau en place devait attendre le renouvellement statutaire de la direction, à la fin de l’année civile, pour démissionner.

Au cours de cette assemblée générale, il intervint également sur le prochain congrès de la CGT : il reprocha à la Confédération d’avoir pris les mêmes positions que le Parti communiste sur le problème de la paix et d’être « colonisée » par ce parti. Il souligna également l’accord qui existait entre tous les syndiqués de la section mayennaise sur l’indépendance syndicale et la question de la paix, ce qui signifie qu’il approuvait les accords de Munich.

Les minoritaires du bureau ayant maintenu leur démission, Auguste Beuneux accepta de reprendre des responsabilités : il succéda provisoirement à Marcel Fautrad*, démissionnaire, au secrétariat de rédaction du bulletin, apparemment sans grand enthousiasme :

« Si je ne sentais pas notre section en péril, si j’apercevais le groupe de camarades actifs et décidés à prendre leurs responsabilités, je me cantonnerais volontiers à d’autres formes de lutte sociale. Elle suffisent amplement à l’activité d’un homme.

Il en est trop qui désertent la bataille en ce pays de la Mayenne. Et ce sont toujours les mêmes qui héritent des charges les plus lourdes, au moment le plus critique » écrivait-il dans La Voix Syndicale de novembre 1938, après avoir violemment critiqué les minoritaires.

Dans le bulletin de décembre 1938, il renouvela ses attaques et défendit le nouveau projet de statuts soutenu notamment par lui-même et Micard :

« Si l’aménagement des statuts que nous avons proposé n’est pas voté dans ses grandes lignes, ce sera, en ce qui me concerne, très simple. Je rentrerai dans le rang et je n’en sortirai plus jamais. »

Le 15 décembre, l’assemblée générale entérina les nouveaux statuts : le rôle de direction revenait désormais à un bureau de huit membres pris dans la majorité du conseil syndical ; ce dernier serait composé de dix-huit membres élus au scrutin de liste à l’assemblée générale de juillet qui fixait l’orientation syndicale. Au cours de cette même réunion, Beuneux put donc poser sa candidature au nouveau conseil syndical élu sur la base de l’assemblée générale du 30 juin (douze majoritaires et six minoritaires).

L’assemblée générale avait eu préalablement à discuter du cas des syndiqués qui avaient fait défection pour la grève générale du 30 novembre décrétée par la CGT (voir Micard Lucien*, Henri*, Rouillet*, Sauleau René*, Letessier Emilien*). Auguste Beuneux demanda qu’aucune sanction ne soit prise à leur encontre.

Le 5 janvier 1939, il fut élu secrétaire de la section par la nouvelle CA. Il faisait en outre partie du comité de lecture du bulletin et restait délégué à l’UD.

Le 4 avril, il participa au conseil national du SNI et en revint très déçu par les « longs discours sans intérêt » et le « pénible débat concernant la grève du 30 novembre ». A propos du débat sur les problèmes de la paix, il écrivit dans le compte rendu publié par La Voix Syndicale de mai 1939 :

« Dénoncer, dans le vague et dans l’abstrait les conflits impérialistes, souligner les injustices des traités, la misère économique de certaines nations, c’est ne considérer les causes de guerre que sous un aspect, l’aspect général et permanent sur lequel nous sommes tous d’accord.

Présentement, il y a des stimulants d’un autre ordre, et qui deviennent singulièrement dangereux : les divergences raciales, l’orgueil des dictateurs, la mystique et le fanatisme des foules dans les états totalitaires, les violences répétées, les discours tonitruants, les invasions brusquées...

Qui peut s’obstiner à ne pas considérer cela ? [...]

Pourquoi s’obstiner à philosopher dans la lune quand le fléau raciste est à nos portes. »

Le problème de la paix fut également l’objet des débats du congrès de la Fédération SFIO de la Mayenne, tenu à Evron le 21 mai 1939. Auguste Beuneux y défendit la motion Blum contre la motion Paul Faure, la première étant la plus ferme à l’égard de l’Allemagne hitlérienne et la seconde d’inspiration plus munichoise.

En septembre 1939, dans un dernier article écrit pour Les Nouvelles Mayennaises, il attaqua violemment le Pacte germano-soviétique. Le 25 septembre, la CA de l’UD-CGT fut réunie à sa demande pour voter, à l’unanimité des présents, une condamnation énergique de l’accord germano-russe, de l’invasion de la Pologne par les troupes soviétiques et des accords Ribbentrop-Molotov.

Entre temps, il avait demandé au conseil syndical du 11 mai de le relever de ses fonctions de secrétaire du syndicat en raison de son état de santé et de ses multiples responsabilités. Mais en définitive, il avait accepté de conserver le secrétariat jusqu’à l’assemblée générale de fin d’année.

Les évènements en décidèrent autrement. La guerre ayant éclaté, Auguste Beuneux resta secrétaire du bureau provisoire du SNI mis en place le 5 octobre 1939. Le 17 décembre, il accepta même de devenir l’un des secrétaires adjoints du bureau provisoire de l’UD-CGT. Mais, rappelé en mars 1940, il dut abandonner ses responsabilités et fut remplacé au secrétariat du SNI par Henri Micard.

En 1943, contacté par Pottier, secrétaire de l’UD de la Sarthe, il accepta de prendre la tête de la CGT clandestine dans le département. Le 31 mars 1943, il ne tomba pas dans le piège grossier que lui tendit la Gestapo en envoyant chez lui un faux parachutiste canadien pour solliciter abri et protection.

En août 1944, il devint membre du comité départemental de Libération, où il siégea à la commission des profits illicites. Il rédigea pour les États Généraux de la Renaissance le cahier concernant les problèmes sociaux.

Placé en congé de l’École normale, il s’attela à la réorganisation des syndicats en Mayenne, parcourant souvent le département à bicyclette. Fin 1944, il était secrétaire du bureau provisoire de l’UD-CGT, avant d’être élu secrétaire général au XXIVe congrès départemental tenu en juillet 1945.

Dès cette époque, il exprima ses craintes devant une mainmise du Parti communiste sur la CGT et mit même en cause personnellement le secrétaire adjoint de l’UD, le communiste Gaston Magot*, l’accusant au congrès, puis dans Les Nouvelles Mayennaises du 12 août 1945, de rendre « difficile le travail en commun » et d’« organiser sa besogne à part ».

Au début de 1946, un congrès extraordinaire le confirma dans ses fonctions par 24 voix contre 15 au communiste Jean Primet*.

Militant du courant « Force Ouvrière », Auguste Beuneux se garda bien, en décembre 1947, de suivre immédiatement Léon Jouhaux dans la scission de la CGT-FO. Ayant rallié à FO le bureau de l’UD unanime et la majorité de la CA, il préféra organiser un référendum pour légitimer le passage de l’UD à la CGT-FO. Il s’appuya pour ce faire sur Les Nouvelles Mayennaises qui lui ouvrirent largement leurs colonnes.

C’est ainsi qu’Auguste Beuneux devint pour plus de dix ans le secrétaire de l’UD « Force Ouvrière » de la Mayenne.

En mai 1945, Auguste Beuneux avait également été élu conseiller municipal de Laval sur une liste regroupant des radicaux, des socialistes et des communistes. Son mandat fut régulièrement renouvelé. En 1956, il accepta de figurer sur une liste d’union municipale, en l’absence de liste adverse, et devint adjoint au maire. Il le resta jusqu’à sa mort.

Auguste Beuneux fut également administrateur, puis trésorier de la coopérative « l’Emancipatrice » de 1944 à 1955. Il fut également élu administrateur de la caisse de sécurité sociale qu’il présida plusieurs années.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16633, notice BEUNEUX Auguste par Jacques Omnès, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 30 août 2018.

Par Jacques Omnès

Auguste Beuneux vers 1950.
Auguste Beuneux vers 1950.
Cliché fourni par sa famille.

SOURCES : Arch. Dép. Mayenne, 3 M 516 et 2816. — Bulletin de l’Association amicale des institutrices et instituteurs publics de la Mayenne, 4e trimestre 1921. — L’Effort Social, 3 mars 1934. — Le Travailleur Unitaire, janvier 1935. — La Voix Syndicale, 1936-1940. — Les Nouvelles Mayennaises, 28 mai 1939, 1944-1948. — Renseignements et documents fournis par Monsieur Francis Robin.

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