BUREAU Suzanne [née PERRIO Suzanne, Aline, Andréa]

Par Marie-Louise Goergen

Née le 4 février 1905 à Mainvilliers (Eure-et-Loir), morte le 25 avril 1985 à Chartres (Eure-et-Loir) ; garde-barrière ; résistante ; déléguée du 4e degré ; membre du conseil national de la Fédération CGT des cheminots ; maire communiste de Vernouillet (Eure-et-Loir) de 1945 à 1947.

Troisième d’une famille de quatre enfants, Suzanne Perrio était la fille d’un ouvrier agricole et d’une garde-barrière originaires de Guingamp (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) qui s’étaient installés au passage à niveau de La Butte-aux-Clers dans la commune de Bailleau-l’Évêque, à une dizaine de kilomètres de Chartres (Eure-et-Loir). Son frère aîné fut tué dans la Somme en 1917.
« Montée » à Paris en 1920, elle fut embauchée comme employée de maison dans la famille d’un officier de carrière. Lorsque celui-ci fut déplacé en Allemagne lors de l’occupation de la Ruhr, Suzanne Perrio accompagna la famille et fit ainsi connaissance du peuple et de la culture allemands, y compris dans ses aspects de lutte sociale.
À son retour d’Allemagne, lors d’une visite à Suzanne Bureau, originaire comme elle de Bailleau et fille d’Étienne Bureau, militant guesdiste puis communiste et syndicaliste agricole d’Eure-et-Loir - voir sa biographie dans le DBMOF, tome 20, p. 404 -, Suzanne Perrio fit la connaissance de son frère James. Celui-ci était cantonnier aux Batignolles, syndiqué à la CGTU et membre du Parti communiste. Le couple se maria en juin 1925 à Paris (XVIIe arr.) et décida, après la naissance d’un premier fils en 1925, de demander l’attribution d’un passage à niveau. Ce fut chose faite le 4 février 1928 à Longueville-sur-Scie, près de Dieppe (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), où naquit, quelques mois plus tard, leur deuxième fils. En ces temps de division syndicale, Suzanne Bureau chercha - et réussit en ce qui concernait son rayon d’action - à faire percer les idées révolutionnaires auprès de cheminots en majorité acquis aux « ex-confédérés ».
Cherchant à se rapprocher de leur région d’origine, Suzanne et James Bureau furent mutés successivement à Saulnières, puis à Aulnay, sur la ligne Dreux-Chartres. Soutenue par « les convictions prolétariennes et l’esprit généreux » de James, qui faisait la cuisine et gardait ses fils le soir (témoignage de Jacques Bureau), Suzanne Bureau se mit à militer de façon plus active en organisant des réunions qui s’adressaient aux cheminots de la Voie, mais également aux ouvriers d’une usine d’engrais desservie par le passage à niveau. Adhérente du Parti communiste à partir de 1932, elle fut également déléguée des gardes-barrière pour le réseau de l’État.
La santé précaire de leur fils Gérard amena James et Suzanne Bureau à redemander une mutation. Le réseau de l’État leur attribua le passage à niveau de Vernouillet, à deux kilomètres de Dreux, où la famille s’installa en 1935. En 1934, Suzanne Bureau fit partie du bureau provisoire du Comité local des femmes contre la guerre et le fascisme créé à l’initiative du Parti communiste, avec qui elle organisa, en 1936-1937, l’aide aux réfugiés espagnols. Lorsque le Parti communiste fut interdit suite à la signature du pacte germano-soviétique, Suzanne Bureau organisa des réunions clandestines dans la maison de Vernouillet.
Le 9 juin 1940, la gare de Dreux et ses environs furent bombardés. La famille dut « s’exiler » dans les Deux-Sèvres pendant un mois. De retour après l’armistice, Suzanne Bureau s’engagea dans la propagande clandestine (diffusion de tracts, collage d’affiches). Le 22 avril 1942, des policiers français vinrent l’arrêter mais elle réussit à leur échapper en sautant par la fenêtre de sa chambre. Ce fut le début d’une période de clandestinité qui ne prit fin qu’à la Libération. Elle se mit à la disposition de la Résistance, sous le commandement de la responsable nationale du Front national pour la zone Nord et de l’organisation des Femmes patriotes, Maria Rabaté, et accomplit des missions, en particulier dans la Somme, avant de rejoindre les FTPF en 1943. Agent de liaison, sous le pseudonyme d’Aline, entre le Comité national militaire et le Comité interrégional Bretagne, elle assura le transport d’armements et de matériel de propagande d’avril 1943 à septembre 1944. Cette action lui valut le grade de sous-lieutenant des FFI. Les conditions difficiles dans lesquelles elle assura sa mission lui causèrent de graves problèmes de santé. Malade d’un poumon, elle se fit soigner clandestinement à la clinique Vercingetorix de Ouest-Ceinture à côté de Montparnasse avant de rejoindre sa famille à la Libération.
Aux élections municipales du 29 avril 1945, elle fut élue maire de Vernouillet sur une liste socialiste-communiste. Son mari étant muté deux ans plus tard, elle abandonna son mandat de maire pour le suivre. C’est à partir de cette date qu’elle se consacra entièrement au syndicalisme. Ainsi, elle fut la première femme élue au conseil national de la Fédération CGT des cheminots, et déléguée auprès du directeur général de la SNCF. La Fédération lui demanda de se rapprocher de Paris. Avec son mari, elle obtint une mutation à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise, Yvelines), où elle termina sa carrière au grade de garde-barrière de 4e classe (la SNCF n’avait pas pris en compte ses mois dans la clandestinité avant son rattachement aux FTPF) en 1960 au passage à niveau sur la Grande ceinture en bordure de la forêt près de la gare.
Au moment de la retraite, James et Suzanne Bureau se retirèrent dans le village de leur enfance à Bailleau-l’Évêque. Le 3 mai 1987, la commune de Vernouillet, dirigée par un maire socialiste, donna le nom de Suzanne Bureau à une rue passant à l’endroit où s’était trouvé le PN 59, celui où elle avait travaillé et milité.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article1660, notice BUREAU Suzanne [née PERRIO Suzanne, Aline, Andréa] par Marie-Louise Goergen, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 11 novembre 2008.

Par Marie-Louise Goergen

SOURCES : Arch. Fédération CGT des cheminots. — La Tribune des cheminots. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — La République du Centre, 30 avril 1985, 4 mai 1987. — L’Action, 3 mai 1985. — « Portrait de Suzanne Bureau », Les Cahiers de l’Institut, n° 16 spécial : L’histoire vraie des gardes-barrières, 2e trimestre 2002, p. 19. — Notes de Jean-Pierre Bonnet et de Pierre Vincent. — Renseignements communiqués par Jacques Bureau, son fils. — État civil.

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