SÉGUIN Léon, Henri, Marie, Albert (ou Léo), dit « Romme » [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Notice revue et complétée par Michel Cordillot

Né le 9 novembre 1846 à Paris (VIe arr.), mort le 29 mai 1881 à Béja (Tunisie) ; professeur ; journaliste ; franc-maçon ; officier d’état-major en 1871 dans les troupes fédérées ; exilé aux États-Unis.

Fils de Victorine Séguin et d’un père inconnu, Léon Séguin se disait déjà républicain à quinze ans, alors qu’il était élève au collège de Meaux. Il entra ensuite au lycée Louis-le-Grand et songea à Saint-Cyr, prépara l’École normale supérieure, mais échoua à cette dernière. Bachelier ès-lettres et ès-sciences, devenu professeur libre de grec et de latin à Dijon (Côte-d’Or) en 1869 ou 1870, il était par ses gestes, sa verve gouailleuse, un véritable enfant de Paris. Célibataire, il avait séjourné en Angleterre et vivait avec sa mère.

Léon Séguin prit une part active aux réunions publiques tumultueuses de la fin de l’Empire. Engagé à la déclaration de guerre, il fit du service comme franc-tireur, puis comme garde au 7e bataillon des mobiles de la Seine. Son patriotisme le jeta à corps perdu dans la Commune ; dès les premiers jours, il rejoignit le 20e bataillon fédéré. Secrétaire de Cluseret, puis chef d’état-major de Rossel, il était à cette époque d’après un témoin un « tout petit homme de vingt-quatre ans dont le corps mince et grêle s’agite dans un gros costume de moblot [...] Il porte cette tenue, plus bizarre que puritaine, avec une crânerie empêtrée d’une drôlerie irrésistible. »

Franc-maçon, Léon Séguin demanda en mai asile à des amis qui, pour certains, le regardèrent comme un suspect indésirable ou un poltron ; d’autres l’accueillirent. Fin juin, un chef d’institution, ignorant son identité, lui offrit un poste de professeur ; il y resta trois mois, et y apprit l’espagnol. Parti le 18 mars 1872 avec un passeport suisse, il gagna Avricourt (Moselle), puis Strasbourg (où il était le 27 mars) et enfin Londres, où il arriva le 29. Sa mère l’y rejoignit et il y resta jusqu’en 1875, travaillant comme professeur dans une bonne pension, donnant des leçons particulières, voyant peu par ailleurs ses compagnons proscrits.

En septembre 1875, Léon Séguin gagna New York. Très lié aux frères Gustave et Élie May, il fut accusé par Fondeville d’avoir été leur complice dans une manœuvre frauduleuse à son encontre. Cela n’empêcha pas Séguin de collaborer activement au Bulletin de l’Union républicaine de langue française (de fait il y avait déjà publié plusieurs textes en 1874). On relève notamment un article sur la question de l’amnistie et l’attitude de l’Assemblée, et un autre dénonçant la justice militaire.

Le 8 juillet 1877, Léon Séguin était présent à Newark (New Jersey) pour l’enterrement du docteur Parisel, avec lequel il avait été lié, et il prononça à cette occasion un éloge funèbre. Il figura encore parmi les 54 signataires de la lettre de soutien que les communistes new yorkais adressèrent le 31 décembre 1877 aux membres de la Vieille Icarie à la demande d’Arsène Sauva (voir Joseph Olivier).

Le 3e conseil de guerre avait condamné Léon Séguin par contumace, le 16 juillet 1873, à la déportation dans une enceinte fortifiée. Ce dernier apprit avec autant d’étonnement que de retard qu’il était censé avoir commis des crimes et avoir été fusillé... Amnistié le 17 mai 1879, il rentra en France. Il devint journaliste, et c’est comme correspondant du Télégraphe qu’il trouva la mort pendant la campagne de Tunisie, frappé à coups de couteau par un Marocain déserteur. « Séguin était un passionné et le resta toujours, écrivit alors Georges Renard, mais il était, pour ainsi dire, surtout à la fin, un passionné de sang-froid. »
ŒUVRE : Le Ministère de la Guerre sous la Commune, (texte paru dans The Fortnighty Review, vol. XXII, 1872), publié sous le pseudonyme de Romme, Paris, Librairie démocratique, 1872 ; réédité à Paris en 1879, in-16, 32 p., 8° Lb 57/7198 ; La Prochaine Guerre, 1880, in-18, 316 p., 8° Lb 57/7324 (cotes Bibl. Nat.).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article165925, notice SÉGUIN Léon, Henri, Marie, Albert (ou Léo), dit « Romme » [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Notice revue et complétée par Michel Cordillot, version mise en ligne le 6 octobre 2014, dernière modification le 6 octobre 2014.

Par Notice revue et complétée par Michel Cordillot

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/859 A ; Arch. Min. Guerre, 3e conseil ; Arch. PPo., listes de contumaces et Ba/1268 ; Bulletin de l’Union républicaine, 17 avril, 16 septembre 1876 ; New York Herald, 8 juillet 1877 ; New York Sun, 9 juillet 1877 ; Le Télégraphe, 2 juin 1881, article de Georges Renard ; Louis Barron, Sous le Drapeau rouge, Paris, Savine, 1889, p. 18 ; Jules Prudhommeaux, Icarie et son fondateur Étienne Cabet, Paris, Cornély & cie, 1907, p. 531 <-> CDRom Maitron.

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