Née le 20 octobre 1935 à La Madeleine (Nord), morte le 18 mai 2017 à Menin (Belgique) ; vendeuse ; permanente commerce à la Fédération CFDT des services ; secrétaire générale de cette Fédération de 1984 à 1990, membre de la commission exécutive confédérale de 1990 à 1998.

Marguerite Bertrand était l’aînée des trois enfants de Georges, Marcel, Victorin Bertrand, employé militaire qui fut ensuite commerçant avant de finir sa carrière comme employé de gardiennage à l’usine métallurgique de Fives-Lille (Nord). Ce dernier avait épousé Raymonde, Marie Masse qui fut ouvrière chocolatière avant de partager le travail de commerçant de son mari. Tous deux étaient catholiques mais ne pratiquaient pas leur religion. Ils n’appartenaient à aucune association mais, dans sa jeunesse, Georges Bertrand en politique se situait à gauche. Marguerite Bertrand fréquenta à Lille-Wazemmes une école primaire privée, fit sa communion solennelle et passa avec succès le certificat d’études primaires (CEP). A 14 ans elle quitta l’école et fut apprentie couturière. Elle entra à 18 ans comme vendeuse chez Heaulme, magasin situé rue Esquermoise à Lille. Au bout de cinq ans, elle passa dans un autre commerce d’articles de piété Art et religion traditions, rue Grande Chaussée à Lille. Elle y resta une vingtaine d’années avant de partir en 1979 pour Paris en qualité de permanente commerce à la Fédération CFDT des services, elle fut Secrétaire générale de cette Fédération de 1983 à 1990. En 1990 elle fut élue secrétaire nationale de la CFDT, membre de la Commission exécutive confédérale. Elle prit sa retraite à 63 ans, en décembre 1998. Elle mena une vie active jusqu’à l’accident vasculaire cérébral qui la frappa en février 2006 et la rendit hémiplégique. Soignée d’abord à l’hôpital Swynghedauw qui dépend du Centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille, elle fut admise le 18 mai 2006 à la Résidence Marie-Astrid, sise à Menin (Belgique).
Toute la vie de Marguerite Bertrand fut consacrée à l’action syndicale. Elle avait adhéré en 1960 au Syndicat des employés de commerce de l’Union locale (UL) CFTC de Lille et environs, devenue actuellement l’Union territoriale interprofessionnelle (UTI) de Lille et environs. Elle fut responsable de ce syndicat tant à l’UL de Lille que dans les magasins où elle fut vendeuse. Elle tenait ses permanences au siège de l’UL, de 12 h à 14 h, pendant son temps de repas pour les vendeurs et vendeuses eux-mêmes libres à ces heures. À cette époque elle réalisa le « Livre noir des travailleurs du petit commerce », mettant en évidence leurs conditions de travail. Ayant, par son action, développé son syndicat, elle fut appelée pour être permanente à Paris, à la Fédération générale des services. Cette Fédération était issue en 1971 de la Fédération française des employés du commerce et de l’industrie dont l’origine remonte au Syndicat des employés du commerce et de l’industrie (SECI) fondé en 1887 à Paris. Marguerite Bertrand retraça elle-même l’histoire de la constitution progressive de la Fédération des services, à partir des syndicats d’employés dans deux ouvrages parus, l’un en 1984, l’autre en 2001.
Durant son mandat de secrétaire générale, M.Bertrand s’attacha à faire reconnaître les emplois de service comme de véritables métiers reconnus et qualifiés. Elle participa au congrès confédéral de Bordeaux (Gironde) en 1985. Elle y exposa l’objectif de la Fédération des services de concourir à l’émergence d’une classe ouvrière « debout » pesant sur les réalités de l’entreprise, pour y obtenir des garanties collectives, afin que les emplois de services ne soient pas synonymes de précarité. Elle participa également au congrès de Strasbourg (Bas-Rhin) en 1988 où elle intervint contre l’amendement présenté par six syndicats de la métallurgie parisienne qui demandaient que la projet syndical de la CFDT fut fondé sur le socialisme autogestionnaire et non sur l’autogestion. Pour M.Bertrand qui parlait au nom des syndicats "Services et commerces du Pays de Cornouailles", donner une connotation politique à notre projet d’autogestion, c’est aller à l’encontre d’une démarche syndicale. Nous devons être non un bureau d’études avec un label de gauche, mais une force syndicale capable de rassembler le maximum de salariés et pas seulement ceux qui se réclament de la gauche. Elle eut gain de cause car l’amendement fut repoussé. Au Conseil national confédéral d’octobre 1988 elle prônait un syndicalisme de solidarité face à certaines revendications catégorielles.
De 1989 à 1991, M. Bertrand siégea au Conseil économique et social, dans la section du travail. De 1990 à 1998, elle fit partie de la Commission exécutive de la CFDT. Elle y avait en responsabilité les conditions de travail, la formation syndicale, les femmes, l’organisation syndicale dans les petites et moyennes entreprises (PME).
Rentrée à Lille à sa retraite en 1998 elle aida à organiser la CFDT dans les (PME) de la région car jusqu’à son départ pour Paris comme permanente, sa carrière professionnelle et sa vie syndicale s’étaient déroulées dans ce genre d’entreprises.
On comprend que Marguerite Bertrand ait reçu les insignes de chevalier de la Légion d’honneur le 18 octobre 1999 dans les locaux de la Confédération en présence de 150 personnes ; aux cotés de Nicole Notat, secrétaire générale, il y avait des amis, des anciens, des responsables PME, etc. Cette distinction, délivrée par Pierre Autexier au nom du Président de la République, avait été proposée par le secrétariat d’État aux PME, à l’artisanat et au commerce. Marguerite Bertrand fit remarquer que cela soulignait les progrès de la CFDT dans le domaine des TPE (Très petites entreprises) / PME.
L’activité de M.Bertrand ne se limitait pas au domaine syndical. De 1960 à 1965 environ, elle fit partie de l’Action catholique ouvrière (ACO) qu’elle quitta parce que cela ne s’accordait pas avec ses engagements. Elle se préoccupa de la politique, adhéra vers 1968 au Parti socialiste unifié (PSU) et fut trésorière de la section de Lille. Elle le quitta en 1974 pour militer dans un parti de "gauche révolutionnaire » qui n’avait pas de statut, dit-elle.
Marguerite Bertrand se souciait également du cadre de vie. Elle avait adhéré en 1955 au Mouvement de libération ouvrière (MLO) et y demeura jusqu’à sa disparition en 1969. Le MLO fusionna avec le Centre de culture ouvrière (CCO) pour devenir Culture et Liberté. Ce dernier poursuivait la partie « éducation populaire » mais n’intervenait plus dans le combat social. Elle n’en fit d’ailleurs pas partie.
Ainsi, sur tous les plans, Marguerite Bertrand mena une action vigoureuse et efficace, tant que sa santé le lui permit. Elle laissa des ouvrages qui éclairent le rôle qu’elle a joué.

ŒUVRE : M.Bertrand, Une jeune dame de 97 ans, Fédération des services CFDT 26 rue Montholon, Paris (9ème), 1984.
- M.Bertrand, aidée de Rémi Jehan, Forts comme le collectif, libres comme l’individu, Histoire de la Fédération des services 1887-1990, supplément à Inform’ action n° 213 Juin Juillet 2001
- Elle est également l’auteur, avec Gérard Minet de la Ligue des Droits de l’Homme, d’une brochure anonyme, non datée, Livre noir travailleurs petit commerce CFDT, Syndicat commerce 1 rue Saint Genois, 59 Lille, brochure réalisée vers 1977 car la CFDT a été transférée de cette rue à la rue Jeanne d’Arc en 1979, d’après le témoignage d’une employée de l’UL qui a vécu ce transfert. Or c’est seulement en 1979 que M.Bertrand partit à Paris comme permanente de la Fédération des services

SOURCES : État civil de La Madeleine, 17 mars 2006. — Notice autobiographique, février 2006. — Toutes ses œuvres précédemment citées. — Syndicalisme CFDT 20 juin 1985-1999 — 60ans de syndicalisme Pierre Deroo, Faire face, bulletin de l’Union territoriale interprofessionnelle de Lille et environs, février 2006. — Réponses de M.Bertrand aux questions posées par M.Singer, réponses enregistrées par Gilbert Ryon, Centre hospitalier régional universitaire de Lille, 6 mai 2006. (A.G.Ryon)

Madeleine Singer, Gilbert Ryon

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