MERIGEAU Jacques [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy, Dominique Petit

Né le 13 mai 1858 à Saint Léger (Deux-Sèvres), ébéniste, marié deux enfants, propagandiste par le fait à Paris

Arrivé à Paris en 1889, Jacques Merigeau cessa de voter depuis cette date et fréquenta les réunions anarchistes. Il fut membre du groupe anarchiste des menuisiers qui se réunissait 55 rue Meslay.
Au printemps 1893, avec plusieurs compagnons dont Mereaux, il avait loué à Daguenet, un atelier 14 impasse Rolleboise à Paris où il fabriquait des meubles et où se réunissaient chaque semaine les compagnons des 11è, 12è et 20ème arrondissements.

Candidat abstentionniste aux élections législatives du 20 août 1893, il fit afficher le placard « Le pot à colle au populo ».
En décembre 1893, Mérigeau faisait partie d’un groupe se réunissant salle du Chateau Rouge, 21-23 rue des Vignoles, et formé notamment de Brunet,Denechère, Chauvin, Strauch et Bourgeois.

A la suite de l’attentat au Palais Bourbon, des perquisitions furent opérées, chez Mérigeau la police débarqua le 18 décembre 1893, rue des Vignoles, dans l’impasse des Souhaits. Le commissaire trouva dans la poche d’un vêtement, un flacon rempli d’un liquide portant l’étiquette « Triple extrait à la peau d’Espagne » qui se révéla être de l’acide sulfurique et une boîte en fer-blanc contenant 220 grammes de « poudre verte », un explosif fulminant.
Le 20 décembre 1893, M. Meyer, le juge d’instruction de l’affaire Vaillant entendit Mérigeau et sa femme.

Le 21 décembre un journaliste du Temps, se rendit chez Mérigeau, l’appartement était composé d’une petite cuisine étroite comme un couloir et d’une chambre. Il y trouva ses deux enfants, l’un de six ans, l’autre de 14 mois, assis sur un sac. L’aîné gardait le plus jeune pendant que la mère était allée chercher de l’eau à la fontaine. Aux murs de la cuisine était accroché un numéro du Père Peinard, dont la gravure représentait une femme symbolisant l’histoire et qui écrivait sur de longues tables les méfaits de la société.
Mme Mérigeau rentra une heure plus tard, elle expliqua qu’elle avait également été interrogée par M. Fédée, officier de paix, chef de la brigade des recherches. Elle protesta auprès de lui sur les fausses informations reproduites par la presse et vraisemblablement données par la police, expliquant que Mérigeau aurait fouillé dans sa poche pour se saisir d’un tiers-point, alors que son mari n’avait opposé aucune résistance.

Mme Mérigeau tout en déclarant qu’il était un ouvrier consciencieux et qu’elle n’avait jamais eu à se plaindre de lui, reconnut qu’au cours d’une dispute, il avait cassé un carreau en voulant la battre.

Elle venait de recevoir une lettre de son mari, incarcéré au Dépôt, dans laquelle celui-ci expliquait qu’il avait déclaré au juge qu’il était anarchiste mais qu’il n’appartenait à aucun groupe.

Le 25 janvier 1894, Mérigeau comparut devant la 8ème chambre correctionnelle. Il prétendit que les objets saisis lui avaient été donnés le 17 décembre chez un marchand de vins place des Vignobles, par un camarade anarchiste qu’il ne connaissait pas et qui devait être un agent provocateur. Mérigeau expliqua qu’il les avait gardé dans sa poche jusqu’au moment où il fut arrêté. Il déclara qu’il n’était pas partisan de la propagande par le fait.
Le directeur du laboratoire municipal démontra qu’il suffisait de placer dans la poudre, le flacon bouché avec de l’ouate et de jeter le tout pour que le liquide prit contact avec la poudre et que l’explosion se produisit. La force de cette bombe était égale à celle de quatre cartouches de dynamite.
Mérigeau fut condamné à 3 ans de prison.

M. Espinasse, le juge d’instruction chargé de l’affaire de l’explosion de la rue des Bons-Enfants, le soupçonna d’avoir connu le groupe ayant commis l’attentat : Louis Bonnard, Auguste Crétot, Emile Henry et Marie Puget.
D’après un rapport d’un indicateur de police du 16 février 1894, Mérigeau aurait caché le nom de l’anarchiste qui lui avait remis l’explosif, trouvé chez lui, pour ne pas se mettre sa femme à dos. Celui-ci, Charles Strauch, aurait eu des relations intimes avec sa femme qui avait connaissance de quelques « mauvais coups » commis par Mérigeau.

Quant à Bonnard, il aurait été l’amant de Mme Mérigeau et le père du dernier enfant de celle-ci.

Mérigeau ne l’ignorait pas et donna même asile à Bonnard pendant 3 mois lorsqu’il fut recherché.

Les poursuites furent abandonnées lorsque Émile Henry avoua avoir commis seul l’attentat.
Pendant sa détention, sa femme et ses deux enfants furent accueillis à Londres par Guérineau

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article164732, notice MERIGEAU Jacques [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, Dominique Petit, version mise en ligne le 4 octobre 2014, dernière modification le 16 décembre 2017.

Par Rolf Dupuy, Dominique Petit

SOURCES : Journal des débats, Gil Blas, Le Rappel, Le Temps, Le XIXe Siècle, Le Petit journal du 27 février 1894 sur Gallica. — Archives PPo, Ba 140, BA 78 , BA 1508, BA 1509. — État civil de Saint-Léger-de-la-Martinière (Deux-Sèvres).

ICONOGRAPHIE : Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

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