Né le 7 juillet 1892 à Saint-Priest (Isère), mort le 18 mars 1965 à Paris ; professeur de langues vivantes (anglais, allemand) dans les Écoles primaires supérieures et les Écoles normales ; journaliste ; militant communiste des Vosges, de la Loire, de Côte-d’Or et de la Seine ; membre du comité central de 1925 à 1959 ; maire d’Épinay-sur-Seine (1935-1940, 1945-1947), conseiller général de la deuxième circonscription de Saint-Ouen (1935-1940), député de la sixième circonscription de Saint-Denis (1936-1942), et de l’Isère (1945-1946), sénateur de la Seine (1948-1958).

Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Sénat
Joanny Berlioz fut pendant quarante ans - de 1922 à 1962 - un des intellectuels les plus marquants du Parti communiste. Unanimement apprécié dans son organisation, pour sa grande capacité de travail, son dévouement et sa fidélité, il n’accéda cependant pas aux hautes fonctions auxquelles il semblait destiné.
Berlioz naquit dans une famille de petits paysans, exploitants familiaux d’une ferme qui sera ensuite travaillée par sa sœur et le mari de celle-ci. Son père était militant du Parti radical, maire cartelliste de sa commune et candidat en 1931 aux élections cantonales. Il sympathisait cependant aux idées de son fils dont il soutint la candidature aux législatives de 1928 à Vienne. Abonné à La Voix paysanne, lecteur assez souvent de l’Humanité, il était en liaisons assez lâches avec les politiciens radicaux de la région, en particulier Herriot. Élève, après ses études primaires à l’école primaire supérieure, il fut admis à l’École normale d’instituteurs de Lyon en 1908. Sorti de l’École en 1911, il obtint l’autorisation de séjourner pendant deux ans en Allemagne, pour accéder en 1913 (ou 1914) au Certificat d’aptitude au professorat d’allemand dans les Écoles normales. La guerre éclata avant que l’Education nationale ne lui eût offert l’occasion d’enseigner. Mobilisé au 30e régiment d’infanterie, il partit au front le 4 août 1914 et combattit dans les Vosges. Il eut deux blessures, dont une grave, le 25 septembre 1914 dans la Somme. L’armée lui décerna la croix de guerre et il fut nommé sergent. Son comportement courageux au feu en 1914, coïncida avec celui de jeunes instituteurs qui devinrent pacifistes au cours des années suivantes. Joanny Berlioz fut versé dans le service auxiliaire, il servit d’interprète dans les camps de prisonniers en 1916-1917 et mis en sursis, en septembre 1917, avec les instituteurs blessés de guerre. Il épousa, en 1908, Yvonne Lelec née en 1893 dans une famille catholique bretonne dont la mère appartenait à une famille de petits propriétaires fonciers et le père était professeur de lycée. Berlioz l’avait connue à l’hôpital militaire où il était soigné en 1915 et où elle était infirmière. Elle avait fait des études secondaires incomplètes, ne travaillait pas hors de son domicile mais l’héritage de ses parents en 1921 permit d’acheter, avec un emprunt complémentaires une petite maison à Epinay-sur-Seine. Catholique, elle cessa de pratiquer en 1920, appartint de 1923 à 1926 au PC au Pré-Saint-Gervais mais cessa d’être adhérente en restant attachée au communisme. Elle fut d’une aide constante à son mari dans son travail de documentation et d’information et sa discrétion permettait de tenir dans la maison d’Épinay des réunions illégales avec des représentants de l’IC ou de cacher des illégaux (Maurice Thorez* par exemple). L’administration le nomma dans les Écoles primaires supérieures de la Loupe (Eure-et-Loir), puis de Gérardmer (Vosges). Son diplôme d’allemand étant, semble-t-il, insuffisant pour lui ouvrir les portes des Écoles normales, il passa avec succès le Certificat d’aptitude au professorat de lettres en 1919.
Joanny Berlioz adhéra fin 1919 à la Fédération socialiste des Vosges sur les conseils d’un ami intime, Paul George dit Georges Airelle* instituteur au Beillard, communiste militant qui sera par la suite « monattiste » (écrit Berlioz en 1932) collaborateur de La Révolution prolétarienne jusqu’aux années trente. On relate qu’en 1919 il voulut faire aux Bas-Rupts, section de Gérardmer une conférence sur le socialisme à laquelle il n’eut que quatre auditeurs (Arch. Nat. F7 13 744). Il défendit les thèses favorables à la IIIe Internationale. Ayant quitté Gérardmer en août 1920, il n’eut pas le temps d’influer sur la vie politique locale. Dans un rapport du 16 août 1921, la préfecture des Vosges le présentait en ces termes : « D’une puissance exceptionnelle de travail, a poursuivi seul ses propres études. Il a donc eu peu de temps à consacrer à la diffusion de ses principes. Joanny Berlioz obtint un poste à l’École normale de Montbrison (Loire). Il participa à la création de la section communiste locale après le congrès de Tours (décembre 1920). Professeur à l’école primaire supérieure de Dijon (Côte-d’Or) en 1921-1922, il adhéra à la Fédération de l’Enseignement et intensifia son action dans le Parti communiste. Il mena une « lutte acharnée » contre l’opportunisme de Barabant* surtout après 1922 et rédigea alors un hebdomadaire. Berlioz aurait alors été menacé de révocation. Le directeur de l’École normale de Montbrison rédigea le 29 septembre 1921 une lettre affirmant que la tenue de Berlioz était bonne et qu’il n’avait pas cherché dans les deux conférences faites devant l’amicale laïque à transformer celle-ci en groupe communiste, contrairement à ce qu’affirmait la police. Il n’y eut pas de sanctions prises contre lui, et, c’est librement qu’il quitta l’enseignement pour se consacrer à plein-temps à l’action politique et sociale après avoir refusé un congé de convenances personnelles proposé à la suite d’une enquête administrative sur son activité politique (en octobre 1923).
Signataire de la déclaration de la « gauche » parue dans le Bulletin communiste du 5 octobre 1922, Joanny Berlioz fut déçu par le deuxième congrès du Parti communiste (Paris, 15-19 octobre 1922). Il écrivit à Pierre Monatte* le 22 octobre 1923 : « Content de vous voir quitter l’Humanité immédiatement après l’écœurant congrès qui vient de tuer le Parti communiste en France [...] l’hypocrisie centriste est aussi dégoûtante que le franc sabotage droitier » (Les Archives Monatte, op. cit., p. 367). Venu à Paris, il fut successivement rattaché à la section du 10e, puis aux cellules des chauffeurs de taxis à Levallois-Perret, d’Épinay, et du Gaz du Landy (cellule n° 900 du 9e Rayon). Berlioz débuta dans les services permanents du Parti communiste comme collaborateur de Claude Calzan*, lorsque celui-ci fut appelé, en mars 1923, à succéder à Boris Souvarine*, à la direction du Bulletin communiste. Il le suivit à l’Humanité où il remplit les fonctions, en remplacement de Rosmer*, de secrétaire général à partir du 8 mai 1924 (décision du Bureau politique, 22 avril). Le Bureau politique réuni le 12 juin 1924 le nomma secrétaire général de la presse quotidienne, (Humanité et Humanité-Midi) mais il demanda à être relevé de cette fonction au mois d’août 1924. Losovski, président de l’Internationale syndicale rouge avait demandé sa présence au congrès de l’ISR comme rédacteur-traducteur. Il était, en 1925, secrétaire du Bureau latin d’information de l’ISR et également responsable à l’information d’Inprekorr (La correspondance Internationale).
Il participa activement en 1923-1924, « sur l’ordre de l’ISR » à la mise sur pied (et ensuite surveilla la marche) de l’Internationale de l’Enseignement. Sa connaissance de l’allemand et, un peu moins, de l’anglais l’amenèrent pendant ces deux années à faire des voyages à l’étranger : trois fois en Angleterre dont deux illégalement - il fut recherché par la police anglaise -, plusieurs fois en Belgique comme représentant de l’ISR à des congrès d’enseignants. Il se rendit également plusieurs fois en URSS, notamment au 5e congrès de l’IC.
Johanny Berlioz fut élu au comité central lors du congrès de Lille (20-26 janvier 1926). En fait, selon son autobiographie du 5 février 1932, il participait depuis 1923 aux séances de cette instance. Il fut d’ailleurs invité ou délégué à partir de cette date pratiquement à tous les congrès et conférences du parti. Il fut même intérimaire au bureau politique ainsi qu’au secrétariat à plusieurs reprises et régulièrement pendant la période d’illégalité de septembre 1929 à mai 1930. Il resta au comité central (élu suppléant en 1932 et 1936 puis titulaire en 1937) jusqu’à la guerre avec, semble-t-il, une interruption en 1929 et 1932 (son nom n’apparaît pas dans les comptes rendus de réunions conservés à l’IMTh. cependant sa biographie publiée par le PCF dans La Voix du peuple au Parlement le dit membre du CC depuis 1929 ; un rapport de police annonce également son élection au CC lors du congrès de Saint-Denis, avril-mars 1929. Il eut pendant plusieurs années, la responsabilité de la section d’études économiques. Le BP lui demanda de faire le rapport sur les problèmes syndicaux à la conférence nationale de Saint-Denis, juin 1927 le même mois il rédigea, avec Thorez, la « lettre ouverte au Parti » qui amorçait la tactique classe contre classe. Il intervint au congrès national de Saint-Denis (31 mars-7 avril 1929) et traduisit le discours du représentant de l’Internationale communiste « William ». Le 5 mai 1930, il fut rédacteur de la lettre aux cellules sur la lutte sur les deux fronts. Ses fonctions l’amenaient à se déplacer à l’étranger comme journaliste ou comme syndicaliste. La police signalait qu’il avait obtenu en juin 1925, un passeport pour se rendre en Tchécoslovaquie et en Autriche, et le notait parmi les membres de la délégation française au congrès mondial de l’Internationale communiste tenu à Moscou en juillet 1928. Il effectua peut-être clandestinement d’autres voyages, en particulier pendant sa période d’illégalité. La justice l’avait inculpé pour complot contre la sûreté de l’État, en août 1929, dans l’affaire connue sous le nom de « complot Tardieu ». Il disparut de la vie légale pendant une dizaine de mois. En janvier 1930, Berlioz fit partie avec Servet (de retour de l’École léniniste internationale) et Gitton du bureau de l’Agit-Prop passée sous le contrôle direct de Barbé. Il fut également correspondant de journaux soviétiques et responsable de l’agence « Internationale Press Korespondenz ». Le Bureau politique le désigna, en juillet 1931 - à l’époque de la mise à l’écart du « groupe » - pour succéder à Florimond Bonte* au poste de rédacteur en chef de l’Humanité. Mais, il fut à son tour remplacé par Paul-Laurent Darnar et il ne conserva que le secrétariat général ; André Marty* le remplaça rapidement. Il travailla au secrétariat de la revue Les Cahiers du Bolchevisme pendant l’année 1933 et collabora étroitement à la Correspondance Internationale. L’assemblée générale de la Société nouvelle du journal l’Humanité, tenue le 30 juin 1933, élut à son conseil d’administration : Marcel Cachin, André Marty, Joanny Berlioz, Dupont, Dutilleul, Gourdeaux, Jacquet, Midol, Racamond, Daniel Renoult, Jégou et Oswald. Berlioz avait également appartenu au Conseil d’administration de la Banque ouvrière et paysanne créée par le Parti communiste et mise en liquidation judiciaire le 5 février 1930. Il fut inculpé lors du procès de février 1932 sur cette affaire.
Joanny Berlioz s’était présenté sans succès à plusieurs élections entre 1925 et 1935. Il avait dirigé la liste Bloc ouvrier et paysan lors des élections municipales de mai 1925 au Pré-Saint-Gervais, (commune où il habita de novembre 1924 à octobre 1927, 18, rue Émile-Zola, avant de s’installer à Epinay-sur-Seine dans un pavillon appartenant à son épouse). Le Parti communiste l’envoya pour les élections législatives d’avril 1928 dans son département d’origine l’Isère (première circonscription de Vienne). Il recueillit 1 076 voix ; quatre ans plus tard son successeur Richetta n’en obtint que 749. Candidat au conseil général de la Seine dans la deuxième circonscription de Saint-Ouen le 2 juin 1929, Berlioz regroupa 1 588 voix sur 8 175 inscrits. Ce fut à Épinai (où il aurait déjà été tête de liste en mai 1929) qu’il conquit ses mandats électoraux : devenu maire le 19 mai 1935 à la tête d’une municipalité entièrement communiste élue le 12 mai (voir les biographies de ses adjoints : Antoine Jullien*, Félix Merlin*, Arthur Charpigny*, Étienne Boulangeat*), Joanny Berlioz accéda au conseil général dans la deuxième circonscription de Saint-Ouen (Saint-Ouen Nord-Est, Épinai, Ile-Saint-Denis) le 2 juin 1935 (3 207 voix au 1er tour, 3 972 au second, sur 10 254 inscrits). Il fit acte de candidature aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936 dans la sixième circonscription de Saint-Denis (Épinai, Ile-Saint-Denis, Saint-Ouen) où il obtint 8 571 voix sur 17 610 votants et 19 692 inscrits (43,7 %) au premier tour. Le député sortant, Gustave Lesesne*, militant du Parti d’unité prolétarienne, fut battu au second tour : Berlioz recueillait 11 084 voix (56,5 % des inscrits). Il siégea aux commissions des Finances du conseil général et de l’Assemblée nationale. Au Palais-Bourbon, il appartint également à la commission d’Alsace-Lorraine, à celle de l’Enseignement et des Beaux-arts. Rapporteur du budget des Beaux-arts, le député-maire d’Épinay multiplia les observations et les propositions dans le domaine de la vie culturelle (voir Dictionnaire des parlementaires op. cit.). Il était, en 1938, vice-président de Radio-Liberté.
Antifasciste militant et connaisseur de l’Allemagne nazie, Joanny Berlioz semble avoir été surpris et déconcerté par le Pacte germano-soviétique. Le 26 septembre 1939, il fit voter à l’unanimité du conseil municipal d’Épinay, une déclaration affirmant que : le maire « entend continuer à remplir le mandat qui lui a été confié par le suffrage universel, en dehors de tout esprit partisan, et dans le cadre des lois républicaines, avec la volonté de réaliser au maximum l’unité morale de la population civile indispensable à la vie normale de la cité ». Mais, fidèle au Parti communiste, il répliqua à la dissolution de son organisation en participant à la création du Groupe ouvrier et paysan français de la Chambre. Berlioz fut arrêté le 6 octobre 1939 et déchu de ses mandats électoraux. Le 3 avril 1940, le troisième Tribunal militaire de Paris jugeant les députés communistes, le condamna à cinq ans de prison, quatre mille francs d’amende et cinq ans de privation des droits civiques. Berlioz avait terminé sa réponse à l’interrogatoire du colonel par la déclaration suivante : « Nous sommes poursuivis parce que nous avons mené sans cesse y compris pendant la guerre la lutte pour une paix juste et durable. La lettre au Président de la Chambre qu’on nous reproche d’avoir écrite ne visait qu’à essayer d’utiliser les ultimes chances de paix. Malgré la frénésie belliqueuse qui se déchaîne aujourd’hui dans les discours de nos gouvernants et des représentants de tous les Partis au Parlement, dans la presse et la radio dirigées, le peuple français, ainsi d’ailleurs que tous les peuples, n’aspire qu’à la paix la plus rapide possible, dans l’honneur et l’indépendance du pays. Messieurs les juges, vous répondrez à son attente en nous acquittant ; ce faisant vous aurez bien mérité de la cause de la Paix. » (d’après la lettre de Berlioz au Chef de l’État français, avril 1941, p. 1). Devant l’avance allemande de mai-juin 1940, les prisonniers furent déplacés à plusieurs reprises, entre le 17 et le 30 juin, de la Loire aux Pyrénées, pour aboutir à la prison du Puy (Haute-Loire). Durant les mois qui suivirent, Joanny Berlioz fut à plusieurs reprises mandaté par ses camarades pour écrire au gouvernement de Vichy.
Une lettre datée du 4 août 1940, et adressée au ministre de la Justice, annonçait celle plus connue de François Billoux*, membre du Bureau politique, au maréchal Pétain, Berlioz déclarait :
« J’ai appris par des visiteurs que le gouvernement avait créé un tribunal suprême qui doit prochainement juger un certain nombre de responsables des malheurs de notre pays. Je vous prie de bien vouloir me faire citer à titre de témoin à charge devant cette haute juridiction et je suis sûr que ce désir est également celui de mes vingt-six collègues emprisonnés comme moi arbitrairement depuis dix mois, et aujourd’hui à la maison d’arrêt du Puy.
« De par les fonctions que nous avions occupées au Parlement et de par les relations que nous avons eues avec de multiples personnalités politiques, nous sommes en effet en mesure d’apporter à la Cour des informations d’un intérêt capital sur les agissements scandaleux dont la France a été victime.
« Nous avons été précisément poursuivis, persécutés et condamnés sur l’ordre d’individus hier maîtres des destinées de la France qui vont être traduits devant le Tribunal suprême comme coupables de faiblesses lamentables, d’incapacité foncière ou de honteuses trahisons. Ils se sont acharnés contre nous dans le but de dissimuler ou de faire oublier leur politique néfaste aux intérêts de la nation. Nos déclarations contribueraient largement à mettre à nu les turpitudes de ces anciens dirigeants, en même temps qu’elles seraient un point de départ pour la révision de notre procès, monstrueuse parodie de justice, et notre éclatante réhabilitation.
« Le peuple de France réclame le châtiment de tous les vrais responsables des maux qui l’accablent. Dans l’espoir d’aider la lumière à se faire sur ce point, je sollicite donc d’être appelé à titre de témoin à charge devant la Cour suprême. »
Le 26 octobre 1940, une lettre au maréchal Pétain sollicitait le régime politique en reprenant les mêmes attaques contre les dirigeants politiques d’avant-guerre. J. Berlioz reprit la plume le 8 décembre 1940, pour s’étonner, auprès du Président de la Cour suprême de Riom, de l’absence de réponse du ministre de la Justice à sa proposition de témoignage : « Je pourrais notamment, affirmait-il, apporter des renseignements utiles sur la soumission aveugle de nos gouvernants aux volontés de l’impérialisme britannique, qui fut sans conteste une des causes de la guerre. » Vers avril 1941, le gouvernement de Vichy décida de déporter les principaux détenus politiques communistes en Algérie. Berlioz écrivit alors (vers le 15 avril) au maréchal Pétain, pour demander sa mise en liberté. Sa lettre de cinq pages reprenait les arguments développés devant le tribunal militaire et dans les lettres antérieures.
Déporté en Algérie, emprisonné à Maison-Carrée, Joanny Berlioz put être libéré en février 1943 (ou mai 1943 ?). Délégué de la « Résistance métropolitaine » à l’Assemblée consultative provisoire d’Alger, il y développa une grande activité et assura le secrétariat général du groupe de la « France Combattante ». Est-ce en raison de l’importance de ces fonctions qu’il laissa à Antoine Jullien la direction de la municipalité provisoire d’Épinay-sur-Seine à la Libération et, qu’il ne siégea pas à l’Assemblée départementale provisoire ? Il reprit la première magistrature municipale le 17 mai 1945 puis la perdit en 1947.
Le Parti communiste le présenta, en tête de liste, aux élections de la première Assemblée nationale constituante en Isère. Élu le 21 octobre 1945 au quotient électoral et réélu le 2 juin 1946 (deuxième Assemblée nationale constituante), il fut un membre influent de la commission des Finances et du contrôle budgétaire. Berlioz conserva son siège le 10 novembre 1946 mais démissionna le 23 décembre à la suite de son élection, le 8 décembre 1946, au Conseil de la République. Il resta sénateur de la Seine jusqu’au renouvellement du 8 juin 1958, où il ne se représenta pas pour raison de santé.
Membre du comité central de son retour en France à 1959, il fut, de 1948 à 1954, un animateur des sections centrales de politique étrangère et idéologique du PCF. Il remplit les fonctions de rédacteur en chef de la revue Démocratie nouvelle de 1945 à 1962. Après sa retraite politique, Joanny Berlioz assura la vice-présidence de l’Amicale des vétérans communistes et la présidence d’honneur de la section d’Épinay de l’Union des vieux de France. Paul Noirot le décrivait, à la fin de sa carrière de journaliste, comme un vieil homme à fines lunettes dont le visage triste couronné de mèches grises exprimait quelque amertume. Il expliquait son absence du Bureau politique par la méfiance des Soviétiques à son égard et, le peu de sympathie réciproque entre lui et Jeannette Vermeersch. Georges Cogniot écrivit dans l’Humanité du 20 mars 1965 : « Ce que ses amis étaient seuls à connaître, c’était sa gentillesse exquise, parfois voilée d’un trait de malice, que trahissait le sourire, sa délicatesse et sa sensibilité, son dévouement inépuisable à ses proches, sa modestie. La sève populaire, l’équilibre plébéien, le courage militant, - si hautement attesté en 1939-1940 -, composaient avec la finesse de culture la figure morale la plus attachante. »

ŒUVRE : Direction des journaux cités dans le texte. — La Lutte pour l’unité syndicale, 1926. — Après un an de pouvoir, la banqueroute frauduleuse des gauches, Paris, 1933. — Pages d’épopée française (en collaboration avec Étienne Fajon), mars 1944, 31 p.

SOURCES : Arch. Nat., F 7/13579, F7/13586 (IIe congrès de la CGTU), F17/27575 (Jacques Girault). — Arch. PPo. Ba/171, B a/1717, B a/1715, PPo 101. — RGASPI, 495 270 3882 (autobiographie du 5 février 1932). — Arch. Dép. Seine, DM3, D 2 M 2. — Arch. Jean Maitron. — Arch. Albert Vassart. — Bulletin communiste, 5 octobre 1922. — La Révolution prolétarienne, n° 11, novembre 1925, p. 17. — L’Humanité, dates des élections. — Le Réveil de la Montagne (Vosges), 1936-1938. — Journal de Saint-Denis, 18 et 25 mai 1935, 9 novembre 1935, 11 et 18 avril 1936. — Le Monde, 19 mars 1965. — Cahiers du bolchevisme, 1926-1939. — Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, n° 3 (31), avril-juin 1973. — Dictionnaire des parlementaires, op. cit. — Le Conseil municipal : Nos édiles, 1935-1941, op. cit. — Les Archives Monatte, op. cit., p. 367. — G. Cogniot, Parti pris, t. I, p. 101. — Paul Noirot, op. cit., p. 128-129. — Danielle Tartakowsky, Les Premiers communistes français, p. 196, n° 4. — Quand les communistes écrivaient au Maréchal Pétain, Paris, s.d.. — Paul Noirot, La mémoire ouverte, Stock, 1976, p. 128-129. - Notes de Jacques Girault.

Jean Maitron, Claude Pennetier

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