JOURDAIN Gustave [Annet, Jean-Marie, dit Gustave] [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot

Né à Felletin (Creuse) le 13 janvier 1823, mort dans cette même ville le 27 janvier 1899 ; avocat ; disciple de Pierre Leroux ; exilé à Londres au lendemain du deux décembre 1851 ; professeur (à Nashville, Tenn.) durant un bref exil aux États-Unis ; franc-maçon ; joua un rôle essentiel lors des réunions entre ouvriers anglais et français préparatoires à la fondation de l’AIT.

Gustave Jourdain fit son droit à Paris et devint avocat stagiaire le 27 mai 1846. Il fut admis au tableau de l’ordre à Aubusson (Creuse) le 20 novembre 1849.

Il fut l’un des disciples les plus ardents et les plus influents de Pierre Leroux dans la Creuse avant 1848. Martin Nadaud voyait en lui un « homme d’une rare énergie et d’un dévouement au parti républicain plus rare encore. »

Pour les élections à la Constituante du 23 avril 1848, Gustave Jourdain fit acclamer par les maçons creusois de Paris réunis à la Sorbonne la candidature de Martin Nadaud, qui ne fut acceptée que très difficilement par les démocrates de ce département et qui n’eut pas de succès. En mai 1849, par contre, Jourdain se dépensa dans la Creuse même, parcourant le département et signalant que Martin Nadaud était candidat et qu’il fallait ne pas omettre son prénom. Lui-même s’effaçait. Il n’obtint que 8638 voix, mais Nadaud l’emporta avec 19 355 suffrages.

Gustave Jourdain fut le correspondant à Felletin de la Propagande démocratique. Étroitement surveillé, il fut accusé d’y avoir suscité en décembre 1851, un attroupement de deux cents paysans rapidement dispersé par le commissaire de police. Cette tentative manquée de résistance au coup d’État motiva toutefois l’ouverture d’une instruction contre lui. La Commission mixte du département de la Creuse prononça sa transportation en Algérie (24 avril 1852). Traduit devant le conseil de discipline de l’ordre des avocats, il fut radié du barreau le 26 mai.

Gustave Jourdain réussit à partir pour Londres, où le suivirent son père et ses sœurs. Il y rejoignit la mouvance blanquiste de la Commune révolutionnaire, dont il signa le Manifeste. Ces socialistes révolutionnaires répudiaient les rêves pacifiques de Pierre Leroux et parlaient dans L’Homme de Charles Ribeyrolles de « l’emploi de la force comme unique instrument de la révolution ». Bien qu’il fût désormais en opposition avec Pierre Leroux, Gustave Jourdain effectua un voyage pour aller le voir à Jersey. En 1855, il défendit Talandier contre la Sentinel de Glasgow.

Peu après la proclamation de l’amnistie, Gustave Jourdain fit en 1860 un court séjour en France pour établir des relations entre la loge maçonnique des Philadelphes de Londres et celle de Paris. En 1862, il était grand maître de l’Ordre des Philadelphes. Lors du meeting londonien du 22 juillet 1863, ce fut lui qui servit d’interprète à la délégation ouvrière parisienne composée de Tolain, Murat et Perrachon. En 1864, lors de la séance du 5 octobre du Conseil général de l’Internationale, Le Lubez proposa qu’on l’admette comme membre, de même que Bordage, Jules Leroux, Morisot et Vasbenter. Ces candidatures furent adoptées à l’unanimité.

Gustave Jourdain alla à Limoges en 1864 et coucha dans la maison familiale de Talandier, reçu par la mère de ce dernier et strictement surveillé par la police. Il se partit ensuite aux États-Unis, sans doute vers 1865, fut professeur à Nashville (Tennessee) et y observa le fonctionnement des institutions républicaines. Il fut témoin en 1868 de la lutte électorale qui porta le général Grant à la présidence de la République. Il devint vénérable de la loge des Philadelphes en 1868.

Gustave Jourdain revint en France par Londres et se présenta en mai 1869 aux élections législatives dans la 2e circonscription de la Creuse (Bourganeuf-Aubusson), en désaccord avec Martin Nadaud, partisan de l’abstention, à cause du serment qu’il fallait obligatoirement prêter à Napoléon III. Il n’obtint que 1 100 voix contre 14 000 au candidat officiel. Il fut peu après reçu en qualité de membre honoraire par la loge parisienne « Saint-Pierre des Acacias ».

Gustave Jourdain vécut dans la retraite sous la Troisième République. Il avait demandé et obtenu une pension au titre de la loi de réparation nationale de 1881. P.-F. Thomas, alors professeur de philosophie au lycée de Guéret, qui préparait une thèse sur Pierre Leroux, rendit visite à Jourdain et le trouva plein d’admiration pour son premier maître, ayant oublié les démêlés de l’émigration.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article163591, notice JOURDAIN Gustave [Annet, Jean-Marie, dit Gustave] [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 4 septembre 2014, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par Michel Cordillot

SOURCES : AN, F15 4187 ; Martin Nadaud, Mémoires de Léonard, ancien garçon maçon, Bourganeuf, 1895 ; P.-F. Thomas, Pierre Leroux, Paris, 1904 ; P. Cousteix, « L’opposition ouvrière au Second Empire en Haute-Vienne », Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, année 1955 ; Jean Bossu, « Une loge de proscrits à Londres sous le Second Empire et après la Commune », L’Idée libre, 47e année, 27e série, n° 3 ; Denise Devos, La Troisième République et la mémoire du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, Paris, Arch. nat., 1992.

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