BERGE Marcel, Louis, Valentin

Par Michaël Attali, Jacques Girault

Né le 3 mars 1929 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; professeur d’éducation physique en Ardèche puis à Marseille ; secrétaire général du SNEP de 1969 à 1979 ; militant communiste.

Marcel Berge
Marcel Berge
en 1970

Son père était commerçant « plutôt à droite », sa mère, institutrice puis professeur d’éducation physique, était membre du Parti communiste français depuis 1956. Marcel Berge reçut les premiers sacrements catholiques, passa sa jeunesse dans la cité phocéenne et obtint le baccalauréat Philosophie en 1947. Élève de l’École normale supérieure d’éducation physique et sportive (1948-1951), membre de l’Union nationale des étudiants de France à partir d’octobre 1950, il adhéra au Parti communiste français en octobre 1949 à la section de Joinville-le-Pont. Il participa en juillet-août 1951 au Festival mondial de la jeunesse et des étudiants pour la paix et conduisit l’officieuse délégation française aux Jeux universitaires mondiaux de Berlin (République démocratique allemande). Il se maria religieusement en 1950 avec une secrétaire à Marseille, communiste, fille d’une manutentionnaire et d’un ouvrier communiste. Leurs enfants ne reçurent pas de sacrements. Il effectua son service militaire dans l’armée de l’Air (1952-1953) à Nîmes (Gard) puis, à Marseille.

Nommé professeur au collège moderne et technique de garçons d’Aubenas (Ardèche) en 1951, Berge exerça au lycée technique d’Aubenas (1960-1969). Déchargé de cours pour mandat syndical, il fut rattaché pour ordre à la Direction départementale de la Jeunesse et des sports (1969-1979). Il retrouva un poste de professeur d’éducation physique au lycée Daumier à Marseille, et prit sa retraite en 1989.

Secrétaire départemental du Syndicat national d’éducation physique (1952-1955), membre du bureau académique du SNEP (1956-1969), Marcel Berge exerça la responsabilité de secrétaire de la section départementale de la Fédération de l’éducation nationale (1957-1969). Il encadrait aussi l’Union sportive albenassienne tout en adhérant à la FSGT depuis les années 1950. En 1956, il conduisit une délégation de la FSGT en Pologne.

Secrétaire de la section d’Aubenas du PCF (1953-1961), Marcel Berge fut membre du comité (1956-1969) et du bureau (1956-1964) de la fédération. Il avait déjà été proposé pour le comité fédéral en 1954, mais le secrétariat fédéral estimait qu’en dépit de sa « bonne formation idéologique », il ne pouvait être retenu « à cause de la composition sociale du comité fédéral ». En juin-juillet 1956, à la suite d’une manifestation lors du passage de trains de soldats rappelés en Algérie, il fut inculpé et emprisonné au fort Montluc et à la prison Saint-Paul à Lyon. Cette mesure souleva un grand élan de protestation dans la population contre la répression ordonnée par le gouvernement dirigé par Guy Mollet et permit d’obtenir la libération des « 4 d’Aubenas ». La justice militaire fut dessaisie et l’infraction fut seulement sanctionnée par le tribunal correctionnel de Privas. Responsable du travail de la fédération pour la défense laïque à partir de 1965, puis du travail parmi les enseignants, il demandait lors de la conférence de la fédération communiste, le 10 mai 1964, de ne pas être renouvelé au bureau fédéral en raison de ses multiples responsabilités syndicales nationales au SNEP et départementales à la FEN. Il fut maintenu au comité fédéral, renouvelé une dernière fois en 1968. Il participait à la commission sportive et à la commission de l’enseignement du comité central du PCF dans les années 1960 et 1970.

Marcel Berge participa à l’organisation d’une tendance « Union » puis « Unité et Action » dans le SNEP à partir de 1953, devenue officielle avec la mise en place de l’élection à la proportionnelle en 1956 de la commission administrative dont il devint membre la même année. Il conduisit la liste à partir de 1958. Porteur d’une approche du syndicalisme proche du monde ouvrier, il y associa une réflexion constante sur les contenus de l’enseignement et de l’éducation physique et sportive (EPS), attitude qui se différenciait des analyses de la majorité « autonome » du syndicat. Partisan de la finalité culturelle de l’EPS, il estimait que l’objectif d’une rénovation de cette discipline devait être l’accès de tous les élèves à la « culture sportive ». Aussi participait-il aux réflexions pédagogiques qui caractérisaient son courant de pensée prenant le nom de « Sport Éducatif ». Aux côtés de Jean Guimier, il défendit la nécessité de démocratiser le sport en raison de ses valeurs morales en luttant contre l’emprise croissante de l’argent. Ces analyses conduisaient à l’appropriation par les classes populaires des pratiques élitistes. Berge et les partisans de cette orientation s’engagèrent activement dans une rénovation de l’enseignement de l’EPS en France à partir des années 1960. Multipliant les initiatives parfois en opposition à la hiérarchie, il fut notamment parmi les premiers à enseigner des activités physiques de pleine nature (canoë, escalade, spéléologie, ski...) dans les horaires d’EPS de son établissement. Au cours des années 1960, avec la liste « Unité et Action », il affronta souvent violemment la direction « Unité, Indépendance et Démocratie » du SNEP, jugeant son attitude trop réformiste, favorable aux compromissions, marquée par un constant anticommunisme. Partisan de la construction d’un syndicat unitaire et combatif, il faisait converger sa lutte en faveur de l’EPS avec son refus des orientations gouvernementales approuvées parfois par la direction du syndicat.

Au congrès de Nice, en mai 1969, sa liste l’emporta et Berge devint le secrétaire général permanent du SNEP, tout en siégeant à la commission administrative nationale de la FEN, suppléant depuis 1961, titulaire à partir de 1964. Dans une période de profonde remise en question de l’EPS, le SNEP combattit pour la promotion de cet enseignement au sein de l’Éducation nationale et organisa la première grève de l’histoire des enseignants d’EPS, le 10 mars 1970. D’autres suivirent contre toutes les tentatives d’extra-scolarisation de l’EPS. Avec le syndicat, il souhaita mettre en place un système donnant une importance considérable à la dimension éducative qui s’inspirait trop, selon ses adversaires, du modèle d’organisation sportive des pays socialistes. Jugeant le soutien de la FEN trop timoré, et ses projets scolaires tributaires d’une approche traditionnelle de l’éducation physique et sportive à l’école, il s’opposa, en 1978, au plan Soisson et aux orientations de la majorité fédérale. Membre du Conseil supérieur de l’éducation nationale et responsable de divers conseils sur le Sport, il mobilisa un grand mouvement d’opinion en faveur de l’EPS. Se prévalant d’une approche marxiste du sport et de l’Éducation physique, il refusa toute approche formaliste et milita pour une finalité culturelle de l’EPS. Au centre de la réflexion sur l’évolution du métier, il organisa, avec le syndicat, des congrès d’études et des colloques pour la rénovation de l’EPS. Le premier consacré à la formation et la recherche universitaire dans le domaine des activités physiques et sportives, en collaboration avec le SNESup, se déroula à la Sorbonne en février 1971. Ces actions, débouchèrent à la mise en place de la première formation universitaire des enseignants d’EPS en 1975 permettant l’obtention de la licence (1977), de la maîtrise (1981), du doctorat (1982), de l’agrégation (1982). Il s’opposa toujours à la fusion du SNEP avec le SNES et quitta ses fonctions de secrétaire général en 1979. Il reprit alors un poste d’enseignement.

Marcel Berge participa à divers organismes officiels (section permanente du Conseil de la Jeunesse de 1970 à 1986, Haut comité à la jeunesse, aux sports et aux loisirs de 1971 à 1977 - rapporteur devant les commissions de ce dernier, « Équipements », « Place du sport dans l’éducation » -, Commission des activités sportives et socio-éducatives du Sixième plan de 1971 à 1975...). Membre du conseil supérieur de l’Éducation nationale, il fut élu à sa Section contentieuse et disciplinaire de 1972 à 1986.

Berge demeura membre de la CA de la FEN jusqu’en 1980, membre du secrétariat national du SNEP jusqu’en 1985, chargé des questions juridiques et des droits syndicaux, et de son bureau national jusqu’en 1985.

Par la suite, Berge représenta le SNEP dans des manifestations internationales : participation au congrès de la Société portugaise d’éducation physique à Lisbonne en 1990, au symposium de l’association Teacher’s Human Rights sur le thème « Les organisations enseignantes dans la société démocratique » à Taïwan en 1992.

Marcel Berge, divorcé en 1979, se remaria à Marseille en août 1985 avec Catherine Chartier, professeur d’éducation physique, communiste. Retraité en 1989, habitant Marseille, il témoigna, en 1992, dans le cadre du groupe de travail sur le syndicalisme enseignant organisé par le Centre fédéral de la FEN et le Centre d’histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme de l’Université de Paris I. Son texte fut publié par l’Institut de recherches historiques sur le syndicalisme dans les enseignements de second degré (dont il était membre fondateur) sous le titre "Quarante années de militantisme syndical". Il participait régulièrement depuis sa création au séminaire du centre de recherches de la Fédération syndicale unitaire et contribuait à ses diverses publications. Toujours membre du SNEP et collaborateur du secrétariat général, il en était, en 2003, le responsable national de son secteur juridique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16323, notice BERGE Marcel, Louis, Valentin par Michaël Attali, Jacques Girault, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 4 novembre 2019.

Par Michaël Attali, Jacques Girault

Marcel Berge
Marcel Berge
en 1970
en 2003

Iconographie : Marcel Berge au colloque de 1971 "Former des maîtres"(SNES, SNEP, SNESup, SNPEN).

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Arch. IRHSES (Fonds UA, Revue Unité et Action, L’Université syndicaliste, Points de Repères). — Bulletin du SNEP, L’Enseignement public, Bulletin de la SD FEN de l’Ardèche. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Notes de Pierre Bonnaud.

ŒUVRE : {A vos marques ! Douze années de lutte pour l’EPS}, supplément à l’organe du SNEP, 1984, 240 p. - {Quarante années de militantisme syndical}, ERHSES, collection Témoignages, 1992, 64 p. – Coauteur de {L’EPS face au sport 1945-1995}, Entretiens et témoignages Centre EPS et Société, 1999. — Témoignage dans : Gérard Couturier , dir, {A l’épreuve de la Guerre d’Algérie. Des profs d’EPS témoignent}, Paris, Institut de recherches de la FSU-Centre EPS et société, Syllepse, 2005.

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