BÉRANGER François, Marie

Par Olivier Neveux

Né le 28 août 1937 à Amilly (Loiret), mort le 14 octobre 2003 à Sauve (Gard) ; auteur-compositeur-interprète, figure de la chanson protestataire française.

François Béranger était fils d’un ouvrier-tourneur, militant syndicaliste et d’une couturière qui s’étaient mariés en avril 1936. Durant la Seconde Guerre mondiale, son père, André Béranger, s’engagea dans la Résistance et la famille déménagea à Boulogne. À la Libération, André Béranger adhéra au MRP et participa aux Équipes ouvrières.
Le 21 octobre 1945, André Béranger fut élu député MRP de la Nièvre (où il s’était réfugié pour échapper à l’arrestation à la fin de l’Occupation) à l’Assemblée constituante. Réélu le 6 juin 1946, il fut battu le 17 juin 1951 et abandonna en 1951 sa carrière politique. Il entra à la direction générale de chez Renault.
François Béranger interrompit ses études en 1954 et rentra à l’école d’apprentissage Renault (1954-1958) où il obtint les CAP de décolleteur et de dessinateur industriel puis le Brevet industriel. Il devint ensuite apprenti puis ouvrier chez Renault (« À quinze ans finie la belle vie/T’’es plus un môme t’es plus un p’tit/J’me r’trouve les deux mains dans l’pétrole/A frotter des pièces de bagnoles/Neuf-dix heures dans un atelier ». Tranches de vie).
François Béranger rejoignit rapidement une troupe de théâtre amateur, La Roulotte, et sillonna ainsi la France puis l’Europe. En 1958, il fut appelé pour son service militaire et s’embarqua pour l’Algérie. Il y resta dix-neuf mois (« Ça tombe bien mon pote t’as d’la veine/Faut du monde pour le FLN/J’me farcis trois ans de casse-pipe/Aurès, Kabylie, Mitidja ». Tranches de vie).
Père de deux enfants, à son retour en France, François Béranger quitta la Régie Renault le 5 février 1962 puis entra à l’ORTF où il fut successivement régisseur, chef de production et réalisateur.
Mai 68 vint rompre l’ordonnancement de sa vie. Il reprit sa guitare et composa une chanson bientôt éditée par CBS :« Tranches de vie ». En 1970, parut son premier album « Une ville » qui reprenait Tranches de vies, mais aussi d’autres chansons importantes dans son répertoire : « Natacha », etc. En 1971 parut, avec le groupe Mormos, « Ça doit être bien » qui déconcerta le public, les critiques et sa maison de disque. Il se sépara de CBS et sortit son troisième album sous le label Escargot, géré par Gilles Bleiveis. Les disques s’enchaînèrent et le succès de François Béranger alla croissant. Sa rencontre avec le guitariste Jean-Pierre Alarcen fut déterminante faisant évoluer sa musique des « formules assez bâtardes, acoustiques, électroacoustiques, à la musique électrique » (F. Béranger, Je chante, n° 22, décembre 1997). Le compagnonnage avec J.-P. Alarcen dura cinq ans. Figure incontournable de la chanson protestataire française (il adapta d’ailleurs un texte de Woodie Guthrie, Blues parlé du syndicat, et la parenté était évidente), F. Béranger enchaîna les concerts (une centaine par an, un album en public est sorti en 1977), les albums « Le Monde bouge » (1974), « L’Alternative » (1975), « Participe présent » (1978), « Joue pas avec mes nerfs » (1979) et les succès. Certains de ses titres étaient éloquents : « Magouille blues, L’Alternative, Sous les pavés, Vous n’aurez pas ma fleur », etc. Révolté, révolutionnaire, ses chansons étaient tout autant dénonciatrices qu’annonciatrices d’un temps nouveau, à venir.
L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 lui inspira l’année suivante : « Le vrai changement c’est quand ? » (Album Da Capo, 1982, enregistré chez RCA) sur ce qui resta longtemps son dernier album, à l’exception d’un maxi 45 tours en 1984 : « Tout le monde s’aime ». Brouillé avec RCA, fatigué, prenant acte du déclin, depuis 1978, des réseaux alternatifs, François Béranger se retira de la scène durant sept ans.
Il revint en 1989, avec Dure Mère sur lequel il proposa une version personnelle de l’Internationale. Sa rencontre avec Antoine Crespin, de Label Acoustic, permit la réédition en CD de l’ensemble de ses albums et la production de deux nouveaux disques en 1997 et 2002 (Profiter du temps). François Béranger n’avait rien abandonné de sa colère initiale : il reprit ainsi Magouille Blues qu’il adapta et consacra à la première guerre du Golfe.
François Béranger enregistra en 2003 des chansons de Félix Leclerc (« 19 chansons de Félix chantées par Béranger ») qui sont parues après sa mort, à la suite d’un cancer, le 14 octobre 2003.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16298, notice BÉRANGER François, Marie par Olivier Neveux, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 19 novembre 2019.

Par Olivier Neveux

SOURCES : DPF, t. 1 (biographie de son père, André, Eugène Béranger). — Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault, Paris, Éditions JCM, 1990. — Documentation personnelle d’Olivier Neveux.

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