BEORS Louis, Raymond

Par Jean-Michel Brabant, Jacques Girault, Jean Maitron

Né le 8 juin 1899 à Paris (XVIIIe arr.), mort le 25 mai 1971 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) ; tourneur sur métaux puis représentant de commerce ; membre du comité central du Parti communiste exclu comme oppositionnel.

En 1918, Louis Béors fut incorporé au 48e régiment d’infanterie. Après être passé dans l’artillerie et à la « 12e section des commis et ouvriers d’administration », il fut de nouveau en janvier 1921, reversé dans l’infanterie avant d’être renvoyé le 5 avril dans ses foyers. Pour peu de temps il est vrai puisqu’on le rappela le 3 mai et que l’armée le garda jusqu’au 30 janvier 1922. Surprenantes pérégrinations militaires dont nous ne connaissons pas les raisons mais qui peuvent expliquer à elles seules un engagement politique. Quoi qu’il en soit, dès sa libération, L. Béors adhéra au syndicat unitaire des ouvriers sur métaux de la Seine et militant communiste, il devint, en janvier 1923, secrétaire de la section de Saint-Ouen du PC. Il travailla ensuite dans une usine de cinquante ouvriers et adhéra au syndicat autonome des métallurgistes car la CGT comme la CGTU étaient absentes de son entreprise. En septembre, il fut élu à la commission des conflits de la Fédération de la Seine. En janvier 1924 il assista au congrès fédéral, délégué par sa section, puis, à la fin du mois, il participa au congrès national du PC réuni à Lyon à l’occasion duquel il fut élu à la commission nationale des conflits. Du 19 novembre 1924 à janvier 1925, L. Béors suivit les cours de la première École centrale du PC à Bobigny dirigée par Kurella. À sa sortie, il fut chargé, en avril 1925, du secrétariat, en qualité de permanent, de la région bretonne où il remplaça Quéméré*. Doriot le cita en exemple à la conférence nationale des 1er et 2 décembre 1925 : Béors s’était « déguisé en Breton. Il a compris les difficultés du paysan breton de l’ouvrier du port. C’est un camarade sorti de l’École de Bobigny qui a participé à nos luttes de tendances à la région parisienne mais qui sait aller aux dockers, à l’Arsenal, dans les campagnes, qui sait trouver le contact avec les masses ». Poursuivi fin 1925 en raison de sa lutte contre la guerre du Maroc, il fut quelque temps illégal, se cachant à Brest. Le 30 mai 1926, se tint le congrès régional breton du Parti communiste, salle du Gymnase à Quimper qui réunit vingt-six délégués pour le Finistère, un pour le Morbihan et un pour les Côtes-du-Nord. Treize rayons étaient représentés dont onze pour le Finistère, un pour le Morbihan et un pour les Côtes-du-Nord groupant 220 adhérents au total. Aux côtés de Louis Béors, secrétaire régional, se trouvaient notamment Henri Nardon de l’hospice civil de Brest et Théophile Kerdraon de Brest également, Le Flancher maire communiste de Douarnenez, Ch. Tillon conseiller municipal de Douarnenez et sa femme, Autret et Mezou du Relecq-Kerhuon, Gaonach, instituteur révoqué et sa femme, Gloaguen de Pont-l’Abbé, Le Bail de Quimper, Sauvage de Paris. Le bureau régional non renouvelé, comprenait L. Béors assisté de H. Nardon et de Th. Kerdraon.
En juin de cette même année 1926, se tint à Lille le Ve congrès du Parti communiste. L. Béors qui intervint, fut élu membre du comité central.
En juillet 1926, Béors était cité en exemple pour son Bulletin régional, très complet. Mais à la suite d’une tournée de propagande d’Ernest Girault, celui-ci constatait des défauts dans son activité en septembre 1926. Il n’avait pas vu Béors pendant sa tournée. Ses camarades s’étaient « plaints de son manque de méthode, de son inaptitude avérée à diriger la région bretonne, de son défaut de culture et de son manque de ponctualité dans son travail administratif ». À la fin du séjour, Béors lui aurait dit, devant Charles Tillon : « je suis toujours avec Suzanne Girault. Je suis persuadé que viendra le moment où ce sera encore elle qui aura raison. »
Il semble que Béors était alors en désaccord avec la politique du Parti puisqu’il écrivit au secrétariat une lettre qui fut critiquée dans les Cahiers du Bolchevisme, n° 66 du 15 février 1927 : « Outre la même réserve [sur la possibilité de la construction du socialisme dans un seul pays], il (Béors) signale (après le PCR) le danger Koulak et, trop soucieux des contradictions entre prolétariat et paysannerie, il oublie celles dont fourmille sa propre lettre ». Béors, selon un rapport du Parti à l’Internationale, du 10 février 1927, avait voté avec treize autres membres du comité central (S. Girault, Marguerite Faussecave, Marie-Thérèse Gourdeaux) contre la résolution du VIIe exécutif sur la question russe. Lors de la conférence nationale de Saint-Denis (26-28 juin 1927), il fut le porte-parole de « l’opposition d’extrême gauche ». Selon le rapport envoyé à l’Internationale, il « ne formule pas les propositions positives de l’opposition russe » et au lieu de faire des propositions, « se contentait de dire qu’il faut faire... attention ». Selon le rapport de police sur cette conférence, il était intervenu le 26 juin sur la question chinoise et la situation intérieure en Russie. Attaqué par un délégué qui lui reprochait son travail fractionnel en Bretagne, il aurait nié et montré que sous sa direction, le Parti communiste n’avait pas « dégénéré » dans cette région. Toujours selon le rapport de police, le 28 juin, il vota contre la résolution politique.
Le comité central des 3 et 4 août 1927, le blâma avec Treint :
« Le CC du Parti approuve l’ensemble de l’autocritique faite par et sur le rapport de Thorez et repousse le système critique apporté par Treint et Béors, considérant en effet que ce système de critique, loin de tendre à améliorer la ligne du parti, ne vise qu’à présenter cette ligne comme opportuniste et fausse, dans le but de se constituer une plateforme politique sur les questions françaises ». Aussi, le rapport à l’Internationale qualifiait-il Béors comme « un élément de l’opposition gauchiste ».
En novembre 1927, Béors fut signataire d’un appel au XVe congrès du PCR à Moscou, en faveur de la réintégration des oppositionnels et pour l’instauration d’un véritable centralisme démocratique dans le Parti. De retour à Paris, il anima à la fin de l’année un fort courant oppositionnel dans le 8e rayon de Paris. Il était alors le seul membre du CC travaillant effectivement en usine. Béors ne fut pas convoqué à la réunion du comité central des 9 et 10 novembre 1927. À la suite d’une « campagne de calomnies », il aurait, selon lui, demandé à être déféré devant la commission centrale de contrôle politique. Il n’avait pas selon lui accepté « de se courber servilement devant l’opportunisme de Staline et de ses partisans en France ». À la réunion du comité central du 8 novembre 1927, les décisions de la commission de contrôle furent données : Béors était suspendu du comité central ; un supplément d’enquête, selon Gourdeaux, pouvait amener son exclusion. Bouthonnier lut la décision de la réunion de la CCCP du 31 octobre « En présence de la gravité des accusations portées contre Béors, la CCCP demande au BP que le camarade Béors ne soit plus convoqué aux séances du CC ni à aucune réunion de camarades responsables tant que la CCCP n’aura pas statué sur son cas ». Devant la demande d’explications complémentaires, Bouthonnier parla de rapports de délégués à la propagande et de lettres de militants bretons se plaignant de ses « procédés indélicats ». D’autre part « on a aussi trouvé, lors de l’incendie chez lui, des papiers, des adresses de soldats, et de marins ».
Le comité central des 11 et 12 janvier 1928 consacra une partie de ses débats à l’opposition. Dans la discussion sur la question chinoise, Treint, isolé se servit de l’exemple de Béors pour critiquer les méthodes du Parti. « Vous apporterez vos calomnies, quand vous nous aurez chassés du Parti peut-être, comme vous en avez exclu Béors ». Il ajoutait « [...] vous êtes incapables d’apporter la preuve des malversations de Béors [...] vous recourez à des procédés indignes de révolutionnaires ». Qu’entendait-il par là ? Il affirmait que la décision d’exclure Béors était intervenue avant que les résultats de l’enquête de la CCCP ne soient connus. Bouthonnier répondit notamment que de nombreux militants bretons réclamaient cette exclusion. Le texte de la CCCP concernant l’exclusion de Béors manque dans le microfilm du comité central. Il semble toutefois que la demande d’exclusion prononcée par la CCCP ne portait que sur l’exclusion du comité central. Or, la cellule de Béors demandait son exclusion du Parti. Le comité central ratifia cette exclusion qui devait être publiée dans l’Humanité. Béors avait participé au lancement de l’Unité léniniste en décembre 1927 et à la création du Redressement communiste en juin 1928. Il semble certain qu’en 1931, L. Béors continuait à militer avec ses anciens camarades de la section de Saint-Ouen. Il aurait été la même année, candidat (communiste du PCF ?) aux élections cantonales de Pont-l’Abbé (Finistère). Revint-il au PC ? On peut noter que le Parti communiste faisait circuler en 1943 une liste indiquant L. Béors comme exclu et il paraît peu vraisemblable que le PC ait cru devoir rappeler sans raison une exclusion vieille de quinze ans. L. Béors fut interné en juin 1941 pendant quinze jours puis libéré. En 1946, il était membre de la section de Saint-Ouen du Parti SFIO.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16291, notice BEORS Louis, Raymond par Jean-Michel Brabant, Jacques Girault, Jean Maitron, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 20 octobre 2008.

Par Jean-Michel Brabant, Jacques Girault, Jean Maitron

SOURCES : Arch. Nat. F7/13104, Brest, 5 juin 1926 et F7/13639, Brest, 6 décembre 1926, F7/13092-13094, F7/13165. — Arch. Jean Maitron. — BMP, bobines 91, 100, 120, 182, 202, 215, 216, 259, 269, 270, 275. — Contre le Courant, n° 1, 20 novembre 1927 et 2 décembre 1927. — Cahiers du Bolchevisme, 15 février 1927. — Danielle Tartakowsky, Les premiers communistes français, op. cit., p. 184, n. 88. — Eug. Kerbaul, Dictionnaire biographique Finistère, op. cit. — Extrait des actes d’État civil, XVIIIe arr., 28 novembre 1980.

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