DELAHAYE Victor, Alfred [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Madeleine Égrot, Michel Cordillot

Né à Fougerolles-du-Plessis (Mayenne) le 13 décembre 1838 ; mort le 19 ou le 20 mai 1897 ; ouvrier mécanicien ; membre de l’Internationale.

Fils de Victor, François Delahaye, serrurier mécanicien, né à Landivy (Mayenne) en 1799, astreint à résidence surveillée à Laval au lendemain du coup dÉtat du Deux décembre, décédé en 1863, Victor Delahaye, fut l’un des signataires du « Manifeste des Soixante ». Il fut aussi l’un des tout premiers membres de l’AIT à Paris, et il était membre de la sous-commission adjointe au premier bureau de Paris installé, le 8 janvier 1865, dans le IIIe arr., 44 rue des Gravilliers.

Après le congrès de Genève, en septembre 1866, le Bureau de Paris se donna un règlement qui institua une commission administrative de quinze membres. Elle fut élue en octobre, et Delahaye en fit partie. Cette commission fut renouvelée après le deuxième congrès de l’Internationale tenu à Lausanne en septembre 1867. Delahaye fut encore une fois élu. Il démissionna, ainsi que ses camarades, le 19 février 1868, quand des poursuites furent engagées contre eux. Chacun d’eux fut condamné, le 20 mars, par le tribunal correctionnel de Paris à 100 f d’amende, condamnation confirmée en appel le 29 avril et en cassation le 12 novembre. En juin 1870, il protesta contre l’accusation de société secrète à l’encontre de l’AIT.

Delahaye avait accompli cinq ans de service dans les Équipages de la flotte avant d’être libéré en 1863. Il exerça alors, jusqu’en 1870, le métier d’agent des Ponts et Chaussées, puis il se fit ouvrier mécanicien. Il habitait alors 58, rue des Amandiers, XXe arr.

Delahaye devint président du syndicat des mécaniciens. Sous la Commune, ce groupement, ainsi que l’Association métallurgique, décidèrent le 23 avril 1871, conformément au décret de la Commune en date du 16, de déléguer deux de leurs membres à la commission d’organisation du travail. Avec Faron, Jacquier, Lemel, Martin L., Minet et Petit, Delahaye fit partie de la commission exécutive de la commission d’enquête et d’organisation du travail qui tenta de grouper toutes les corporations ouvrières de Paris. Il exerça également, à partir du 17 mai, les fonctions de comptable à la Bibliothèque nationale.

Le 26 janvier 1874, le 3e conseil de guerre condamna Victor Delahaye par contumace à la déportation dans une enceinte fortifiée. Mais celui-ci avait réussi, dès août 1871, à gagner Londres, où il fut coopté par le conseil général de l’AIT, au titre d’« agent de la Commune ». En cette qualité, il fut un des signataires de la troisième édition de La Guerre civile en France, l’initiale de son prénom étant, à tort, donnée E. Il assista également, sans être toutefois délégué officiel, à la conférence de Londres, en septembre 1871.

Selon Oscar Testut, Delahaye fut, l’année suivante, à Londres, un des organisateurs, avec Joffrin, du meeting du premier anniversaire du 18 mars 1871. Il vota avec Eccarius et Hales contre Marx le 29 mai 1872, à une réunion du conseil général. En août 1872, furent déposés à Londres les statuts d’un Comité révolutionnaire du prolétariat. Delahaye en était l’un des animateurs et, le 1er octobre 1874, les dirigeants du comité définissaient ses buts et ses moyens d’action dans une brochure intitulée À la classe ouvrière, qui définissait comme suit le programme de la classe ouvrière :

« S’emparer du pouvoir politique ;

« Décréter aussitôt l’abolition de la propriété individuelle et privée, l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme ;

« Mettre immédiatement en pratique le nouveau mode de production ;

« Organiser l’armée de la révolution, les finances, la police, l’enseignement, écraser la réaction clérico-bourgeoise à l’intérieur ;

« Se préparer à vaincre la coalition étrangère à l’extérieur. »

« Quand le terrain sera déblayé, quand la destruction de la bourgeoisie et de ses institutions sera complète, la forme du gouvernement ne sera évidemment plus qu’un détail, une simple question administrative. »

Cette brochure en annonçait d’autres sur l’organisation du travail, de l’armée, des finances, de la police... Elles demeurèrent à l’état de projet.

En 1876, Delahaye se rendit à Philadelphie à l’occasion de l’Exposition universelle. Séjourna-t-il quelques mois aux États-Unis à cette occasion ? Cela n’est pas avéré, mais il y noua en tout cas des liens avec plusieurs militants franco-américains de premier plan, comme Édouard David (voir ce nom), ce qui l’amena à collaborer au journal La Torpille, lancé par ce dernier en 1886. C’est d’ailleurs ce qui a fait que plusieurs auteurs en ont conclu par erreur que Delahaye s’était durablement exilé aux Éats-Unis.

Gracié le 24 mai 1879, Delahaye rentra en fait en France et s’installa à son compte comme fabricant d’appareils télégraphiques pour des maisons anglaises ; il travailla également souvent dans une maison anglaise sise 152 quai de Jemmapes. Il était père de quatre enfants, dont l’aîné avait six ans en 1879.

Delahaye continua de participer au mouvement social. De 1883 à 1888, il fut conseiller municipal radical socialiste de Saint-Ouen. Le 4 octobre 1885, il fut candidat aux élections législatives (comité Tolain), mais non élu. Un Victor Delahaye — il y a vraisemblablement identité — qui représentait les ouvriers mécaniciens Professionnelle (sic) de Paris assistait comme délégué au congrès constitutif de la Fédération nationale des syndicats qui se tint à Lyon en octobre 1886.

Membre de l’union des mécaniciens de la Seine, Delahaye fut délégué en 1883 à l’exposition d’Amsterdam. Membre du conseil supérieur du Travail à compter de cette même année, il fut, en 1890, délégué par le gouvernement français à la 1ère conférence internationale du travail, à Berlin. Il fut décoré de la Légion d’honneur.

En 1882, Victor Delahaye avait demandé et obtenu, ainsi que chacun de ses deux frères encore vivants, une indemnité en qualité de fils d’une victime du coup d’État de 1851 au titre de la loi de réparation nationale.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article162089, notice DELAHAYE Victor, Alfred [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Madeleine Égrot, Michel Cordillot, version mise en ligne le 2 août 2014, dernière modification le 2 août 2014.

Par Madeleine Égrot, Michel Cordillot

ŒUVRE : À la Classe ouvrière. Par le Comité révolutionnaire du Prolétariat, Londres, le 1er octobre 1874, Londres, Delahaye (1874) in-16°, 16 p., Bibl. Nat., Lb 57/5055 ; Rapport sur l’exposition internationale d’Amsterdam de 1883 (titre approximatif) Paris, Imprimerie nouvelle, compte rendu dans la Revue socialiste, n° 21, septembre 1886, dont Delahaye était le collaborateur.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/855, n°2035 et BB 27, F15 4054 ; Arch. PPo., Ba/435, rapport Testut, 29 novembre 1875, Ba/465, Ba/1028, Ba/441, pièce 6543 (signature autographe de Delahaye) ; Le Rappel et La Cloche, 22 juin 1868 ; J.O. Commune, 10 mai, 17 mai, 18 mai 1871 entre autres ; La Torpille, passim ; J. Freymond (dir.), La Première Internationale. Recueil de documents, Genève, Droz, 4 vols, 1962-1971 ; Miklos Molnár, Le Déclin de la Première Internationale, Genève, Droz, 1963 ; Denise Devos, La Troisième République et la mémoire du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, Paris, Arch. nat., 1992 ; CDRom Maitron.

ICONOGRAPHIE : L’Éclair, 20 mars 1890.

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