RIFFAUD Madeleine [RIFFAUD Marie Madeleine, Armande ; pseudonymes dans la Résistance : Sonia, Rainer]

Par Christian Chevandier, Marc Giovaninetti

Née le 23 août 1924 à Arvillers (Somme) ; résistante FTP ; militante communiste de 1944 aux années 1970 ; poète, journaliste, grand-reporter, écrivain.

Madeleine Riffaud par Pablo Picasso en 1945
Madeleine Riffaud par Pablo Picasso en 1945

Madeleine Riffaud est née le 23 août 1924 dans un village du département de la Somme, à une trentaine de kilomètres d’Amiens. Son père, Jean Émile Riffaud, et sa mère, Gabrielle Boissin, tous deux natifs de hameaux de la Haute-Vienne, après avoir été condisciples à l’école normale de Limoges et enseigné dans diverses localités du Limousin, avaient opté pour l’académie d’Amiens afin d’être affectés dans une même commune, celle de Folies, où ils passèrent le restant de leur vie. Influencée par un père socialiste et une mère catholique pratiquante, leur fille unique fut fortement marquée par le souvenir de la Grande Guerre. Son père avait été blessé, et elle grandissait dans un paysage de cimetières militaires, au sein de la « zone rouge », celle des anciens champs de bataille. Manifestant dès l’âge de onze ans des dispositions pour la poésie, témoignant de ses sentiments envers les morts des tranchées par un poème écrit à quinze ans, la jeune fille était vouée à devenir institutrice.

Au printemps 1940, elle accompagna ses grands-parents dans le Limousin pendant l’exode. Elle explique que, quand elle revint en Picardie, ses premiers contacts avec des soldats allemands en gare d’Amiens l’auraient convaincue de s’engager dans la Résistance dès qu’elle en trouverait l’occasion. Victime d’une primo-infection tuberculeuse, elle fut soignée en 1941 par un séjour au sanatorium des étudiants à Saint-Hilaire-du-Touvet, dans le département de l’Isère. Elle y rencontra un étudiant en médecine parisien, Marcel Gagliardi, plus âgé de huit ans, qui appartenait aux jeunesses communistes. Les jeunes gens se fiancèrent et revinrent à Paris. Claude Roy*, qu’elle avait rencontré à Saint-Hilaire, publia quelques mois plus tard deux de ses poèmes dans la revue L’Écho des Étudiants. Pour participer à la résistance auprès de son ami, elle s’inscrivit à une formation de sage-femme qu’elle interrompit en janvier 1944 sur les consignes de l’organisation au sein de laquelle elle militait. Dans le sillage de son ami, elle s’était engagée au Front national des étudiants, une émanation du PCF, d’abord sous le pseudonyme de Sonia avant de choisir celui de Rainer, le prénom du poète allemand Rilke. Sa première action de résistance consista, à la fin de l’année 1942, à tracer des inscriptions à la craie sur les murs de la rue de l’École-de-Médecine au Quartier latin. Appelée à combler les vides créés par les arrestations et les désaffections, elle se trouva bientôt membre du triangle de direction du Front national des étudiants en médecine avec Jean Roujeau*, « Paul », alors interne de l’hôpital Laennec, et Charles Martini*, « Picpus », étant chargée des « masses », avec un rôle plus technique que politique. Elle se souvient avoir désiré participer à des actions plus incisives après l’arrestation des FTP-MOI du groupe Manouchian, et a adhéré au parti communiste au début de l’année 1944 suite à un entretien avec Francis Cohen*. Elle demanda à rejoindre la lutte armée, et elle fut affectée au service sanitaire des FTP. Elle apprit à poser des explosifs sur les véhicules allemands, et couvrit la retraite de Paul, qui haranguait les clients de la librairie Gibert, boulevard Saint-Michel, lorsqu’un soldat la menace de son arme.

En juillet, traumatisée par la nouvelle du massacre d’Oradour-sur-Glane, où elle avait l’habitude de passer ses vacances dans la région d’origine de ses parents, encouragée peut-être par le mot d’ordre FTP « à chacun son Boche », choquée par la mort de son ami Martin, reconnu et abattu par un soldat allemand qu’il avait épargné quelques jours plus tôt lors d’une opération de résistance, elle prit la décision de tuer un militaire de l’armée d’occupation. Le dimanche 23 juillet 1944, partie à bicyclette et armée d’un revolver, arrivée au pont de Solferino, elle tira sur un gradé, officier ou sous-officier (« je n’ai pas eu le temps de compter ses galons »), et le tua de deux balles dans la tête. Rattrapée et arrêtée quelques instants plus tard par un collaborateur qui circulait en voiture, elle fut remise à la police allemande et torturée dans ses locaux de la rue des Saussaies pendant trois semaines. Condamnée à mort et incarcérée à la prison de Fresnes, elle y rédigea plusieurs poèmes, dont « Chanson » consacré à sa propre exécution : « Ceux-là qui me tueront/ Ne les tuez pas à leur tour- / Ce soir mon cœur n’est plus qu’amour. » Alors qu’elle devait être fusillée le même jour que Francine Fromond*, elle échappa à la mort afin d’être confrontée à un gardien de la paix que son groupe avait désarmé quelques semaines plus tôt, alors que jusque là son appartenance à la Résistance n’avait pu être établie. Destinée à être déportée, déjà embarquée dans un train à la gare de Pantin, elle fut sauvée avec quelques autres suite à une intervention de la Croix rouge, et ramenée à Fresnes.

À la veille de l’insurrection, alors que presque tous les prisonniers avaient été libérés dans le cadre d’un accord passé entre le consul général de Suède, Raoul Nordling, et les autorités d’occupation, elle et deux autres condamnés à mort dont le dirigeant des JC Marcel Pimpaud furent échangés in extremis. Grâce à l’entremise de ce dernier, elle fut recontactée par ses camarades des FTP et fut affectée comme « aspirante » à la compagnie Saint-Just (c’est le mot employé sur une liste des combattants de la libération de Paris établie par les FTP). Elle prit part à deux épisodes importants de la semaine d’insurrection, la neutralisation d’un train allemand dans le tunnel des Buttes-Chaumont le 23 août, jour de ses vingt ans, et l’attaque de la caserne de la place de la République dont la garnison refusait d’accepter la reddition ordonnée par von Choltitz à la fin de la journée du 25 août. Son action lui valut une citation à l’ordre de l’armée : « Toujours à la tête de ses hommes, a donné pendant toute la lutte l’exemple d’un courage phyique et d’une résistance morale remarquables ».
Après la Libération, alors que ses camarades de la compagnie Saint-Just s’engageaient dans l’armée, le refus du jeune colonel Fabien* (elle était encore mineure) ne lui permit pas de les suivre. Elle traversa alors un sévère épisode dépressif.

Dans l’après-midi du 11 novembre 1944, elle participa au défilé populaire sur les Champs-Élysées, après la parade militaire du matin au cours de laquelle de Gaulle et Churchill passèrent les troupes en revue ; à cette occasion, elle fut filmée sur un camion avec d’autres FTP. Juste après, elle croisa Claude Roy, désormais journaliste au quotidien Front national, qui la présenta à Paul Éluard*. Touché par la détresse de la jeune femme, intéressé par ses poèmes, ce dernier publia un de ses textes dans L’Éternelle Revue qu’il avait fondée dans la clandestinité. C’est Éluard également qui préfaça un recueil de ses poèmes, Le Poing fermé, publié en 1945, et lui présenta Pablo Picasso* qui dessina son portrait pour le frontispice de l’ouvrage. Elle fit dès lors partie du milieu prolifique d’artistes, d’écrivains et d’intellectuels communistes. Brouillée avec ses parents très inquiets du fait de ses activités, fort affectée par la mort de Marcel Gagliardi, elle dut ces mois-là être hospitalisée dans différents établissements, et c’est dans la maison de repos pour étudiants résistants de Combloux, en Haute-Savoie, qu’elle rencontra Pierre Daix, rentré de déportation, qui devint secrétaire politique de Charles Tillon, alors ministre des gouvernements de De Gaulle. Elle l’épousa le 26 septembre 1945 à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) et ils eurent en septembre 1946 une petite fille, Fabienne, avant de se séparer moins de deux ans après leur mariage. Par ses fréquentations des milieux artistiques et intellectuels, elle eut sur son époux une influence qui expliqua ses nouveaux centres d’intérêt. La petite Fabienne, menacée de la tuberculose, fut maintenue en chambre stérile pendant trois ans, puis elle vécut son enfance chez ses grands-parents paternels à Vitry.

Lors de ces années, Madeleine Riffaud fit le choix du journalisme en entrant au quotidien communiste Ce Soir, dirigé par Louis Aragon, sur la recommandation d’Éluard, et elle écrivit La Belle vengeance de Bleuette, un petit livre de la collection « Jeunesse héroïque » publié par le journal des FTP, France d’abord. Rédigé à la troisième personne, ce récit romancé d’un épisode de la vie d’une jeune résistante détenue à Fresnes, un personnage pour lequel elle s’était inspirée de plusieurs femmes qu’elle avait croisées dans ces circonstances, était en partie autobiographique : « Bleuette aurait dû être fusillée, mais les Allemands n’en eurent pas le temps ». Au début des années 1950, des musiciens qu’elle côtoyait dans la mouvance communiste, notamment Joseph Kosma, composèrent la musique de certains de ses poèmes. Son talent poétique, un temps négligé au profit du journalisme, fut mis à contribution pour composer des chansons de commande, souvent mises en musique par Jean Wiener et interprétées par Irène Joachim, telle « Camarade, debout ! », à la gloire de Staline pour son soixante-dixième anniversaire, reprise peu après pour les cinquante ans de Thorez, ou « Nous, Vaillants », l’hymne de l’organisation des enfants communistes, l’Union des Vaillants et Vaillantes. L’œuvre poétique de Madeleine Riffaud, comme celle de René Char qui côtoya les surréalistes sans que sa poésie en relève véritablement, fut marquée par sa fréquentation de cette génération sans qu’il soit possible de la rattacher à une école.

Au cours de l’été 1946, alors qu’elles couvraient la conférence de Fontainebleau où se rencontraient des représentants du gouvernement français et du Vietminh, sa célèbre consœur Andrée Viollis, de cinquante ans son aînée, lui présenta Hô Chi Minh, qui se prit d’affection pour elle. Peu après, elle intégrait la rédaction de la Vie ouvrière, l’hebdomadaire de la CGT, à la demande de son directeur Gaston Monmousseau. Pour ce journal, elle couvrit notamment le procès d’Henri Martin à Brest et la campagne en sa faveur, le congrès des Peuples pour la Paix à Vienne, la conférence de Genève sur l’Indochine. En août 1951, alors qu’elle se trouvait à Berlin-Est pour le troisième Festival mondial de la Jeunesse, son amie journaliste Dominique Desanti la mit en relation avec le poète vietnamien Nguyen Dinh Thi. Tous deux travaillèrent alors à des traductions destinées à prouver au public français l’existence d’une littérature qui attestait de la profonde culture du peuple vietnamien. Entre ces deux poètes, nés la même année, des liens indéfectibles se nouèrent. Madeleine retrouva Thi quelques années plus tard à Hanoï, en 1954, alors qu’il occupait une place importante dans le Parti communiste vietnamien et dans la politique culturelle du pays. Ils vécurent ensemble et elle s’attacha profondément à sa famille. Un peu plus d’un an plus tard, après des changements politiques au Nord-Vietnam sous influence chinoise, leur union était considérée comme répréhensible et elle fut incitée à rentrer en France. Elle eut beau plaider leur cause auprès d’Hô Chi Minh, celui-ci lui présenta cette séparation comme un devoir politique : « On ne fait pas la révolution dans le pays des autres. » Jusqu’à la mort de Nguyen Dinh Thi en 2003, les textes des deux poètes témoignèrent de la pérennité de cet « amour de papier ».

Entre ses séjours en France et au Vietnam, elle se rendit à plusieurs reprises en Algérie, d’où elle écrivit de 1954 à 1962 plusieurs séries d’articles. Elle était sur place lors du séisme d’Orléansville en septembre 1954 et publia dans La Vie ouvrière un texte qui, rédigé deux mois avant le début de la guerre d’Indépendance, pouvait sembler prémonitoire.

En 1958, après un nouveau séjour prolongé en sanatorium, elle fut recrutée à l’Humanité sur la proposition d’André Stil*, son rédacteur en chef. Elle se rendit la même année à Constantine, subissant une attaque de son train lors du retour à Alger. À la veille de l’indépendance, fin juin 1962, elle fut victime sur une route à la sortie d’Oran d’un camion lancé sur son automobile, un attentat qu’elle attribuait à l’OAS, qui lui valut plusieurs mois d’hôpital et de graves séquelles aux yeux et au bras droit. Cela ne l’empêcha pas d’y retourner dès l’année suivante, après un court intermède en Iran, dans le sillage de De Gaulle reçu par le Chah, et au Congo-Brazzaville, menacé d’un coup d’État après sa récente indépendance. À Alger, elle rencontra Che Guevara, invité du président Ben Bella, et surtout elle fut mise en relation par Henri Alleg avec la délégation des rebelles sud-vietnamiens qui la reçut à bras ouverts et lui accorda une interview. L’Humanité y consacra sa une, « la deuxième guerre du Vietnam a commencé ». Alors que ni l’URSS ni le PCF n’inclinaient à soutenir une nouvelle guérilla, elle sut gré à Étienne Fajon d’avoir fait preuve de courage politique en soutenant son reportage. Elle vouait une réelle reconnaissance au directeur de l’Humanité pour avoir toujours respecté sa liberté d’écrire, tout comme elle avait précédemment témoigné son attachement à Benoît Frachon, son mentor à la CGT.

Rentrée au Sud-Vietnam par le Cambodge en compagnie du journaliste australien Wilfred Burchett qu’elle avait rencontré en Corée, elle y fut correspondante de guerre pendant huit semaines, parcourant en décembre 1964 et janvier 1965 les régions qui échappaient au contrôle des Américains, partageant la vie des combattants du Vietcong, notamment quinze jours d’entraînement de ces soldats irréguliers, et assistant à la bataille de Binh Gia. Les deux journalistes réalisèrent en rentrant le film Dans les maquis du Sud Vietnam qui passa en France à l’émission phare de la télévision, Cinq colonnes à la une. La même année, elle tira de cette expérience un ouvrage, Dans les maquis Vietcong, qui connut un réel succès et fut traduit en plusieurs langues.

À la fin de l’année 1966, elle parcourut pendant deux mois les routes du Nord-Vietnam bombardées par l’aviation américaine. Ce périple de deux mille kilomètres lui inspira Au Nord-Vietnam (écrit sous les bombes), paru en 1967. Elle retourna encore régulièrement au Vietnam, et était à Haiphong pendant le terrible bombardement de 1972, seule journaliste étrangère sur place, soutenue à fond par le général Giap. Ses reportages lui procurèrent une très forte notoriété et une légitimité qui la conduisirent à animer à partir de 1968, aux côtés de personnalités importantes du PCF telles que Raymond Guyot, le responsable de la section internationale, le « Comité national d’action pour le soutien et la victoire du peuple vietnamien », une initiative soutenue par le secrétaire général Waldeck Rochet après une conversation avec elle, et longuement discutée à la réunion du comité central de janvier 1968. Elle fut ensuite sollicitée comme correspondante étrangère accréditée sur place par plusieurs autres medias européens, suédois, italiens, allemands. Invitée partout dans les rédactions et télévisions, notamment en Allemagne de l’Ouest où elle collaborait à une chaîne télévisée, et jusqu’à CBS News aux États-Unis, elle commençait à être suspecte aux yeux des dirigeants du PCF de l’ère Marchais, déjà échaudés depuis la fin des années 1960 par l’engouement qu’elle suscitait dans les milieux gauchistes.

Après l’intensité de ses expériences de correspondante de guerre, la signature des accords de Paris qui préludaient à la paix la ramena durablement en France. Ce changement de vie risquait de se révéler difficile, mais elle sut se relancer en se rendant sur un front inattendu. Son ami le professeur Jean Roujeau, l’ancien interne « Paul » du temps de la Résistance, lui recommanda de « [s]’infiltrer dans le monde en blanc » en se faisant embaucher comme agent de service (« fille de salle »). Elle travailla plusieurs mois à l’hôpital Broussais de l’Assistance publique de Paris, ou dans l’établissement privé Saint-Joseph, en réanimation chirurgicale et en chirurgie cardio-vasculaire. De cette expérience, elle tira une série d’articles, ses derniers pour l’Humanité, puis un ouvrage, Les Linges de la nuit, dans lequel « Marthe » relatait à la première personne du singulier sa vie quotidienne sous la forme d’un journal. Ce témoignage, alors rare, émanant d’un milieu en pleine mutation, a joué un rôle important dans la connaissance par le grand public du monde de l’hôpital. Bénéficiant dans l’écriture de son expérience de correspondante de guerre, réédité à plusieurs reprises, le livre eut un retentissement considérable : « J’ai eu plus de succès pour avoir vidé les bassines et fermé les yeux des mourants que pour avoir été sous les bombardements des B52. » Elle ne le déplorait pas : « C’est le meilleur livre que j’ai écrit. »

Au milieu des années 1970, elle s’éloigna en toute discrétion du parti communiste, tout en continuant à y entretenir de solides amitiés, et quand on l’interrogeait plus avant, elle répondait : « Je suis du parti de Gabriel Péri et de Manouchian ». Après ce détachement sans heurts, elle renoua avec la foi catholique de sa jeunesse, jamais complètement reniée, en adhérant avec satisfaction aux réformes engagées par le concile Vatican II. En revanche, elle repoussa les avances que lui fit encore le PCF en la personne de Robert Hue pour sa liste « Bouge l’Europe ! » en 1999.

Avec sa verve de narratrice intarissable, elle continua à témoigner pour des publics de tous âges, devenant notamment une habituée des tournées en milieu scolaire, comme ses amis Lucie et Raymond Aubrac*, eux aussi intimes de Hô Chi Minh. Des mains du grand résistant, elle reçut en 2001 la croix de chevalier de la Légion d’Honneur, avant de se voir décerner en 2008 l’insigne d’officier dans l’Ordre national du Mérite. Elle continua jusqu’à ce que sa vue, affectée par ses blessures en Algérie, s’évanouisse. C’est aussi dans la perspective d’une réflexion sur sa vie qu’il faut comprendre une partie de son œuvre poétique. En 2001 encore, elle édita un recueil de poèmes consacrés aux trois guerres qu’elle avait couvertes en tant que journaliste, l’Indochine, l’Algérie, le Vietnam, « car les censeurs ne lisent pas les poètes » expliquait-elle.

Son dessein autobiographique était plus évident encore dans Les Linges de la nuit , qui lui permit d’aborder des épisodes douloureux de son passé, tus jusque là, ou dans On l’appelait Rainer, une longue conversation centrée sur sa vie dans les années 1940, recueillie par l’écrivain, journaliste, artiste et poète Gilles Plazy, entrecoupée de poèmes, notamment ceux écrits en prison. Elle fut aussi sollicitée pour différents entretiens radiodiffusés ou télévisés, ou pour des films documentaires. Ses handicaps physiques ne l’empêchaient pas de toujours participer à des cérémonies, par exemple à la mairie du XIXe pour le 60e anniversaire de la prise du train des Buttes-Chaumont, en 2007 aux obsèques de Lucie Aubrac où elle prit la parole, aux invitations de l’ambassade du Vietnam, ce pays pour lequel elle est restée une personnalité mythique, et encore en 2014 à une cérémonie au Panthéon et à une émission télévisée pour le 70e anniversaire de la Libération de Paris. Les épreuves subies en 1944 et son contact répété avec la mort pendant des années l’avaient profondément marquée. Pour supporter ces douleurs, elle suivit différents traitements dans les années d’après-guerre, puis, bien plus tard, une psychanalyse à la dimension en partie didactique. Dans la continuité de son action militante, de ses démarches psychologiques et de sa foi catholique, elle poursuivit jusqu’au début du XXIe siècle des actions de soutien aux malades et d’accompagnement des mourants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article161733, notice RIFFAUD Madeleine [RIFFAUD Marie Madeleine, Armande ; pseudonymes dans la Résistance : Sonia, Rainer] par Christian Chevandier, Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 2 septembre 2014, dernière modification le 21 août 2019.

Par Christian Chevandier, Marc Giovaninetti

Madeleine Riffaud par Pablo Picasso en 1945
Madeleine Riffaud par Pablo Picasso en 1945
Madeleine Riffaud en 2011
Madeleine Riffaud en 2011
Madeleine Riffaud vers 1960 , durant la Guerre d’Algérie, ici à Bizerte , en Tunisie , avec de jeunes enfants réfugiés algériens.
Madeleine Riffaud et Ho chi minh

ŒUVRE :
Poésies, contes : Le Poing fermé, frontispice de P. Picasso, préface de P. Éluard, Éd. France-Empire, 1945. ― Le Courage d’aimer, P. Seghers, 1949. ― Vienne le temps des pigeons blancs, P. Seghers, 1951. ― Les Baguettes de jade, Éditeurs français réunis, 1953. ― Si j’en crois le jasmin, Nice, Coaraze, 1958. ― Le Chat si extraordinaire. Contes du Viet-Nam, dessins de Ragataya, Éd. la Farandole, 1958, rééd. 1978. ― Nguyẽn Ðinh Thi, Mãt trãn trên cao, adapté en français et présenté par Madeleine Riffaud, Front du ciel, Julliard, 1968. ― Cheval rouge, poèmes, 1939-1972, préface de Vladimir Pozner, Éd. français réunis, 1973. ― Le Chasseur changé en crabe, conte du Vietnam, La Farandole-Messidor, 1981. ― La Folie du jasmin, poèmes dans la nuit coloniale, préface de Vladimir Pozner, Tirésias, 2001.
Textes de chansons : Traquenard, musique de Joseph Kosma, Énoch, 1949. ― Camarade, bonjour !, musique de Jean Wiéner, Le Chant du monde, 1950. ― Les Femmes, musique de Joseph Kosma, Énoch, 1950. ― Chansons pour nos métiers, 12 chansons, musique de Jean Wiéner, dessins de Valentine Hugo, Le Seuil, 1950. ― Nous, Vaillants, musique de Jean Wiéner, Le Chant du monde, 1950.
Récits, témoignages, reportages : La Belle vengeance de Bleuette, collection Jeunesse héroïque, Éditions France d’abord, 1946, rééd. Bleuette, Tirésias, 2004. ― Les Carnets de Charles Debarge, recueillis et commentés par Madeleine Riffaud, préface de Charles Tillon, Éditions sociales, 1951 ― Ce que j’ai vu à Bizerte : le récit vrai des tragiques évènements, L’Humanité, 1961. ― Merveille et douleurs : l’Iran, l’Humanité, 1963. ― De votre envoyée spéciale..., préface d’Étienne Fajon, Éditeurs français réunis, 1964. ― Dans les maquis Vietcong, Julliard, 1965. ― Au Nord Viet-Nam (écrit sous les bombes), Julliard, 1967. ― Les Linges de la nuit, Julliard, 1974. ― On l’appelait Rainer, 1939-1945, avec la collaboration de Gilles Plazy, Julliard, 1994.
Films documentaires : Dans le maquis du Sud-Vietnam, film documentaire diffusé par 5 Colonnes à la Une, février 1965. ― Laos, images sauvées, Ciné archives, 1970.

SOURCES : Écrites : Service historique de l’armée de terre, dossier 13 P 128. ― Arch. Nat., 72 AJ 56, témoignage de Madeleine Riffaud recueilli en 1946. ― Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, Réunions du CC du PCF. ― Articles de Madeleine Riffaud dans Ce soir, Les Lettres françaises, La Vie ouvrière, L’Humanité. ― Madeleine Riffaud, intervention lors du colloque Paris 1944. Les enjeux de la Libération, 2-4 février 1994, actes publiés sous la direction de Christine Levisse-Touzé. ― Jean Chaintron, Le vent soufflait devant ma porte, Seuil, 1993. ― René Andrieu, Un rêve fou ? Un journaliste dans le siècle, L’Archipel, 1996. ― Dominique Desanti, Ce que le siècle m’a dit. Mémoires, Plon, 1997. ― Pierre Daix, Tout mon temps. Mémoires, Fayard, 2001. ― Alain Ruscio, La Question coloniale dans « l’Humanité », La Dispute, 2005. ― Antoine Porcu, Héroïques. Femmes en Résistance, tome 1, Geai bleu, 2011. — Claude Roy, "Une petite fille aux joues rondes et aux yeux noirs", Action, n°1, 9 septembre 1944. — Robert Gildea, Comment sont-ils devenus résistants ?, Les Arènes, 2017.
Audio-visuelles : Jean-Paul Thomas (réalisateur), « La Guerre du Vietnam (1961-1975) », dans Zoom, ORTF, 13 juin 1967. ― Jacques Chancel, Radioscopie, entretien avec Madeleine Riffaud, France Inter, janvier 1975. ― Jorge Amat, 20 ans en août 1944, film doc., le Forum des images, 2004. ― Jorge Amat, Témoins de la Libération de Paris, film doc., Le Forum des images, 2004. ― Philippe Rostan, Les trois guerres de Madeleine Riffaud, film doc., Jour2fête, 2011. ― Éléments fournis par Christine Levisse-Touzé et Michel Pigenet. ― Entretiens avec l’intéressée, juin 2003 et mai 2007 (Christian Chevandier), juin 2011 et juin 2014 (Marc Giovaninetti). — État civil.

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