Née le 28 décembre 1947 dans le Nord-Transvaal (Afrique du Sud) ; Médecin, anthropologue et femme d’affaire ; surtout connue pour son implication dans la lutte antiapartheid notamment au côté de l’ancien leader de la SASO, Steve Bantu Biko, figure du Black Consciousness Movement.

Mamphela Ramphele est née le 28 décembre 1947, dans le nord Transvaal au sein d’une famille nucléaire de sept enfants, d’ethnie Sotho du nord. Elle dit avoir pris conscience de la situation d’Apartheid, notamment lorsque sa sœur et ses camarades sont renvoyés de l’école à cause de leur refus de célébrer l’indépendance sud-africaine. Un autre épisode de sa vie de collégienne aurait aiguisé son intérêt pour les questions politiques. Alors qu’il est demandé à sa classe d’écrire une lettre à un ami imaginaire, Mamphela, choquée par les conditions de vie précaires de l’école Normale Bethesda (où elle a effectué son cycle collégien), elle saisit cette occasion pour dénoncer les conditions de vie précaires auxquelles sont soumis les élèves noirs. Elle y décrit également la frustration qu’elle ressent au sein de cette même école lorsqu’après les classes, on demande aux élèves de se livrer aux « corvées domestiques » . Cet éveil politique se réalise notamment lors de son cursus scolaire, soutenu par son père enseignant. A la fin de son cycle d’études secondaires, elle refuse de faire le choix d’un métier réservé aux femmes noires de son époque et décide de s’orienter vers la médecine, domaine quasi-réservé aux hommes. C’est ainsi que Mamphela passe par l’Université du Nord largement fréquentée par des noirs où elle suit des cours préparatoires aux études de médecine. Par la suite, en 1968, Mamphela est admise à l’Université du Natal où elle poursuit ses études de médecine.
Elle y rencontre des étudiants de l’ Union nationale des étudiants d’Afrique du sud et parmi eux Steve Biko, figure de proue de la lutte pour la libération des noirs d’Afrique du Sud. Lui et Barney Pityana mettent en place la SASO en1969, dont Mamphela devient la présidente de l’antenne locale à l’Université du Natal. Son rôle demeure mineur cependant au sein de la SASO où Steve Biko et Barney Pityana sont les principaux leaders. Les activités se multiplient, au point de prendre le dessus sur les études universitaires de ses militants. Alors que Mamphela poursuit conjointement études et carrière militante, Steve Biko décide quant à lui de se consacrer entièrement à la SASO (il est d’ailleurs exclu de l’école de médecine en 1970, car il n’a plus le temps d’étudier, ses activités militantes ayant pris le dessus).
Mamphela termine ses études de médecine et fonde par la suite le dispensaire de Zanampilo en 1975 à King, où Steve Biko établit une nouvelle communauté de militants. Zanampilo gérée par Mamphela devient ainsi le Quartier Général de la SASO, où se tiennent les réunions clandestines de la communauté des militants.
En Août 1976, Mamphela est arrêtée en vertu de l’article 10 de la loi sur le terrorisme et déférée à la prison de King Williamson d’où elle sort quatre mois plus tard, en décembre 1976. Lors des manifestations organisées par les membres de la Convention des peuples noirs qui sont violemment réprimées, des milliers de personnes sont déportées entre 1977 et 1978 dont Mamphela (en avril 1977) et Winnie Mandela qui font ainsi l’objet d’un ordre de bannissement.
C’est à Lenyenye, lieu de purge de son ordre de bannissement, qu’elle apprend la mort de Steve Biko alors qu’elle est enceinte de leur second enfant. Elle accouche de ce dernier, qu’elle prénomme Hlumelo . Par la suite elle crée avec l’aide du père Aelred Stubbs de la British Christian Aid (un de ses plus grands soutiens), et de l’archevêque Desmond Tutu, le centre de Santé communautaire d’Ithuseng, pour les populations rurales de Lenyenye. Son ordre de bannissement n’est levé qu’en 1983 et entretemps elle se remarie avec Sipo Magele, un pharmacien, avec qui elle a un fils Malusi Magele. Ils divorcent en 1984 et Mamphela décide de rejoindre Le Cap pour s’y installer.
Entre temps, Mamphela avait obtenu de nombreux diplômes et ne cesse de suivre de nouvelles formations. Ainsi, parallèlement à sa carrière de médecin, elle obtient en 1981 un certificat post universitaire d’hygiène tropicale, puis un certificat de santé publique en 1982, et en 1983 un Bachelor of commerce. Elle bifurque soudainement vers le monde de l’anthropologie à partir de 1984, grâce à son ami Francis Wilson qui dirige à l’époque la SALDRU (cellule de recherche sur le travail et le développement en Afrique australe). Désormais reconnue en tant qu’universitaire et chercheuse, elle est récipiendaire d’une bourse de l’Institut Bunting du collège Radcliffe de Harvard en 1988 pour y effectuer des recherches dans le cadre de sa thèse de doctorat d’anthropologie qu’elle soutient en 1991 à l’université du Cap sous le titre A bed called home Elle interrompt sa carrière de médecin en 1989, qu’elle justifie par l’épuisement pour se consacrer aux sciences sociales.
Dans le même temps, sa collaboration avec Francis Wilson dans le cadre du projet Uprooting Poverty (éradiquer la pauvreté) de la SALDRU lui permet de dénoncer l’inégalité homme-femme à travers les enquêtes qu’elle effectue dans les foyers des townships. En 1987, ils publient aussi Children on the frontline : a report for Unicef on the status of children in South Africa, qui rend compte de la violence structurelle et de la violence physique que subissent les enfants sud-africains, conséquences de l’apartheid. Son engagement prend un nouveau tournant : du militantisme anti-apartheid, elle s’investit pour la reconstruction de son pays. C’est dans les sciences sociales qu’elle poursuit la lutte pour ses convictions. Egalement, la fréquentation de l’Institut Bunting de Harvard et les réseaux des femmes intellectuelles américaines représente un tremplin pour Mamphela. En 1990, elle est nommée à la tête du département chargé de la question de l’égalité des chances (Equal Opportunity Porfolio) dont l’objectif est de donner l’accès à l’université aux moins chanceux. La même année, elle est nommée administrateur -fondateur de l’Independent Development Trust, (la plus grande ONG de développement humain en Afrique du Sud) mis en place par le Parti National pour venir en aide aux victimes de l’Apartheid.
Parallèlement, Mamphela s’engage dans le monde des affaires du fait, dit-elle, de l’existence d’une « surexploitation capitaliste » en Afrique du Sud. Elle obtient des sièges aux conseils d’administration de l’Anglo-American et de la Old Mutual, deux des cinq sociétés qui contrôlent la bourse de Johannesburg, en outre appelées les « intouchables ». Elle justifie cette décision d’intégrer le monde des affaires, par la volonté de « pousser les grandes institutions d’Afrique du sud à jouer un rôle important dans l’économie du pays ». Elle démissionne de la Old Mutual faute selon elle, d’ avoir obtenu les résultats escomptés.
Elle devient vice-recteur (1991), puis recteur de l’université du Cap jusqu’en 2000. Entretemps, elle est nommée ministre pendant la présidence de Mandela. Recrutée par la Banque mondiale en tant que Directrice générale des activités de développement humain dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la nutrition, de la population et de la protection sociale, elle démissionne de son poste de recteur de l’Université du Cap en 2000. Elle est nommée en 2004, Vice-Présidente de la Commission des Nations Unies pour les migrations. Elle est actuellement membre du conseil d’administration de la Fondation Rockefeller à New York. En 2013, elle crée son parti politique Agang , après sa démission de la présidence de la compagnie minière Gold Fields, (première société aurifère d’Afrique du Sud, et troisième mondiale) pour, dit-elle, contribuer « à l’achèvement de la construction de la nation Sud-africaine » initiée par Mandela. C’est donc en tant qu’initiatrice d’une fronde au sein de l’ANC , qu’elle défie le gouvernement de Jacob Zuma, le qualifiant de malhonnête, d’irresponsable et d’incompétent.
Sa candidature à l’élection présidentielle Sud-africaine de mai 2014 est vivement critiquée par Gwede Mantashe, le secrétaire général de l’ANC qui pense que c’est une initiative des Etats-Unis pour « déstabiliser l’économie » Sud-africaine.
Ces trajectoires plurielles donnent une « note exceptionnelle et originale » aux multiples carrières de cette femme noire, dans un pays où la majorité noire n’a obtenu le droit de vote aux élections qu’à partir de 1994.

OEUVRES : MAMPHELA RAMPHELE, Forcer le destin, Présence Africaine, 2001

SOURCES : PHILLIPE GERVAIS-LAMBONY, Afrique du Sud, les temps du changement, Hérodote, 2003 ; ADAM HABIB et VISHNU PADAYACHEE, Afrique du Sud : pouvoir, politique et stratégie économique dans la transition démocratique, Persée>/I>, 1999 ;
Article de Jeuneafrique.com, Mamphela Ramphele, superwoman contre Zuma, 27/02/2013 ;
Rue89.nouvelobs.com, Afrique du Sud : une femme défie l’ANC, 18/02/2013 ; womeninworldhistory.com, Mamphela Ramphele, a Biography By Bonnie Leib, pdf

Ndeye Titine Thioye

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