BEAUTÉ-NÉRY Monique, Henriette, Marie, Andrée

Par Samuel Boussion

Née le 25 novembre 1924 à Paris (Ve arr.), morte le 3 août 1990 à Paris ; formation en droit ; chargée du Refuge Saint-Michel de Chevilly-Larue (Seine, Val-de-Marne) parmi les premières éducatrices, secrétaire de la revue Rééducation ; ingénieur au CNRS ; cheftaine Guide de France, co-fondatrice des Équipes d’amitié et de l’Association nationale d’entr’aide féminine (ANEF).

Monique Beauté est née dans un milieu bourgeois du XVIe arrondissement de Paris. Sa mère, Marie-Louise Bélissent, s’occupait d’elle et de sa jeune sœur Huguette ; son père, Pierre Beauté, était ingénieur aéronautique. Monique Beauté suivit son cursus scolaire à Paris. C’est aussi à cette époque qu’elle débuta dans le scoutisme au sein des Guides de France.

Mais la guerre poussa la famille à s’installer un temps à Toulouse (Haute-Garonne). Pierre Beauté, tout en refusant de travailler pour les Allemands, tenta de continuer dans l’aéronautique. Monique Beauté, elle, passa avec succès son baccalauréat et entama des études de droit qui la conduisirent jusqu’à la licence. À Toulouse, elle aida aussi de temps en temps des groupes de résistants, surtout sur le plan médical.

La famille Beauté put rentrer à Paris en 1945, accueillie un temps par un ami, leur appartement ayant été pillé durant la guerre. Pierre Beauté tenta de retrouver un emploi, alors que sa femme se lançait dans la vente de gants et de bas. Monique envisagea de préparer la magistrature, mais elle dut s’occuper de sa sœur et travailler pour aider ses parents, donnant des cours dans une école privée de Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis).

Cheftaine Guide de France à Toulouse, elle continua son activité à Paris. Avec d’autres femmes, elle répondit en 1946 à l’appel lancé par la Supérieure du Refuge Saint-Michel de Chevilly-Larue, un centre de rééducation pour mineures confiées par les tribunaux, afin de participer à une expérience de scoutisme féminin dans l’établissement. Il s’agissait d’organiser les loisirs des jeunes filles, à base de jeux, de chants ou d’autres moyens d’expression et de préparer leur sortie.

Dans le même temps, Monique Beauté entra à la section des mineures de la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) et devint éducatrice-chef du fait de son diplôme en droit. En 1947, à la suite d’une révolte, les mineures furent envoyées dans différents établissements et un inspecteur de l’Éducation surveillée, Paul Lutz, lui proposa de travailler comme secrétaire de la revue qu’il venait de fonder, Rééducation. Elle ouvrit aussi une librairie, rue de Navarre (en face des arènes de Lutèce), dans le Ve arrondissement : « Le livre psychologique », rapidement appelée « la Boutique », était spécialisée dans les ouvrages de pédagogie, de psychologie, de droit de l’enfance, et surtout destinée aux magistrats, aux éducateurs, etc. Cette boutique fut à la fois le siège de la revue Rééducation (entre 1947 et 1954) et celui de l’Association nationale des éducateurs de jeunes inadaptés (ANEJI) créée en 1947 et dont Monique Beauté fut la secrétaire générale adjointe jusqu’en 1957.

L’expérience de Chevilly-Larue s’enrichit de l’apport d’autres jeunes femmes et de cheftaines Éclaireuses et entraîna un besoin de formation. Monique Beauté fit ainsi partie de la maîtrise du premier grand stage à destination des cheftaines, qui eut lieu en 1948 à Marly-le-Roi (Seine-et-Oise, Yvelines). Ces initiatives trouvèrent un aboutissement dans la création en 1952 de l’Association nationale d’entr’aide féminine (ANEF), qui comptait parmi ses fondatrices Marie-Marguerite Michelin, Angèle Berthy, Brigitte Haardt ou encore Monique Beauté. À cette dernière fut confiée la responsabilité de la section « Loisirs » de l’association.

Au même moment, la Boutique, point d’ancrage et de rencontres, vit très vite s’attarder des garçons et filles qui traînaient dans le quartier de la rue Mouffetard. Monique Beauté, aidée de Marie-Thérèse Perrin (autre secrétaire de l’ANEJI) et d’Angèle Berthy, se mit en relation avec les Équipes d’amitié de Maurice Dacier-Falque, pour que de jeunes adultes viennent les épauler. Parmi eux, celui qui deviendra son mari : Claude Néry, ancien responsable fédéral de la JEC qui préparait alors l’École nationale de la France d’Outre-mer. Ils se marièrent dans le quartier, à l’église Saint-Médard, au bout de la rue Mouffetard, le 13 février 1954. La même année naissait leur premier enfant. Trois autres suivront entre 1956 et 1961.

Monique Beauté resta toujours en contact avec Chevilly-Larue et le couple ne cessa jamais d’héberger et dépanner des jeunes filles en difficulté. Ils œuvraient aussi avec le Nid, qui récupérait et aidait les prostituées de Pigalle. Dans les années 1960, Monique Beauté-Néry finit par vendre son fonds de commerce à une amie et travailla alors au Centre de formation et de recherche de l’Éducation surveillée, installé à Vaucresson (Seine-et-Oise). Là, en tant qu’ingénieur d’études, elle faisait des interviews de jeunes filles, participait à des recherches. Elle monta aussi le syndicat CFDT Personnel Justice. À la même époque, elle fut un temps adhérente au PSU. En 1985, elle publia un ouvrage sur les enfants d’immigrés algériens, Émigré en mon pays, en collaboration avec François Lefort. Déjà malade, Monique Beauté-Néry prit sa retraite en 1989, dont elle ne put guère profiter car elle mourut l’année suivante.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16048, notice BEAUTÉ-NÉRY Monique, Henriette, Marie, Andrée par Samuel Boussion, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 10 octobre 2016.

Par Samuel Boussion

SOURCES : Entretien de Samuel Boussion avec Claude Néry, le 10 mars 2003. — De l’impossible à la chaîne d’amitié, collectif d’acteurs-témoins 1945-1965, Paris, 1991. — Fonds ANEJI, CAPEA, Centre des archives du monde du travail, Roubaix.

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